2,4 milliards de dollars : le pari nucléaire de newcleo obtient son feu vert réglementaire en France

Le régulateur nucléaire français a jugé satisfaisant le dossier de sûreté de la future usine de combustible MOX de newcleo, jeune pousse franco-italienne du « petit nucléaire ». Une double actualité, puisque l’État a parallèlement annoncé que l’entreprise avait désormais dépassé le cadre du dispositif public France 2030 qui l’avait pourtant lancée.

L’ASNR juge satisfaisantes les garanties de sûreté proposées par newcleo

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié, le 13 juillet 2026, son avis sur l’ensemble des dispositions de sûreté proposées par newcleo pour sa future usine française de combustible MOX (oxyde mixte d’uranium et de plutonium). Selon ce document, les dispositions retenues par l’entreprise au stade des options de sûreté sont jugées satisfaisantes et répondent globalement aux objectifs fixés par le décret du 7 février 2012, notamment en matière de défense en profondeur, d’approche déterministe prudente et de prise en compte du retour d’expérience d’installations similaires.

usine de combustible dans l’Aube

newcleo avait transmis son dossier d’options de sûreté à l’ASNR en décembre 2024, pour cette installation pilote destinée à tester l’assemblage de combustible MOX. L’avis du régulateur n’est cependant pas une autorisation de construire : l’ASNR demande à newcleo de compléter sa démonstration sur plusieurs points avant tout dépôt de demande d’autorisation de création, notamment l’évaluation des conséquences d’une chute d’avion, l’analyse du développement d’un incendie et la garantie du respect des principes de confinement. L’entreprise indique vouloir intégrer ces recommandations dans la conception de l’installation.

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Un réacteur au plomb liquide et une usine de combustible recyclé dans l’Aube

newcleo développe des réacteurs modulaires avancés (AMR) refroidis au plomb liquide, associés à des installations capables de produire du combustible nucléaire à partir de déchets radioactifs recyclés. L’entreprise mène en parallèle un processus réglementaire similaire pour son réacteur rapide refroidi au plomb (LFR), et attend toujours l’avis de l’ASNR sur les caractéristiques de sûreté qu’elle a proposées pour ce second projet. Le site retenu pour l’usine pilote de combustible MOX se trouve dans l’Aube, où newcleo a engagé les procédures d’acquisition foncière et de consultation publique.

L’entreprise mène actuellement un débat public de trois mois sur ses deux projets français, le réacteur et l’usine de combustible. Elle devient ainsi le premier développeur privé de technologie de réacteur innovante à franchir cette étape clé de concertation avec les parties prenantes en France. Elle assure qu’elle examinera attentivement les conclusions de la Commission nationale du débat public pour affiner le développement de ses projets.

Selon la feuille de route communiquée par l’entreprise, le premier prototype non nucléaire de son réacteur devrait être prêt cette année en Italie, tandis que le premier réacteur pourrait entrer en service en France dès 2032 ; la décision finale d’investissement pour la première centrale commerciale est quant à elle attendue autour de 2029.

France 2030 change de braquet : newcleo a dépassé le dispositif public

Au delà du feu vert technique de l’ASNR, newcleo a également franchi une étape institutionnelle. Après avoir évalué en détail la candidature de l’entreprise à la phase 2 du programme France 2030 dédié aux réacteurs nucléaires innovants, le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) a conclu que le niveau de développement atteint par newcleo dépassait désormais le cadre de ce dispositif. Depuis sa participation au programme, l’entreprise a levé des montants de capitaux jugés significatifs par l’État, ce qui illustre selon lui l’effet d’entraînement du dispositif public.

newcleo a par ailleurs affirmé sa présence internationale : le 27 mai 2026, l’entreprise a annoncé un accord définitif de fusion avec la société d’acquisition à vocation spécifique NewHold Investment Corp III (Nasdaq : NHIC), une opération qui doit la faire coter à Wall Street. Cette transaction valorise newcleo à environ 2,4 milliards de dollars avant l’opération et pourrait rapporter jusqu’à 429 millions de dollars de produit brut, en l’absence de rachat d’actions par les actionnaires du véhicule coté. Dans ce contexte, l’État a jugé qu’une contribution publique additionnelle, nécessairement limitée, serait devenue marginale. Il a annoncé vouloir poursuivre sa coopération avec newcleo sous d’autres formes : appui de l’ASNR pour les procédures de licence, accompagnement des services de l’État pour ses projets sur le territoire français, et soutien aux initiatives tournées vers l’export.

« Nous saluons l’avis positif de l’ASNR, qui reflète des années de travail des équipes qui développent nos installations de combustible MOX. Nous sommes fiers de contribuer à l’industrie nucléaire française, et nous remercions France 2030 pour son soutien, qui a accéléré le développement de notre technologie, renforcé notre présence en France, favorisé des partenariats stratégiques et attiré des investissements privés », a déclaré Stefano Buono, fondateur et directeur général de newcleo (propos traduits de l’anglais). L’entrepreneur physicien avait fondé la société après avoir cédé sa précédente entreprise de médecine nucléaire, Advanced Accelerator Applications, à Novartis pour 3,9 milliards de dollars.

Repère Donnée
Dépôt du dossier de sûreté MOX Décembre 2024
Avis de l’ASNR 13 juillet 2026 (jugé satisfaisant à ce stade)
Localisation de l’usine pilote MOX Département de l’Aube
Financement privé levé à ce jour environ 780 millions de dollars
Effectifs plus de 900 personnes en Europe et aux États-Unis
Valorisation pré-opération (cotation Nasdaq) environ 2,4 milliards de dollars
Produit brut attendu de l’opération jusqu’à 429 millions de dollars
Premier réacteur opérationnel visé en France dès 2032
Décision finale d’investissement (1re centrale commerciale) autour de 2029

La suite du calendrier dépendra largement des conclusions du débat public en cours et de l’avis, toujours attendu, de l’ASNR sur le réacteur lui-même. newcleo devra aussi transformer cet avis favorable en une demande d’autorisation de construire en bonne et due forme pour son usine MOX de l’Aube, l’étape suivante et la plus engageante du parcours réglementaire français.

Sur le plan financier, l’issue de la fusion avec NewHold Investment Corp III, actuellement soumise aux actionnaires et au régulateur américain, conditionnera une bonne partie des moyens dont l’entreprise disposera pour tenir son calendrier industriel jusqu’en 2032.

Sources