72 mètres et huit ans de chantier : l’Indonésie construit son premier sous-marin conçu en France

Le 7 août 2026, l’Indonésie a découpé la première tôle de son tout premier sous-marin construit sur son propre sol : un Scorpène Evolved conçu par le français Naval Group. Une étape hautement symbolique pour Jakarta, qui ambitionne de devenir la première nation d’Asie du Sud-Est à bâtir elle-même ses sous-marins.

Une cérémonie de découpe de tôle chargée de symboles à Surabaya

Le chantier naval public PT PAL, à Surabaya, sur l’île de Java, a accueilli ce vendredi 7 août 2026 la cérémonie de découpe de la première tôle d’acier du futur sous-marin. Selon l’agence de presse officielle indonésienne ANTARA, présente sur place, l’événement a rassemblé des responsables de la marine indonésienne, des dirigeants de PT PAL et des représentants de Naval Group, le groupe naval français à l’origine du programme.

Le chef d’état-major de la marine indonésienne, l’amiral Muhammad Ali, a précisé que la construction du bâtiment devrait s’étaler sur 96 mois, soit environ huit ans, et que l’avancement global du projet atteignait déjà 20,5 %. Le futur sous-marin mesurera près de 72 mètres de long ; il sera capable de plonger plus profondément et de rester immergé plus longtemps que les versions précédentes de la classe Scorpène, et sera équipé de torpilles et de missiles guidés.

Indonésie construit son premier sous-marin conçu en France

Pour l’amiral Ali, l’enjeu dépasse la seule performance technique. « C’est une réalisation majeure. C’est la première fois que nous construisons un sous-marin depuis le début ici, en Indonésie. Parmi les pays de l’ASEAN, nous sommes peut-être les premiers à construire un sous-marin sur notre propre sol » (propos traduits de l’anglais), a-t-il déclaré pendant la cérémonie, cité par ANTARA.

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Le savoir-faire français au coeur du programme SRI

Le programme, baptisé SRI pour Scorpène for the Republic of Indonesia, porte sur la construction de deux sous-marins de type Scorpène Evolved. Le contrat entre le ministère indonésien de la Défense, Naval Group et PT PAL a été signé en mars 2024 et est entré en vigueur le 23 juillet 2025. Il prévoit un transfert de compétences complet vers l’industrie indonésienne : PT PAL est responsable de la construction de la coque, de l’intégration des équipements, des essais et de la livraison finale à la marine indonésienne, tandis que Naval Group fournit la conception, l’appui technique et le transfert de capacités industrielles.

Cinq sites français contribuent au programme, chacun sur son domaine d’expertise : Cherbourg pour la coque et la plateforme, Lorient et Nantes-Indret pour la propulsion et les batteries lithium-ion, Ollioules pour le système de combat, et Angoulême-Ruelle pour les mâts et les systèmes de lancement d’armes. Ces sous-marins seront en effet les premiers Scorpène équipés d’une configuration entièrement lithium-ion, une technologie qui offre une plus grande autonomie énergétique et un temps de charge réduit par rapport aux batteries au plomb classiques. Ils embarqueront également la dernière génération du système de combat SUBTICS, conçu pour répondre aux défis des missions sous-marines modernes, aussi bien en eaux profondes qu’en zones côtières peu profondes. Selon des informations rapportées par The Defense Post, chaque sous-marin sera doté de six tubes lance-torpilles de 533 millimètres, capables de tirer des torpilles lourdes Black Shark, des missiles antinavires SM-39 Exocet et des missiles antiaériens A3SM Mica.

Sur le plan humain, le programme mise autant sur le compagnonnage que sur le transfert de plans. Une équipe d’experts de Naval Group, actuellement au nombre de huit et appelée à passer à une cinquantaine de personnes, encadre les équipes indonésiennes sur place en tant qu’opérateurs référents. Des binômes franco-indonésiens ont été constitués pour chaque poste clé, et les techniciens français envoyés à Surabaya apprennent le bahasa indonesia, sur le même principe de proximité linguistique déjà éprouvé par Naval Group avec d’autres clients à l’export. La formation des équipes indonésiennes a débuté dès l’été 2025, quand une vingtaine de soudeurs de PT PAL sont venus suivre, à Cherbourg, un stage de deux à trois mois consacré aux techniques de soudage, de préchauffage et de contrôle qualité propres aux coques de sous-marins. Cette phase de qualification s’est achevée le 12 décembre 2025 avec la fabrication réussie d’une première section de coque pilote, ouvrant la voie à la découpe de tôle du 7 août.

Un contrat qui positionne la France sur un marché sous tension

Avec ses 17 000 îles et près de 6 millions de km² de zone économique exclusive, l’Indonésie dispose de l’un des plus vastes espaces maritimes au monde. Renforcer sa souveraineté en mer, tout en bâtissant une industrie de défense autonome, est devenu une priorité affichée de Jakarta. Le directeur général de PT PAL, Kaharuddin Djenod, a souligné que ce partenariat allait au-delà de la seule construction des systèmes d’armes principaux et constituait une plateforme importante de transfert de technologie entre l’Indonésie et la France.

Ce contrat conforte la place de Naval Group sur un marché mondial des sous-marins où la concurrence s’intensifie. Le groupe français fait notamment face à l’Allemagne et à l’Espagne, dont les chantiers navals ont récemment uni leurs forces pour proposer des offres communes face à Naval Group. La réussite du transfert de technologie vers l’Indonésie, portée en partie par les mêmes équipes qui ont formé les soudeurs indonésiens à Cherbourg, est donc autant un enjeu industriel qu’un argument commercial pour de futurs contrats à l’export.

Le calendrier du programme SRI reste dense. La construction du second sous-marin doit débuter en 2027, une fois la première coque bien avancée. Les essais à la mer du premier bâtiment sont attendus autour de 2031, pour une livraison à la marine indonésienne programmée en 2032. Le second exemplaire suivrait environ un an plus tard. D’ici là, la marine indonésienne poursuit l’envoi progressif de ses futurs équipages en France, pour un entraînement conjoint avec la Marine nationale et les équipes de Naval Group.

Sources