700 000 barils : le navire anti-marée noire né de Deepwater Horizon débarque en Europe
Le pétrolier converti Eagle Louisiana, conçu pour contenir les marées noires en eaux profondes après la catastrophe de Deepwater Horizon, a traversé le détroit du Pas-de-Calais début septembre. Une première apparition en Europe pour ce navire hors norme.
Un navire né du désastre de Deepwater Horizon
C’est un bâtiment très particulier qui a transité par la voie descendante du détroit du Pas-de-Calais il y a quelques jours. L’Eagle Louisiana, l’un des deux pétroliers convertis en navires de confinement modulaires pour contenir les fuites de brut sur des installations sous-marines offshore, effectuait a priori sa première visite en Europe.
Ces unités très originales sont apparues à la suite de la catastrophe de la plateforme Deepwater Horizon, survenue le 20 avril 2010 dans le golfe du Mexique. Exploitée par le groupe BP, la plateforme de forage semi-submersible, alors en train de forer un puits à plus de 10 000 mètres de profondeur dont 1 260 sous la surface de l’eau, avait explosé avant de couler, ravagée par le feu. L’accident avait fait 11 morts et provoqué l’un des pires désastres environnementaux de l’histoire des côtes américaines, en particulier en Louisiane, avec environ 780 000 m3 de pétrole (soit l’équivalent de 4,9 millions de barils) répandus en mer.

Pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise, un consortium regroupant dix grandes compagnies pétrolières (Anadarko, Apache, BHP Billiton, BP, Chevron, ConocoPhillips, ExxonMobil, Hess, Shell et Statoil) a créé la Marine Well Containment Company (MWCC) afin de développer une solution de prévention des marées noires majeures liées aux forages en eaux profondes dans le golfe du Mexique. C’est dans ce cadre que l’Eagle Texas et l’Eagle Louisiana ont été choisis pour être totalement transformés, afin de pouvoir se raccorder à un dispositif de colmatage (capping stack) en cas d’éruption d’un puits sous-marin, mais aussi pour embarquer le pétrole brut provenant de la fuite dans leurs cuves.
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Une usine flottante capable de traiter 700 000 barils
À l’origine, l’Eagle Louisiana était un pétrolier de type Aframax d’un port en lourd de 120 000 tonnes, construit par le chantier japonais Tsuneishi Shipbuilding et mis en service en juin 2011. Sa conversion en Modular Capture Vessel (MCV), réalisée pour le compte de la société singapourienne AET par le chantier Drydocks World de Singapour, en a fait un navire radicalement différent, livré dans sa nouvelle configuration en 2014, un an après son jumeau l’Eagle Texas.
Long de 243,80 mètres pour une largeur de 42,05 mètres, l’Eagle Louisiana dispose d’une capacité de stockage de 95 800 tonnes, soit 700 000 barils. Il est capable de traiter, stocker et transférer le pétrole recueilli vers des navires assurant les navettes vers un port proche, grâce à trois pompes de 3 000 m3/h. Ses équipements permettent de séparer les liquides du gaz, de stocker les produits en toute sécurité et d’éliminer le gaz par torchère. Les travaux de conversion, colossaux, ont nécessité 2 530 tonnes d’acier, la pose de 20 kilomètres de tuyauterie et de 292 kilomètres de câbles électriques, pour environ 2 millions d’heures de travail. Le chantier a notamment porté sur l’installation de quatre propulseurs azimutaux rétractables, d’un propulseur d’étrave et d’un système de positionnement dynamique DP2. Les espaces de vie ont été agrandis pour accueillir 65 personnes, l’équipage de conduite comptant 17 marins de différentes nationalités.
Une présence inédite dans les eaux européennes
Depuis sa seconde mise en service, l’Eagle Louisiana est affrété pour vingt ans par la MWCC. Mais comme l’Eagle Texas, il peut aussi travailler comme un pétrolier classique tout en restant équipé et prêt à être déployé rapidement en cas d’incident de contrôle de puits en eaux profondes dans le golfe du Mexique. C’est dans cette configuration de transport classique qu’il est récemment venu à Anvers, avant de quitter le port belge le 1er septembre pour rejoindre Montréal, au Canada, où il était attendu en fin de semaine.
Lors de la mise en service du système de confinement élargi de la MWCC, en 2015, son directeur général de l’époque, Don Armijo, avait résumé l’enjeu de ce dispositif : « L’achèvement du système de confinement élargi représente une étape majeure pour notre entreprise et un investissement important de la part de l’industrie. L’arrivée de ce système complet souligne l’engagement de MWCC à répondre aux besoins de ses membres et à fournir des équipements et services de confinement de puits parmi les plus performants du secteur » (propos traduits). Un dispositif que l’Eagle Louisiana et son jumeau continuent d’incarner, quinze ans après la catastrophe qui les a fait naître.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Pétrole déversé lors de la catastrophe de Deepwater Horizon (2010) | environ 780 000 m3 (4,9 millions de barils) |
| Longueur / largeur de l’Eagle Louisiana | 243,80 m / 42,05 m |
| Capacité de stockage | 95 800 tonnes (700 000 barils) |
| Débit des pompes de transfert | 3 x 3 000 m3/h |
| Acier utilisé pour la conversion | 2 530 tonnes |
| Tuyauterie et câbles électriques posés | 20 km et 292 km |
| Durée de l’affrètement par la MWCC | 20 ans (depuis 2014) |
Quinze ans après Deepwater Horizon, l’Eagle Louisiana illustre la manière dont l’industrie pétrolière offshore a tenté de tirer les leçons de l’un des pires désastres environnementaux de son histoire, en se dotant d’une capacité de réponse rapide et massive aux fuites en eaux profondes. Son passage par l’Europe, une première pour ce navire habituellement cantonné au golfe du Mexique, offre l’occasion de mesurer l’ampleur de ce dispositif, à l’heure où le navire poursuit sa route commerciale classique vers Montréal, prêt à être rappelé en cas d’incident sur ses zones d’intervention habituelles.
Source
- Drilling Contractor : communiqué de la Marine Well Containment Company sur son système de confinement élargi, avec la citation de son ancien directeur général Don Armijo.