Un licencié, deux expulsés sur sept : ce que révèle la suite de l’affaire « Cornell Seven »

Une semaine après la réouverture de l’enquête pénale, l’affaire des « Cornell Seven » a pris une tournure nouvelle : un étudiant visé par la plainte civile a perdu son emploi, l’université a dû publiquement démentir avoir puni certains accusés par de simples rédactions, et un ancien scénariste de « South Park » a lancé un site entièrement consacré au dossier.

Un étudiant nommé dans la plainte civile a perdu son emploi

Parmi les sept anciens étudiants visés par la plainte civile déposée mi-septembre 2026, Diego Sarabia est l’un des rares dont l’identité a circulé publiquement, la plainte l’accusant d’avoir embrassé la plaignante sans son consentement et d’avoir participé à des actes impliquant de la kétamine lors de la soirée du 19 octobre 2024 à la maison de la fraternité Chi Phi. Employé depuis 2022 par la banque Wells Fargo à Charlotte, en Caroline du Nord, il n’y travaillerait plus, selon une information de TMZ reprise par plusieurs chaînes américaines affiliées à ABC. Wells Fargo n’a toutefois commenté ni le départ de l’employé ni ses motifs.

Cet épisode illustre une différence de taille avec la France : aux États-Unis, la relation de travail est très généralement régie par l’« employment at will », qui permet à un employeur de rompre un contrat à tout moment et sans justification particulière, dès lors que le motif n’est pas discriminatoire. Le simple fait d’être cité, non reconnu coupable, dans une procédure civile très médiatisée peut donc suffire à motiver une rupture, pour des raisons de réputation d’entreprise.

En France, un licenciement fondé sur des faits non jugés et extérieurs à l’activité professionnelle serait beaucoup plus difficile à justifier devant un conseil de prud’hommes, qui exige une cause réelle et sérieuse et un lien avec l’exécution du contrat de travail, sauf circonstances très particulières. Les rumeurs ne sont toutefois pas toutes fondées : un autre des sept étudiants mis en cause, Matthew Ingalls, avait été présenté sur les réseaux sociaux comme licencié à cause de l’affaire alors que la plateforme de freelance DataAnnotation, pour laquelle il travaillait comme indépendant, a précisé l’avoir suspendu dès mai 2024, soit cinq mois avant les faits allégués et sans lien avec eux.

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Cornell dément avoir puni certains accusés par de simples rédactions

Sous la pression, l’université a dû sortir de sa réserve habituelle. Le 28 septembre 2026, le vice-président aux relations universitaires de Cornell, Kyle Kimball, a publiquement contesté une affirmation de la plainte civile selon laquelle certains des sept étudiants auraient simplement eu la possibilité de limiter les conséquences de leurs actes en rédigeant des essais.

« Toute suggestion selon laquelle l’université n’aurait pas imposé de sanctions réelles aux personnes concernées est fausse » (propos traduits), a déclaré Kimball, confirmant que des expulsions et des suspensions avaient bien été prononcées à l’issue de l’enquête disciplinaire, sans en préciser le nombre exact pour chaque sanction, l’université invoquant la loi fédérale sur la confidentialité des dossiers étudiants. L’avocat de la plaignante conteste cette version et affirme que seuls deux des sept étudiants mis en cause ont été expulsés, les autres n’ayant reçu que des suspensions, des ateliers de sensibilisation ou des travaux écrits.

campus de l'université Cornell à Ithaca

Cette controverse a pris une dimension politique le 1er octobre 2026, lorsque la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a annoncé que Cornell avait accepté de se soumettre à un examen indépendant, mené par un cabinet d’avocats extérieur, sur la manière dont l’établissement a traité le signalement initial de 2024. Un volet Title IX de l’enquête universitaire avait par ailleurs été ouvert en janvier 2025, en parallèle de la procédure disciplinaire menée dès novembre 2024.

Les fraternités américaines, un système largement autonome propice à l’emballement médiatique

L’affaire met en lumière le fonctionnement des fraternités américaines (« Greek life »), un système sans équivalent en France. Environ 7 % des étudiants américains de premier cycle appartiennent à une fraternité, pour un total avoisinant les neuf millions de membres actuels et anciens. Ces organisations, structurées autour de lettres de l’alphabet grec, disposent souvent de leur propre maison, de leurs propres règles internes et d’une autonomie de gestion vis-à-vis de l’université, très différente du contrôle exercé par les établissements français sur la vie associative étudiante. Le bizutage y a causé au moins un décès presque chaque année entre 1970 et 2025 aux États-Unis, ce qui a conduit le Congrès à adopter, en décembre 2024, le Stop Campus Hazing Act, imposant aux universités de déclarer ces incidents. Certains chercheurs du secteur, cités par des travaux de synthèse sur le sujet, estiment que les étudiants membres d’une fraternité seraient statistiquement plusieurs fois plus susceptibles d’être impliqués dans une agression sexuelle que leurs camarades non affiliés, un sujet qui reste débattu dans la littérature académique américaine.

Ce vide relatif entre l’autonomie des fraternités et la discrétion imposée aux universités par la loi sur la confidentialité des dossiers étudiants a largement nourri l’emballement médiatique de l’affaire. Faute d’informations officielles sur l’identité des sept étudiants et le détail des sanctions, les réseaux sociaux américains s’en sont emparés, donnant lieu à des controverses sur le doxxing (la divulgation non autorisée d’informations personnelles) visant aussi bien des rédacteurs ayant nommé des membres de la fraternité que des journalistes ayant cherché à identifier la plaignante. Le dossier a également inspiré Toby Morton, ancien scénariste de la série « South Park », qui a lancé fin septembre un site internet, TheCornell7.org, entièrement consacré à l’affaire, et prévoit selon la presse américaine de financer des panneaux publicitaires pour maintenir l’attention sur le dossier. « Je n’ai aucune limite. Aucune barrière. Personne pour me dire que je suis allé trop loin » (propos traduits), a-t-il écrit sur Instagram le 27 septembre, résumant l’ampleur prise par cette affaire dans l’espace public américain, bien au-delà du seul cadre judiciaire.

Repère Donnée
Novembre 2024 Suspensions conservatoires des 7 étudiants et de la fraternité
Janvier 2025 Ouverture d’un volet Title IX par l’université
14 septembre 2026 Dépôt de la plainte civile
28 septembre 2026 Démenti officiel de Cornell sur les sanctions
29 septembre 2026 Réouverture de l’enquête pénale
1er octobre 2026 Annonce d’une revue indépendante de Cornell

À ce stade, aucune charge pénale n’a encore été déposée contre les sept anciens étudiants, dont l’identité complète reste non confirmée officiellement malgré les noms circulant dans la presse people et sur les réseaux sociaux. Entre la décision attendue du grand jury du comté de Tompkins, les conclusions de la revue indépendante commandée par Cornell et la poursuite de la procédure civile, le dossier devrait continuer à alimenter le débat américain sur la frontière entre sanctions disciplinaires, conséquences sociales et procédure pénale, dans les semaines à venir.

Sources