Le nom « Rubis » ne désigne plus de vieux sous-marins : Naval Group sort son cinquième Barracuda
Le 16 octobre, un sous-marin nucléaire a quitté son hall de construction à Cherbourg : il s'appelle Rubis, cinquième du programme Barracuda.
Le 16 octobre, un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque a quitté son hall de construction à Cherbourg : il porte le nom Rubis, celui-là même des bâtiments vieillissants qu’il doit remplacer. Cinquième exemplaire du programme Barracuda, il entame une délicate opération de plusieurs jours avant de rejoindre l’eau pour la première fois.
Un transfert orchestré en plusieurs étapes
Le cinquième des six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) du programme Barracuda a entamé, le 16 octobre, son transfert depuis la grande nef de construction du chantier Laubeuf, à Cherbourg, vers le dispositif de mise à l’eau (DME) de la zone Cachin. L’opération, réalisée au moyen de « marcheurs » (des engins hydrauliques capables de déplacer une masse de plusieurs milliers de tonnes avec une extrême précision), s’est déroulée en plusieurs temps : les premiers déplacements ont eu lieu dès le mercredi et le jeudi, avant que le bâtiment ne poursuive sa progression le vendredi 16 octobre. Son positionnement définitif sur le DME est intervenu le lendemain, samedi 17 octobre, selon Mer et Marine.
La cérémonie de sortie du hall de construction s’est tenue en présence de la ministre des Armées, Catherine Vautrin, signe de l’attention politique accordée à ce programme pour la dissuasion et la défense françaises. Les sous-marins de la classe Suffren assurent en effet des missions sensibles : accompagnement du porte-avions Charles de Gaulle et des sous-marins lanceurs d’engins, renseignement, et frappes dans la profondeur grâce à des missiles de croisière navals. Le même scénario de transfert avait déjà été observé en mai 2025 avec le De Grasse, quatrième unité de la série, remis ensuite à la Marine nationale le 24 juin 2026, après une première sortie en mer le 24 février et plusieurs mois d’essais à quai puis en mer.
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Barracuda, un programme qui entre dans sa dernière ligne droite
Lancé pour remplacer la génération précédente de sous-marins nucléaires d’attaque, le programme Barracuda doit doter la Marine nationale de six bâtiments de la classe Suffren, tous construits à Cherbourg et basés à Toulon. Le premier, le Suffren, a été livré en novembre 2020 et admis au service actif en juin 2022. Ont suivi le Duguay-Trouin, en service depuis avril 2024, puis le Tourville, en service depuis juillet 2025. Le De Grasse, quatrième de la série, a été remis à la Direction générale de l’armement (DGA) et à la Marine nationale le 24 juin 2026.

Le Rubis est donc le cinquième maillon de cette chronologie, suivi par le Casabianca, qui se trouve à un stade de construction différent dans le même chantier cherbourgeois. Selon la DGA, les deux derniers bâtiments de la série doivent rejoindre la flotte avant la fin de la décennie, sans date précise communiquée à ce stade pour les essais ou la livraison du Rubis.
| Sous-marin | Étape clé | Date |
|---|---|---|
| Suffren | Admission au service actif | Juin 2022 |
| Duguay-Trouin | Admission au service actif | Avril 2024 |
| Tourville | Admission au service actif | Juillet 2025 |
| De Grasse | Livraison à la Marine nationale | 24 juin 2026 |
| Rubis | Transfert vers le dispositif de mise à l’eau | 16-17 octobre 2026 |
| Casabianca | En construction | Non communiquée |
Pourquoi le nom « Rubis » change de sens
Le choix de ce nom n’est pas anodin. Les nouveaux SNA de la classe Suffren remplacent progressivement la précédente génération, la classe Rubis, en service depuis les années 1980 et dont le ministère des Armées retrace l’histoire sur son propre site. Un hasard de calendrier industriel fait ainsi que le nom « Rubis » désignera bientôt, non plus de vieux bâtiments entrés en service il y a plus de quarante ans, mais l’un des sous-marins les plus récents de la flotte française.
Les caractéristiques de la classe Suffren marquent une rupture avec celle qu’elle remplace. D’après les éléments publiés par Naval Group à l’occasion de la livraison du De Grasse, chaque unité mesure environ 99 mètres de long, pour un déplacement de 4 700 tonnes en surface et 5 200 tonnes en immersion, avec un équipage d’une soixantaine de marins. Leur disponibilité annoncée, supérieure à 270 jours par an, dépasse nettement celle de la classe Rubis qu’elles remplacent. Le programme est piloté par la DGA, avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) en charge de la propulsion nucléaire et Naval Group comme maître d’œuvre industriel.
Évoquant un jalon comparable franchi quelques mois plus tôt avec le De Grasse, Naval Group avait résumé l’enjeu du programme dans un communiqué daté de Cherbourg : « Le franchissement de ce nouveau jalon marque une étape importante dans la réalisation du programme Barracuda ».
Au-delà du Rubis, Naval Group prépare déjà la suite. L’industriel doit faire basculer ses installations cherbourgeoises vers la construction des futurs sous-marins lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), tout en édifiant une nouvelle nef d’assemblage destinée aux programmes à l’export. Le calendrier des deux derniers Barracuda, Rubis et Casabianca, reste resserré : leur admission au service actif doit intervenir avant la fin de la décennie, pour que la Marine nationale dispose enfin de sa flotte complète de six sous-marins nucléaires d’attaque de nouvelle génération, près de six ans après l’entrée en service du Suffren.
Sources
- Mer et Marine, compte rendu de la cérémonie de transfert du SNA Rubis à Cherbourg (19 octobre 2026).
- Communiqué de presse Naval Group sur le transfert du SNA De Grasse, précédent industriel et source de la citation officielle (25 février 2026).
- Global Military, calendrier détaillé et caractéristiques techniques des six sous-marins du programme Barracuda.
- Ministère des Armées, fiche sur la classe Rubis, génération de sous-marins que remplace le programme Barracuda.