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1,6 million de km² : le record français qui ne suffit pas à sauver l’Antarctique

Avant la réunion de la CCAMLR, de nouveaux appels à créer des aires marines protégées en Antarctique, la France détenant déjà l'une des plus vastes.

photo d'un paysage subantarctique

La réunion annuelle de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) doit s’ouvrir le 19 octobre, avec de nouveaux appels à la création d’aires marines protégées dans l’océan Austral. La France, elle, détient déjà l’une des plus vastes réserves marines du monde dans ses Terres australes.

Six ans de blocage autour de l’Antarctique de l’Est

Selon Mer et Marine, la préservation de la biodiversité marine sera au cœur des discussions internationales à partir du 19 octobre, à la fois lors de la réunion de la CCAMLR, l’organisme chargé de la conservation des écosystèmes antarctiques et de la gestion de la pêche dans l’océan Austral, et dans le cadre de la COP 17 sur la biodiversité, qui se tient à Erevan, en Arménie. Les vingt-quatre pays membres de la CCAMLR, ainsi que l’Union européenne, doivent statuer à l’unanimité pour qu’un projet d’aire marine protégée soit adopté, une règle qui explique en grande partie les blocages à répétition.

photo d'un paysage subantarctique

Le projet le plus ancien sur la table concerne l’Antarctique de l’Est, un ensemble de zones océaniques et de fonds marins abritant des coraux d’eau froide et des zones d’alimentation de manchots. Il est discuté depuis six ans sans avancée significative : parti de sept zones couvrant 1,9 million de km², le projet a déjà été réduit à trois zones totalisant un million de km². La Chine, qui a fortement développé sa pêche à la crevette antarctique (le krill) depuis 2009, ne s’oppose pas frontalement aux aires protégées mais réclame, selon la spécialiste Jiliang Chen, de l’ONG Greenovation Hub, davantage de temps pour se positionner.

Lire en complément: 60 milliards d’euros : le « projet du siècle » d’Orano qui embrase la Manche

La mer de Weddell, nouvel espoir porté par l’Union européenne

Un deuxième projet, porté à l’origine par l’Union européenne et soutenu par plusieurs pays, concerne la mer de Weddell, au large de la péninsule Antarctique : une aire marine protégée de 1,8 million de km², toujours en cours d’examen par le comité scientifique de la CCAMLR, mais dont les défenseurs espèrent qu’elle pourra enfin être soumise au vote de la commission cette année. L’ONG Greenpeace, qui a mobilisé deux millions de soutiens pour cette campagne, y voit un enjeu majeur : « La mer de Weddell est l’un des endroits les plus préservés de la planète », selon Louisa Casson, de Greenpeace (propos traduits). Un troisième projet, porté conjointement par l’Argentine et le Chili à l’ouest de la péninsule Antarctique, n’en est encore qu’à ses débuts.

Les ONG restent prudentes sur les chances de succès. Pour la coalition ASOC, la réunion de cette année serait mieux engagée que celle de l’an dernier, tandis que l’association argentine Vida Silvestre ne s’attend pas à des avancées majeures. Le ton le plus sévère vient de l’organisation américaine Pew Charitable Trusts, dont la représentante Andrea Kavanagh prévient que « la CCAMLR risque sa réputation si elle ne parvient à faire avancer aucun dossier cette année » (propos traduits). Seules deux aires marines protégées ont vu le jour depuis la création de la CCAMLR : un site au sud des îles Orcades du Sud en 2009, puis le parc marin de la mer de Ross, de 1,55 million de km², en 2016.

La France, détentrice d’une des plus grandes réserves marines du monde

Dans ce paysage de négociations internationales difficiles, la France affiche depuis plusieurs années un bilan très différent dans ses propres eaux subantarctiques. La réserve naturelle des Terres australes françaises, créée en 2006 autour des archipels de Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam, a connu deux extensions successives : d’abord en 2016, portant sa surface à 672 969 km², puis en février 2022, lors du One Ocean Summit, où le président Emmanuel Macron a annoncé l’ajout de près d’un million de km² supplémentaires. La réserve couvre désormais plus de 1,6 million de km², ce qui en fait la deuxième plus grande aire marine protégée du monde, et la plus vaste réserve naturelle de France. Environ 375 000 km², soit 23 % de sa surface, bénéficient d’une protection forte, excluant toute activité industrielle ou commerciale, une protection qui couvre près de la moitié des eaux entourant les îles Saint-Paul et Amsterdam.

Cette extension a porté la part du territoire français, terrestre et maritime, placée sous protection à 33 %, au-delà de l’objectif national de 30 %. Elle n’a toutefois pas été obtenue par consensus international comme l’exige la CCAMLR pour les eaux antarctiques à proprement parler : les Terres australes françaises relèvent de la souveraineté nationale, ce qui a permis à Paris d’agir sans avoir à convaincre vingt-quatre autres pays et l’Union européenne.

Aire marine Surface Statut
Terres australes françaises Plus de 1,6 million de km² Créée en 2006, étendue en 2016 et 2022
Mer de Ross (CCAMLR) 1,55 million de km² Adoptée en 2016
Projet Antarctique de l’Est (CCAMLR) 1 million de km² (réduit depuis 1,9 million) En discussion depuis 6 ans
Projet mer de Weddell (CCAMLR) 1,8 million de km² À l’examen du comité scientifique

Le contraste est net entre une France qui a pu agrandir sa réserve subantarctique par décision souveraine, et des négociations internationales suspendues, année après année, à la règle de l’unanimité des vingt-cinq membres de la CCAMLR. La réunion qui s’ouvre le 19 octobre à Hobart dira si la mer de Weddell parvient enfin à franchir l’obstacle qui bloque l’Antarctique de l’Est depuis six ans. Faute d’accord cette année encore, les ONG promettent de porter le débat jusqu’à la prochaine échéance, avec le risque, souligné par Pew, de voir la crédibilité de l’organisation elle-même s’éroder.

Sources

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