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60 milliards d’euros : le « projet du siècle » d’Orano qui embrase la Manche

Avec « Aval du futur », Orano veut prolonger de 80 ans son usine de La Hague : un projet à 50-60 milliards d'euros qui divise dans la Manche.

usine de retraitement de La Hague

Avec « Aval du futur », Orano veut prolonger de quatre-vingts ans l’activité de son usine de retraitement de La Hague, dans la Manche. Un projet à 50 ou 60 milliards d’euros qui suscite, sur place, une levée de boucliers d’agriculteurs, de riverains et de collectifs écologistes.

Un chantier pensé pour durer jusqu’en 2060

Leader mondial du traitement du combustible nucléaire usé, Orano prépare à La Hague un projet d’ampleur inédite : renouveler les installations de retraitement du site pour environ quatre-vingts ans d’activité supplémentaire. Baptisé « Aval du futur », il prévoit notamment un atelier de déchargement et d’entreposage sous eau doté de trois piscines de 6 500 tonnes chacune, ainsi que plusieurs ateliers de traitement. Un atelier de fabrication de combustible MOX est également à l’étude.

usine de retraitement de La Hague

La Hague occupe une place particulière dans la filière nucléaire française : le site retraite depuis des décennies une large part du combustible usé des réacteurs français, ainsi que celui de plusieurs clients étrangers, en séparant les matières réutilisables des déchets ultimes. « Aval du futur » vise à moderniser cette fonction pour plusieurs générations de réacteurs, bien après la fermeture programmée des installations actuelles.

Orano assure qu’aucune installation nucléaire ne sera construite hors du site actuel de La Hague, qui s’étend sur 300 hectares. L’industriel recherche néanmoins, en Normandie, environ 150 hectares supplémentaires pour la logistique et le stationnement liés au chantier. Selon l’enquête publiée le 14 octobre par le média Vert, les travaux pourraient débuter en 2031 si les autorisations sont obtenues, pour une mise en service échelonnée entre 2038 et 2050. Un débat public est prévu en 2027. L’usine actuelle doit fermer d’ici 2040, avec une prolongation jusqu’en 2060 déjà en préparation en parallèle du nouveau projet.

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Des agriculteurs et des riverains vent debout

Sur le terrain, le projet ne fait pas l’unanimité. Dans la commune d’Yvetot-Bocage, l’agriculteur Nicolas Massieu risque de perdre trois hectares de terres, et les terrains disponibles en compensation se font rares, selon son témoignage recueilli par Vert. « Le nucléaire, on est né avec, mais on ne veut pas que ça devienne n’importe quoi », résume l’exploitant. Le collectif Piscine Nucléaire Stop, dont l’une des porte-parole se présente sous le prénom de Sophie, précise la nature de l’opposition : « Nous ne sommes pas contre le nucléaire, mais contre son hyperconcentration dans le Cotentin ».

D’autres critiques, comme le militant Olivier, dénoncent une méthode plutôt que le projet lui-même : « Ils vont aménager de façon autoritaire le territoire, il n’y aura plus de place pour autre chose ». Les opposants pointent aussi la disparition programmée d’une partie des landes primaires du plateau de La Hague, un habitat naturel dont 1,5 hectare a déjà été cédé à Orano fin 2025, alors que 15 hectares supplémentaires à proximité immédiate du site restent concernés par le projet, contre 65 hectares initialement envisagés.

Eau, logement et services publics sous tension

La question de l’eau s’ajoute à la liste des inquiétudes. Les opposants rappellent que le Cotentin est en déficit hydrique et que les besoins en eau du futur chantier n’ont, à ce stade, pas été rendus publics par Orano. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) classait d’ailleurs le niveau des nappes phréatiques du Cotentin comme « très bas » au 1er octobre, selon les données citées par Vert.

S’ajoute la crainte d’un afflux de population difficile à absorber : le chantier doit employer entre 10 000 et 15 000 travailleurs, avec un pic vers 2040. Cinq communes, dont celle de La Hague, ont déjà été classées en zone de tension immobilière en 2025. De son côté, Orano affirme que le projet ne pourra se concrétiser qu’avec l’adhésion du territoire : « Aval du futur ne pourra pas voir le jour sans que le projet soit accepté par le territoire », fait valoir l’entreprise, dont le directeur de la communication, Sylvain Renouf, réaffirme que « aucune installation nucléaire ne sera construite en dehors du site de La Hague ».

Le calendrier annoncé par Orano laisse encore plusieurs années avant toute décision définitive : le débat public de 2027 sera la première étape où les arguments des opposants, sur l’eau, le foncier agricole, les landes du plateau ou la pression immobilière, pourront être confrontés publiquement à ceux de l’industriel. D’ici là, la part non recyclable des combustibles usés, environ 4 % selon Orano, continuera d’être orientée vers le centre de stockage Cigéo, à Bure, dont la mise en service est elle-même toujours attendue. Le sort du projet « Aval du futur » dépendra autant de l’acceptabilité locale que des choix nationaux sur l’avenir de la filière nucléaire française.

Le centre de Cigéo, qui doit accueillir en couches géologiques profondes les déchets les plus radioactifs et à vie longue, reste un maillon essentiel de cette équation : c’est lui qui absorbera, à terme, la fraction non recyclable des combustibles traités à La Hague. Tant que son calendrier propre n’est pas stabilisé, la question de l’aval du cycle nucléaire français, du retraitement jusqu’au stockage final, restera en partie suspendue aux arbitrages qui s’annoncent dans le Cotentin comme dans la Meuse, département où se trouve le site de Bure.

Source

  • Vert, enquête originale du 14 octobre 2026 sur les oppositions locales au projet « Aval du futur » d’Orano, source principale de cet article (recueil de témoignages sur le terrain).

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