10 millions d’euros : la Bretagne mise sur quatre projets pour fiabiliser l’éolien en mer

L’institut France Energies Marines, basé à Plouzané près de Brest, lance à l’automne quatre nouveaux projets de recherche consacrés à l’éolien en mer posé et flottant. Réunissant 33 partenaires publics et privés, ils représentent un investissement total d’environ 10 millions d’euros.

Quatre projets pour lever les derniers freins techniques de l’éolien en mer

France Energies Marines se présente comme l’institut de recherche français dédié aux énergies marines renouvelables. Les quatre projets qu’il annonce portent sur des verrous techniques très concrets, loin des grandes annonces politiques sur les appels d’offres ou les zones maritimes. Chacun d’eux prolonge des travaux déjà engagés depuis plusieurs années, ce qui distingue cette annonce d’un simple lancement d’études : il s’agit plutôt d’une nouvelle étape dans des programmes de recherche de long terme, menés avec des partenaires industriels qui doivent ensuite s’appuyer sur ces résultats pour leurs propres projets.

Cette logique de continuité se justifie par la nature des sujets traités. Qu’il s’agisse de modéliser l’impact écologique cumulé de plusieurs parcs, de tester la résistance de nouveaux matériaux d’ancrage dans l’eau de mer ou de fiabiliser des mesures de vent, ces travaux demandent des années de suivi en conditions réelles avant de produire des méthodologies jugées suffisamment robustes pour être reprises par l’industrie, ou acceptées par les services de l’État lors de l’instruction des projets.

Le projet ACT NOW s’appuie sur plus de dix ans de recherche pour livrer des outils de modélisation capables d’évaluer les effets cumulés des parcs éoliens offshore et des autres activités humaines sur les écosystèmes marins. Ces méthodologies et logiciels doivent ensuite être transférés à l’industrie pour ses études d’impact environnemental, un point devenu central dans l’instruction des projets de parcs en mer.

parc éolien Saint-Brieuc

Le projet GLAMOOR s’intéresse, lui, à un matériau moins visible mais tout aussi stratégique : les cordages en polyamide 6, envisagés comme alternative aux chaînes en acier pour ancrer les futures éoliennes flottantes. L’institut étudie depuis 2017 la façon dont l’eau de mer dégrade, dans la durée, les propriétés mécaniques et la résistance à la fatigue de ces fibres, un sujet qui conditionne directement la fiabilité et la durée de vie des ancrages flottants.

Lire en complément: Exail et ses drônes réinvente la surveillance navale en France

Biocolonisation et mesure du vent : deux sujets techniques aux forts enjeux industriels

Le troisième projet, QUANTUM, s’attaque à la biocolonisation, c’est-à-dire la façon dont les coquillages, algues et autres organismes marins viennent progressivement recouvrir les structures immergées. L’institut veut mettre au point des méthodes standardisées de suivi, des bases de données partagées et une analyse d’images automatisée pour identifier les espèces concernées. Une partie du projet étudie aussi, directement en mer, des structures éco-conçues pour renforcer leur effet de récif artificiel, une piste pour concilier développement de l’éolien et biodiversité locale.

Le quatrième projet, TULIP, prolonge des travaux engagés depuis 2021 sur la mesure de la turbulence du vent en mer à l’aide de capteurs lidar, fixes ou flottants. L’enjeu est d’obtenir des mesures suffisamment fiables et conformes aux normes de l’industrie pour qu’elles puissent servir de base au financement des projets, les banques et investisseurs exigeant des données de vent robustes avant de s’engager sur des parcs de plusieurs centaines de millions d’euros. Une mesure de vent jugée peu fiable peut ainsi retarder le bouclage financier d’un parc entier, bien avant la moindre question de construction.

Jean-François Filipot, directeur scientifique de France Energies Marines, justifie cette feuille de route par le contexte énergétique et climatique actuel. Il décrit le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables comme « essential » (« essentiel ») face aux enjeux de sécurité énergétique et au changement climatique, et présente la mission de l’institut comme une façon d’accélérer le développement de l’éolien offshore, en travaillant sur sa compétitivité, sa fiabilité et son intégration environnementale et socio-économique.

Un institut breton au cœur d’un écosystème français de l’éolien flottant

Ces quatre projets ne sont pas isolés. France Energies Marines participe également au projet RHODÉ, doté de 16 millions d’euros et lancé plus tôt en 2026 avec six autres partenaires, qui développe une technologie de liaison électrique à courant continu (HVDC) flottante pour l’éolien en eaux profondes, avec l’ambition de connecter à terme des parcs via des liaisons à 320 000 et 525 000 volts.

Basé à Plouzané, dans l’agglomération de Brest, selon le registre officiel des entreprises, l’institut s’inscrit dans un tissu breton de recherche sur les énergies marines qui dépasse la seule question des éoliennes posées en mer d’Iroise ou au large de Saint-Brieuc : il prépare aussi l’étape suivante, celle de l’éolien flottant en Méditerranée et en Atlantique, pour laquelle les cordages, les capteurs de vent et les méthodes de suivi environnemental doivent encore faire leurs preuves à grande échelle. Cette position, à la croisée de la recherche académique et des besoins industriels, explique pourquoi un institut breton se retrouve associé à des projets qui, à terme, concerneront des parcs installés bien au-delà des côtes françaises.

Avec 33 partenaires associés et environ 10 millions d’euros mobilisés pour ces quatre seuls projets, auxquels s’ajoutent les 16 millions d’euros du projet RHODÉ, France Energies Marines mise sur un calendrier de lancement à l’automne 2026. Les résultats attendus, méthodologies, logiciels et données de référence, devront ensuite être repris par les industriels du secteur à l’heure où la France prépare ses prochains appels d’offres sur l’éolien flottant.

Sources