82°24′ Nord : la station polaire française Tara s’enferme volontairement dans les glaces
Après deux mois de navigation depuis Lorient, la Tara Polar Station a atteint son objectif de prise en glace le 9 septembre dans l’océan Arctique central. Douze personnes vont désormais y dériver pendant plus de huit mois, lançant le programme scientifique le plus ambitieux jamais conduit par la Fondation Tara Océan.
Une prise en glace obtenue grâce à un brise-glace chinois
Partie de Lorient, son port d’attache, le 19 juillet, la Tara Polar Station a rejoint la Norvège en août pour y accueillir à Kirkenes le premier équipage d’hivernants. La traversée des eaux russes s’est bien déroulée grâce à la coopération avec l’administration de la Route maritime du Nord, malgré des conditions météorologiques parfois délicates. Le 8 septembre, dans le cadre d’une collaboration franco-chinoise, le Xue Long 2, brise-glace océanographique du Polar Research Institute of China qui étudiait la zone depuis deux mois, a rejoint la station à un point de rencontre fixé entre les deux navires.

Le Xue Long 2 a ainsi ouvert la voie à la Tara Polar Station et lui a permis d’atteindre son objectif de prise en glace par 82°24′ Nord et 155°03′ Est, le 9 septembre à midi, heure de Paris. Amarrée à un vaste bloc de glace, la station a commencé sa dérive. L’équipage lancera ses recherches et ses protocoles d’échantillonnage au fur et à mesure que la glace se stabilisera sous l’effet du froid hivernal.
« C’est un moment très important pour la Fondation Tara Océan mais aussi pour l’exploration polaire en général. Cela fait plus de dix ans que nous avons imaginé cette base polaire dérivante destinée à étudier l’Arctique au fil des saisons et sur le long terme. […] Aujourd’hui, 80 scientifiques issus de 32 institutions de 12 pays sont mobilisés autour de cette première expédition Tara Polaris I. Collectivement, nous allons pouvoir vous raconter ce pôle, mais aussi poser un diagnostic sur l’état de santé de l’océan Arctique central et faire avancer la connaissance et la gouvernance de cette région sentinelle des changements globaux », a déclaré Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Océan.
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Quatre mois de nuit polaire pour l’équipage d’hivernage
L’équipage du premier hivernage de Tara Polaris I est désormais engagé pour plus de huit mois ensemble. Quatre marins, six scientifiques, une médecin et un correspondant de bord composent ce groupe, qui s’est soumis à des tests d’aptitude physique et psychologique ainsi qu’à diverses formations avant de s’engager dans l’hivernage, l’une des phases les plus exigeantes de la mission compte tenu des quatre longs mois de nuit polaire qui les attendent. Ils seront relevés par avion à la mi-avril, avec l’arrivée du printemps.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Date de prise en glace | 9 septembre 2026, 82°24’N / 155°03’E |
| Équipage d’hivernage | 12 personnes (4 marins, 6 scientifiques, 1 médecin, 1 correspondant de bord) |
| Consortium scientifique Tara Polaris I | 80 scientifiques, 32 institutions, 12 pays |
| Durée de l’hivernage | plus de 8 mois, jusqu’à mi-avril 2027 |
| Programme global | 10 expéditions prévues jusqu’en 2046 |
À bord, la moitié du pont principal est consacrée à la science, avec cinq laboratoires (un laboratoire humide pour la manipulation d’échantillons, dont des carottes de glace, des laboratoires secs pour l’instrumentation, et des espaces dédiés à l’expérimentation in situ). Une « moon pool » au centre du navire offre un accès direct à la mer, permettant de prélever de l’eau océanique tout au long de l’année. Une vision à vingt ans du programme est portée par un comité exécutif tricéphale associant Lee Karp Boss (University of Maine), Marcel Babin (CNRS/Université Laval) et Chris Bowler (ENS/CNRS) ; Marcel Babin est le directeur scientifique de cette première expédition.
Un programme pensé pour durer jusqu’en 2046
La Tara Polar Station a été conçue pour se laisser volontairement prisonnière des glaces et dériver dans l’océan Arctique, vingt ans après que la goélette Tara, plus petite embarcation de la même fondation, avait déjà connu une prise en glace comparable. Dix expéditions consécutives sont planifiées jusqu’en 2046, avec l’ambition de garantir une continuité rare dans l’exploration scientifique de l’Arctique central, une région que le changement climatique transforme plus rapidement que toute autre zone du globe.
Les objectifs scientifiques de ce programme sont au nombre de quatre : repousser les frontières de la connaissance sur la biodiversité de régions difficiles d’accès, comprendre les adaptations uniques qui permettent la vie dans cet environnement extrême, analyser les conséquences de la fonte de la banquise et de la pollution sur ces écosystèmes fragiles, et identifier de nouvelles molécules, espèces ou processus porteurs d’applications futures. La dérive de Tara Polaris I doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2027, avec une phase de printemps jusqu’à mi-juillet puis une phase d’été jusqu’à fin septembre, avant qu’une nouvelle expédition ne prenne le relais dans le cadre de ce programme prévu sur deux décennies.
Sources
- ScanVoile, reproduction du communiqué de presse de la Fondation Tara Océan, « Tara Polar Station a atteint son objectif de prise en glace » (10 septembre 2026) : détails de la prise en glace, citation de Romain Troublé, composition de l’équipage.
- Fondation Tara Océan, « The challenges of science aboard Tara Polar Station » : présentation du programme scientifique, du consortium international et des laboratoires embarqués.