Sous-marins : ce groupe français va rendre les Barracuda et Scorpène plus endurants sous l’eau

Le spécialiste français des batteries Saft, filiale de TotalEnergies, va équiper les prochains sous-marins de Naval Group avec une technologie lithium-ion inédite en Europe. Un contrat qui doit prolonger l’endurance sous-marine des Barracuda et des Scorpène, tout en affichant la solidité de la filière française de défense.

Une technologie qui change la donne sous l’eau

Saft, spécialiste mondial des batteries avancées, vient de décrocher un contrat majeur auprès de Naval Group pour fournir des systèmes de batteries lithium-ion (Li-ion) de nouvelle génération. Ces équipements sont destinés aux familles de sous-marins Barracuda et Scorpène, deux programmes phares de l’industriel naval français.

sous-marin de la classe Barracuda de la Marine nationale en surface

Concrètement, ces batteries reposent sur des cellules propriétaires, conçues et fabriquées en interne par Saft. Selon l’entreprise, la technologie doit répondre aux exigences strictes de sécurité et de fiabilité imposées par les programmes de défense. L’argument principal avancé est celui de la densité énergétique : comparées aux batteries au plomb traditionnelles encore largement utilisées sur les sous-marins, les cellules lithium-ion permettent une endurance sous-marine accrue, de meilleures performances opérationnelles et davantage de flexibilité dans la conduite des missions.

Pour un sous-marin, chaque heure supplémentaire passée en plongée sans avoir à remonter ou à utiliser le schnorchel représente un avantage tactique direct : moins de risques de détection, plus de latitude pour l’observation ou l’action. C’est précisément ce terrain que Saft entend occuper avec cette nouvelle génération de cellules.

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Deux familles de sous-marins concernées

Le programme Barracuda désigne la nouvelle génération de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) développés par Naval Group pour la Marine nationale, appelés à remplacer les sous-marins de la classe Rubis. Leurs missions couvrent la lutte anti-sous-marine, la lutte anti-surface, le renseignement, l’appui aux opérations spéciales et les frappes vers la terre.

Le quatrième exemplaire de la série, le De Grasse, est entré en service au sein de la Marine nationale le mois dernier. Les trois premiers SNA sont déjà pleinement opérationnels : le Suffren depuis juin 2022, le Duguay-Trouin depuis avril 2024 et le Tourville depuis juillet 2025. Les deux derniers, le Rubis et le Casabianca, sont actuellement en construction à différents stades d’avancement, avec des livraisons prévues d’ici la fin de la décennie.

La classe Scorpène, elle, regroupe des sous-marins à propulsion conventionnelle développés conjointement par Naval Group et l’espagnol Navantia. Ce programme a rencontré un net succès à l’export, avec des unités en service au sein des marines brésilienne, chilienne, indienne et malaisienne.

Sous-marin Barracuda Statut
Suffren En service depuis juin 2022
Duguay-Trouin En service depuis avril 2024
Tourville En service depuis juillet 2025
De Grasse En service depuis juin 2026
Rubis En construction
Casabianca En construction

Une alliance industrielle qui vise la souveraineté européenne

Au-delà de l’aspect purement technique, ce contrat s’inscrit dans un discours plus large sur l’autonomie industrielle européenne en matière de défense. Le contrat fait suite à plusieurs années de collaboration entre Saft et Naval Group, et souligne la coopération entre deux acteurs industriels européens sur des technologies critiques pour les sous-marins.

« Ce contrat confirme que la technologie de batterie avancée est désormais un facteur déterminant de la performance des sous-marins. Nos systèmes lithium-ion établissent un nouveau standard en matière de densité énergétique, de sécurité et de fiabilité, plaçant Saft au cœur des programmes de défense navale de nouvelle génération. C’est aussi un pas clair vers la souveraineté technologique européenne » (propos traduits de l’anglais), a déclaré Cédric Duclos, directeur général de Saft.

De son côté, Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, a souligné l’intérêt opérationnel du choix technologique : « Intégrer la technologie lithium-ion de Saft à bord des familles de sous-marins Barracuda et Scorpène est d’une grande valeur, cela nous permet d’améliorer nos performances en mer » (propos traduits de l’anglais).

Ce type de partenariat s’inscrit dans un mouvement plus large observé ces dernières années dans l’industrie navale de défense : la recherche de composants critiques (batteries, capteurs, systèmes de combat) produits sur le sol européen, afin de réduire la dépendance à des fournisseurs extra-européens sur des technologies jugées sensibles.

Ce qu’il faut retenir avant les prochaines livraisons

La signature de ce contrat ne débouchera pas sur des sous-marins équipés dès demain : l’intégration de nouvelles technologies de batteries dans des programmes militaires suit généralement un calendrier de qualification et d’essais approfondi, avant tout embarquement opérationnel. Reste que le signal envoyé est clair, à la fois pour l’industrie française et pour ses clients à l’export, notamment ceux qui opèrent déjà des Scorpène.

Les prochains jalons à surveiller concernent la poursuite de la construction du Rubis et du Casabianca, les deux derniers Barracuda du programme, dont les livraisons sont attendues d’ici la fin de la décennie. Le rythme de qualification de la nouvelle batterie Li-ion et son éventuelle intégration sur des unités déjà en service, ou sur de futures commandes export de Scorpène, constitueront les indicateurs à suivre dans les mois qui viennent.

Sources