Exail et ses drônes réinvente la surveillance navale en France

L’entreprise française Exail a présenté le 9 octobre un système intégré baptisé Neptis, qui coordonne des drones de surface autonomes pour surveiller de vastes zones maritimes sans y envoyer en permanence des navires habités. Le produit doit être présenté au salon Euronaval, en novembre à Paris.

Un essaim de drones pour remplacer les navires habités

Jusqu’ici, surveiller une zone maritime obligeait le plus souvent à y envoyer un bâtiment de guerre et son équipage, même pour des missions de simple observation. Exail, groupe français spécialisé dans les équipements de défense et la robotique sous-marine, propose une autre approche avec Neptis : répartir des capteurs et des plateformes autonomes directement sur la zone à surveiller, plutôt que de faire naviguer un navire habité d’un point à un autre.

drone de surface USV type Oryx d'Exail

Le système repose sur la nouvelle famille de drones de surface (USV) d’Exail, baptisée Oryx, qui regroupe trois modèles : le H-8, le H-9 et le O-16. Ces engins, conçus pour des missions côtières ou hauturières, embarquent des capteurs configurables selon les besoins (radar, caméras électro-optiques et infrarouges, AIS, guerre électronique ou acoustique sous-marine). Neptis y ajoute une couche logicielle de commandement et de contrôle qui permet à un seul opérateur de superviser plusieurs plateformes à la fois, avec une image opérationnelle commune et une aide à la fusion des données.

Dans la présentation du produit, Exail insiste sur le maintien d’un contrôle humain : les opérateurs valident les missions et décident des changements de cap ou de priorité, le système ne prenant pas de décision autonome sur l’usage de la force. L’autonomie annoncée pour les plateformes Oryx va jusqu’à trente jours en mer, avec une navigation inertielle conçue pour continuer à fonctionner même en cas de perte du GPS ou des communications.

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Des chiffres qui doivent convaincre les marines

Pour appuyer sa crédibilité, Exail met en avant son expérience déjà acquise avec ses précédentes gammes de drones de surface, DriX et Inspector : plus de 90 unités vendues dans le monde, 1,5 million de milles nautiques parcourus et plus de 300 000 heures d’opération cumulées, en missions civiles comme militaires. L’entreprise affirme aussi avoir démontré la tenue à la mer de ses engins jusqu’à l’état de mer 7, soit des creux de plusieurs mètres, et avoir participé à des exercices impliquant la Marine nationale, la marine américaine et l’OTAN.

Sébastien Grall, responsable des systèmes maritimes autonomes chez Exail, résume ainsi le changement de modèle que l’entreprise veut vendre aux marines : « Naval surveillance has traditionally relied on sending valuable ships and crews into the areas that need to be monitored. » (propos traduits : « La surveillance navale a traditionnellement consisté à envoyer des navires précieux et leurs équipages dans les zones à surveiller. ») Il ajoute : « Autonomous systems fundamentally change that equation. » (« Les systèmes autonomes changent fondamentalement cette équation. »)

Neptis reprend la logique déjà éprouvée par Exail avec UMIS, son système de lutte contre les mines sous-marines, qui coordonne lui aussi plusieurs plateformes de surface et sous-marines. L’entreprise l’étend ici à un éventail de missions plus large : surveillance, lutte anti-sous-marine, protection des infrastructures sous-marines critiques et lutte contre les drones aériens.

Exail met également en avant la résilience de son architecture : les plateformes Oryx disposent d’une navigation inertielle haut de gamme et de liaisons de communication redondantes, à vue directe (LOS) comme au-delà de l’horizon (BLOS), pour continuer à opérer même en cas de brouillage ou de perte du signal satellite. Le déploiement proposé aux marines clientes est pensé comme progressif : une force peut démarrer avec un seul drone Oryx, puis étendre son usage vers des opérations faisant intervenir plusieurs plateformes sur plusieurs domaines (surface, sous-marin, voire aérien) à mesure que la confiance dans le système grandit.

Cette approche s’appuie sur l’historique du groupe : Exail revendique cinquante ans d’expertise dans les technologies de navigation, la robotique sous-marine et les systèmes de défense. L’entreprise est née en octobre 2022 de l’union de deux groupes français, ECA Group et iXblue, qui ont choisi de regrouper leurs activités de robotique navale et de navigation sous une même marque. C’est cette double compétence, navigation de précision et robotique autonome, qu’Exail met en avant pour se différencier d’autres industriels proposant eux aussi des drones de surface équipés de capteurs.

Un marché porté par la protection des câbles sous-marins et la guerre des drones

La chronologie de l’annonce n’est pas anodine, depuis plusieurs années, les incidents visant des câbles sous-marins de télécommunication ou d’électricité, en particulier en mer Baltique, ont remis la protection des infrastructures sous-marines au centre des priorités des marines européennes. Dans le même temps, la multiplication des drones aériens et de surface sur les zones de conflit a poussé les industriels de la défense à proposer des réponses elles-mêmes fondées sur l’autonomie, plutôt que sur des moyens humains coûteux à déployer en continu.

Exail ne détaille pour l’instant ni le prix de Neptis, ni de client nommément désigné, ni de calendrier de livraison précis. L’entreprise mise sur sa présentation au salon Euronaval, en novembre, pour convertir l’intérêt des marines en commandes concrètes. Le DriX H-9, autre produit de la gamme Oryx, avait déjà été retenu en avril 2026 pour un programme de lutte anti-drones, ce qui donne une première indication de l’appétit des états-majors pour ce type de solutions.

Donnée Chiffre avancé par Exail
USV vendus (gammes DriX et Inspector) plus de 90
Distance cumulée parcourue 1,5 million de milles nautiques
Heures d’opération cumulées plus de 300 000 heures
Tenue à la mer démontrée état de mer 7
Autonomie annoncée des USV Oryx jusqu’à 30 jours

Reste à savoir si cette promesse technologique se traduira par des contrats fermes. Le secteur de la surveillance maritime autonome attire désormais plusieurs industriels européens et américains, et la présentation de Neptis à Euronaval en novembre devrait permettre de mesurer l’intérêt réel des marines, notamment la Marine nationale, déjà citée par Exail parmi les forces ayant participé à ses essais.

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