73 mètres, missiles secrets : Israël réceptionne son dernier sous-marin Dolphin
Le groupe allemand TKMS a livré à la marine israélienne l’INS Drakon, dernier des six sous-marins de la famille Dolphin. Doté d’un massif inhabituel, ce bâtiment de transition vers la future classe Dakar suscite des interrogations sur ses capacités.
Un programme vieux de 25 ans qui s’achève
Après une longue phase d’essais, le sous-marin Drakon a quitté l’Allemagne le 1er septembre pour rejoindre Israël, a annoncé TKMS. Officiellement lancé en novembre 2024 à Kiel, il était déjà en essais en mer depuis un an. Il s’agit du troisième et dernier exemplaire du type Dolphin II, et du sixième et dernier sous-marin de la famille Dolphin livré par l’Allemagne à Israël.

Le programme avait débuté avec trois premiers bâtiments, les Dolphin, Leviathan et Tekumah, livrés en 1999 et 2000 : c’est le type Dolphin I. Trois unités améliorées ont ensuite été commandées, équipées d’un système de propulsion anaérobie à piles à combustible permettant d’augmenter sensiblement leur autonomie en plongée. Ce sont les Dolphin II, dont les deux premiers exemplaires, le Tanin et le Rahav, sont entrés en service en 2014 et 2016. Longs de 68 mètres pour un peu plus de 2 000 tonnes en surface, ils sont plus grands que les Dolphin I (57 mètres, 1 600 tonnes) et emportent six tubes de 533 mm et quatre tubes de 650 mm, capables de mettre en œuvre torpilles lourdes, missiles de croisière, mines et engins sous-marins pour commandos. Ces bâtiments très automatisés sont armés par 35 membres d’équipage et peuvent loger une dizaine de personnels supplémentaires.
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Un massif allongé qui intrigue
Avec son massif bleu, une caractéristique commune aux sous-marins israéliens, le Drakon présente une silhouette inhabituelle, sa structure proéminente rappelant, selon certains observateurs, d’anciens modèles lance-missiles soviétiques. Le Drakon se distingue en effet nettement de ses deux prédécesseurs directs. Les rares photos disponibles montrent un sous-marin manifestement plus gros, avec un kiosque allongé vers l’arrière qui pourrait abriter des silos de missiles ou servir au déploiement d’engins sous-marins. Il constitue en réalité une transition vers les futurs sous-marins de la classe Dakar, dont la commande de trois exemplaires a été annoncée par TKMS en 2022.
La construction du premier exemplaire de la classe Dakar a officiellement débuté en novembre 2024, en vue d’une mise en service à partir de 2031. Le coût du programme est estimé à 3 milliards d’euros, dont 600 millions subventionnés par l’Allemagne. Les caractéristiques techniques précises de cette future classe restent inconnues, mais une image de synthèse diffusée par TKMS en 2022 montre un modèle doté d’un massif très allongé et d’une architecture de coque inédite, capable selon certaines analyses de mettre en œuvre des missiles balistiques.
Une capacité stratégique qui reste opaque
Selon le site spécialisé Naval News, qui a analysé les images disponibles du Drakon, son massif inhabituellement large pourrait abriter des tubes de lancement vertical pour de nouveaux missiles. D’après cette analyse, il pourrait s’agir de missiles balistiques lancés depuis un sous-marin, ce qui offrirait à Israël une capacité de frappe stratégique en mer plus difficile à neutraliser. La configuration exacte et le type de missile restent classifiés et n’ont pas été officiellement confirmés par Israël. Les précédents sous-marins Dolphin sont, eux, largement considérés comme contribuant à la dissuasion israélienne via des missiles de croisière, embarqués dans quatre tubes lance-torpilles surdimensionnés.
Lors de la cérémonie de départ à Kiel, le directeur général de TKMS, Oliver Burkhard, a salué l’achèvement du programme : « Avec le départ de l’INS Drakon, nous concluons avec succès un programme exigeant, marqué pendant de nombreuses années par la confiance, l’expertise technologique et une responsabilité partagée. Israël est un partenaire important pour nous dans le domaine maritime. Avec la classe Dakar, nous poursuivons notre collaboration et démontrons que TKMS ne se contente pas de développer des programmes navals complexes, mais les mène aussi à bien de manière fiable » (propos traduits). La relation entre TKMS et la marine israélienne s’est construite sur plusieurs décennies et fait partie intégrante de la coopération de défense entre l’Allemagne et Israël, plusieurs générations de bâtiments, dont les sous-marins Dolphin et les corvettes Sa’ar 6, ayant été construites dans les chantiers du groupe allemand.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Dolphin I (livrés 1999-2000) | 57 m, environ 1 600 tonnes |
| Dolphin II, dont le Drakon (livrés 2014-2026) | 68 m et plus, plus de 2 000 tonnes |
| Tubes lance-torpilles | 6 x 533 mm et 4 x 650 mm |
| Équipage | 35 personnes (+ environ 10 passagers) |
| Coût estimé du programme Dakar (3 unités) | 3 milliards d’euros, dont 600 millions subventionnés par l’Allemagne |
| Mise en service de la classe Dakar | à partir de 2031 |
Avec le départ du Drakon, l’Allemagne aura livré à Israël l’intégralité des six sous-marins de la famille Dolphin en un quart de siècle, un partenariat industriel et militaire qui se poursuit désormais avec la classe Dakar. Dans un contexte régional toujours tendu, la montée en gamme de la flotte sous-marine israélienne, vers une possible capacité de frappe balistique embarquée, s’annonce comme l’un des dossiers à suivre de près d’ici la mise en service du premier exemplaire de la classe Dakar, prévue à partir de 2031.
Source
- Naval News : reproduction du communiqué de TKMS (citation d’Oliver Burkhard) et analyse des capacités du massif du Drakon.