80 mètres, 1 300 tonnes : le patrouilleur Philippe Bernardino prend la mer pour la première fois
Entre Boulogne-sur-Mer et Calais, le patrouilleur outre-mer Philippe Bernardino a enchaîné fin septembre ses tout premiers essais en mer. Baptisé du nom d’un héros tahitien de la France libre, ce cinquième exemplaire de sa série rejoindra Brest avant de rallier son port d’attache définitif, Papeete.
Une semaine d’essais entre Boulogne et Calais
Du 28 septembre au 1er octobre 2026, le patrouilleur outre-mer (POM) Philippe Bernardino a quitté les quais de Boulogne-sur-Mer, où il a été mis à flot, pour accoster quelques jours plus tard à Calais. Selon la Marine nationale, cette première sortie a permis de mener toute une batterie de vérifications techniques, du balancement des différents modes de la ligne propulsive au calage et au paramétrage de l’ensemble des instruments de navigation.
Le bâtiment doit maintenant rester en région calaisienne jusqu’à la mi-décembre. Les équipes industrielles y poursuivront les travaux de finition, procéderont à un carénage, puis mèneront une nouvelle campagne d’essais en mer fin novembre. Le navire rejoindra ensuite Brest, avant de rallier Papeete, en Polynésie française, où il sera définitivement basé.
Ce cinquième exemplaire de sa série est construit par le chantier Socarenam, qui a assemblé les premières coques de la classe à Saint-Malo avant de les achever à Boulogne-sur-Mer. La conception, la construction et le maintien en condition opérationnelle de l’ensemble du programme ont été confiés conjointement à Socarenam et à CNN-MCO, implanté à Brest, pour un marché évalué à un peu plus de 223,9 millions d’euros hors taxes.
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Six patrouilleurs pour veiller sur les confettis du Pacifique et de l’Indien
Le Philippe Bernardino appartient à une série de six patrouilleurs outre-mer destinés à remplacer les anciens patrouilleurs de 400 tonnes (P400), en service depuis les années 1980 dans les territoires ultramarins. Longs de 80 mètres pour un déplacement de 1 300 tonnes à pleine charge, ces nouveaux bâtiments filent à 24 nœuds et disposent d’une autonomie de 5 500 milles nautiques, soit une élongation nettement supérieure à celle de leurs prédécesseurs. Leur équipage compte une trentaine de marins, le navire pouvant aussi embarquer jusqu’à 29 passagers.
Armés d’un canon Nexter Narwhal de 20 mm, de mitrailleuses de 12,7 et 7,62 mm, et dotés d’un drone aérien Aliaca lancé par catapulte, ces patrouilleurs sont avant tout conçus pour des missions de souveraineté : surveillance des abords maritimes, police des pêches, lutte contre le narcotrafic et sauvetage en mer, sur les vastes zones économiques exclusives de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de La Réunion.
| Coque | Nom | Livraison prévue | Port d’attache |
|---|---|---|---|
| P779 | Auguste Bénébig | 2023 | Nouméa |
| P780 | Teriieroo a Teriierooiterai | 2024 | Papeete |
| P781 | Auguste Techer | 2025 | La Réunion |
| P782 | Jean Tranape | 2026 | Nouméa |
| P783 | Philippe Bernardino | 2027 | Papeete |
| P784 | Félix Éboué | 2027 | La Réunion |
Avant-dernier de la série, le Philippe Bernardino doit donc être livré en 2027, année qui verra l’achèvement du programme avec la mise en service du sixième et dernier bâtiment, le Félix Éboué.

Au-delà de l’armement classique, chaque patrouilleur embarque deux vedettes pneumatiques de 8 mètres ainsi qu’un drone aérien Aliaca, lancé par catapulte et récupéré par filet, qui démultiplie la portée de surveillance du bâtiment sans nécessiter de piste ni de hangar dédié. Le système de combat Lyncea, développé par Nexeya, et des radars de surveillance Hensoldt complètent cette panoplie, pensée pour des missions de police en mer plus que pour le combat de haute intensité : il s’agit avant tout de pouvoir repérer, identifier et intercepter un navire suspect sur les vastes zones économiques exclusives de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et de La Réunion, que la Marine nationale doit surveiller avec des moyens jusqu’ici limités aux anciens patrouilleurs de 400 tonnes.
Philippe Bernardino, le tamari’i volontaire de Bir-Hakeim
Le choix du nom n’est pas anodin. L’ADC Philippe Bernardino, né en 1915 à Mataiea, en Polynésie française, s’est engagé comme tamari’i volontaire au sein du Bataillon du Pacifique en 1940. Il a ensuite combattu à Bir-Hakeim, à El Alamein, puis en Tunisie, en Italie et en Provence. Titulaire de la Croix de guerre 39/45 et de la Légion d’Honneur, il a été fait Compagnon de la Libération. Il est mort prématurément sur son île natale en 1963.
Sa devise, « Dévoué, courageux, sûr », accompagne désormais le patrouilleur qui porte son nom et qui est appelé, à terme, à être basé dans la même région du Pacifique où il s’était engagé pour la France libre il y a plus de huit décennies.
À l’horizon 2027, les six patrouilleurs outre-mer auront progressivement remplacé l’ensemble de la flotte de P400 dans l’océan Indien et le Pacifique. Dans l’intervalle, le Philippe Bernardino doit encore franchir plusieurs étapes : fin des travaux et carénage à Calais jusqu’à la mi-décembre, nouvelle campagne d’essais fin novembre, transit par Brest, puis ralliement final de Papeete, où l’attendent les missions de souveraineté qui donnent tout son sens à sa devise.
Sources
- Ministère des Armées, Marine nationale : article officiel du 6 octobre 2026 annonçant les premiers essais en mer du Philippe Bernardino, avec le calendrier du bâtiment et la biographie de son parrain.
- Wikipedia, « Patrouilleur Outre-mer » : fiche technique de la classe (caractéristiques, chantier constructeur, calendrier de livraison des six unités).