3 ailes de 33 mètres : la Maritime Nantaise mise sur le vent pour transporter les fusées européennes

La Compagnie Maritime Nantaise a commandé en Chine un roulier de 105 mètres équipé de trois ailes rigides OceanWings, destiné au transport de lanceurs et de satellites européens. Une commande qui doit renforcer, d’ici 2030, la place de l’armateur nazairien sur le marché naissant de la logistique spatiale.

Un navire taillé pour les cargaisons spatiales sensibles

La Compagnie Maritime Nantaise (MN), filiale du groupe Sogestran, a annoncé le 9 septembre avoir passé commande, le 21 août, d’un nouveau roulier à propulsion vélique dédié à la logistique spatiale. Long de 105 mètres pour 20 mètres de large, le navire sera construit au chantier chinois Guangzhou Shipyard International (GSI), du groupe China State Shipbuilding Corporation (CSSC), que MN décrit comme une référence dans la construction de navires RoRo et RoPax. Le chantier a été choisi, selon l’armateur, à l’issue d’un processus approfondi de consultation, d’évaluation technique, de visites de sites et de négociations contractuelles.

Compagnie Maritime Nantaise & OceanWings

Le futur roulier, dont l’entrée en service est prévue d’ici 2030, doit répondre aux contraintes particulières du transport de lanceurs spatiaux, de satellites, d’équipements associés et d’autres cargaisons industrielles sensibles. Il disposera de plusieurs espaces de chargement complémentaires : un vaste pont roulier principal, un espace pour les cargaisons spatiales aux conditions ambiantes contrôlées, et un pont extérieur modulable. La commande s’inscrit dans le prolongement d’un partenariat stratégique noué avec l’industriel italien Avio, qui prolonge une collaboration entre les deux entreprises entamée il y a plus de quinze ans.

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Trois ailes rigides de nouvelle génération

Le roulier aura une propulsion hybride, mécanique et vélique, avec trois ailes rigides non rabattables mais pouvant être mises en drapeau en cas de vents violents, fournies par l’équipementier français OceanWings. Il s’agit de systèmes de nouvelle génération, de type OW RF, mesurant 33 mètres de haut par 11 mètres de large, pour une surface de 363 m² et un poids de 45 tonnes chacune. OceanWings met en avant une version moins chère, plus simple et plus robuste que ses premières ailes, tout en conservant le même principe aérodynamique à deux volets permettant de faire varier la cambrure pour contrôler la puissance.

Le navire a été conçu par le cabinet danois Knud E. Hansen, spécialiste des RoRo et partenaire de longue date de MN, en association avec le cabinet français VPLP Design, réputé pour ses navires à propulsion vélique. VPLP avait déjà collaboré avec OceanWings (alors Ayro) sur le roulier Canopée, utilisé depuis 2023 pour la logistique d’ArianeGroup entre l’Europe et la Guyane. Équipé de quatre ailes affalables de 360 m² chacune, Canopée a permis à son armateur, Alizés (coentreprise de Zéphyr & Borée et Jifmar), de rapporter des économies de carburant de 1,3 tonne par jour et par aile, soit l’équivalent d’environ 300 kW de puissance moteur, avec une disponibilité opérationnelle de 99,6 %.

Le système du futur navire de MN sera complété par des solutions de l’entreprise nantaise D-ICE, spécialisée dans le routage météo avancé, l’optimisation de la carène et les jumeaux numériques, ainsi que par une compatibilité avec les biocarburants.

Caractéristique Valeur
Longueur / largeur du navire 105 m / 20 m
Ailes rigides OceanWings 3 unités, 33 m x 11 m, 363 m² chacune
Poids d’une aile 45 tonnes
Vitesse d’exploitation 10 à 14 nœuds (optimale : 12 nœuds)
Chantier constructeur Guangzhou Shipyard International (Chine)
Entrée en service prévue D’ici 2030

Un contrat qui consolide la stratégie spatiale de la Maritime Nantaise

MN offre à ses clients une plage de vitesse comprise entre 10 et 14 nœuds, avec une vitesse optimale autour de 12 nœuds, afin de minimiser le temps passé en mer tout en maximisant l’apport des ailes. Un choix technique justifié par la route empruntée : la traversée transatlantique entre l’Europe et la Guyane, soumise aux alizés et au Pot au Noir, voire une extension possible vers la Floride, où se trouve un pas de tir américain.

« Nous avons analysé plusieurs systèmes véliques et fait parler les chiffres », explique Mathieu Longueville, chef de projet au groupe Sogestran, cité par Mer et Marine, qui précise que l’entreprise a comparé l’investissement que représentent ces systèmes et la charge de leur maintenance avant de retenir OceanWings pour ses performances, sa facilité d’intégration à bord, sa maturité industrielle et son adéquation avec le profil opérationnel du navire.

Avant l’été, MN avait déjà remporté, via Africa Global Logistics (AGL), partenaire historique des programmes spatiaux européens, un contrat de cinq ans pour transporter le lanceur léger Vega C entre l’Italie et le Centre spatial guyanais de Kourou. Les premières rotations doivent être assurées par le roulier MN Colibri, en attendant l’arrivée du nouveau navire dédié, qui doit aussi consolider les positions de l’armateur sur le marché des acheminements de satellites et d’équipements stratégiques, notamment certains éléments d’Ariane 6.

Reste à voir comment cette nouvelle unité s’intégrera, à partir de 2030, dans la montée en cadence des lancements européens, entre Vega C et Ariane 6, deux programmes appelés à multiplier les allers-retours entre les sites de production européens et la Guyane dans les années à venir.

Sources

  • Mer et Marine, 10 septembre 2026 : article complet sur la commande, les caractéristiques du navire et citation de Mathieu Longueville (Sogestran).
  • Splash247 : confirmation de la commande et du partenariat avec Avio pour le transport de Vega-C.