Décarbonation en marche : la stratégie de Safran sur la géothermie à Villaroche dévoilée
L’initiative de Safran à Villaroche illustre une avancée majeure dans l’utilisation de la géothermie profonde pour fournir de l’énergie à son installation.
Le groupe ambitionne de transformer son site de Villaroche, localisé en Seine-et-Marne, en tirant parti de l’énergie géothermique. Ce projet, représentant un investissement de 34,5 millions d’euros, constitue une première dans le domaine industriel en Île-de-France.
Sous Villaroche, Safran relie ses moteurs à la chaleur terrestre
Le site de Villaroche, le plus vaste de Safran avec environ 6 500 collaborateurs, s’apprête à commémorer ses 80 ans d’activité.

Il est dédié à la fabrication de moteurs pour des géants de l’aéronautique tels qu’Airbus, Boeing et le Rafale, tout en s’attachant à développer les conceptions des moteurs futurs. À proximité de la plateforme de forage, un grand banc d’essai sera dédié au démonstrateur RISE, co-conçu avec GE Aerospace dans le cadre de CFM International.
Alors que l’avenir de l’aviation se construit en surface, l’énergie nécessaire au chauffage de l’usine est réinventée en profondeur.
Le site fonctionne comme une petite ville, générant ainsi un besoin constant et élevé en chauffage. Cette situation justifie pleinement l’adoption de la géothermie.
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1 650 mètres sous terre, dans l’aquifère du Dogger
Le premier puits, achevé à présent, atteint une profondeur de 1 650 mètres pour extraire une eau naturellement chaude, avoisinant les 75 °C. Cette ressource provient de l’aquifère du Dogger, un vaste réservoir souterrain qui s’étend sur l’Île-de-France.
Un second puits, qui est en phase de finalisation, viendra compléter l’installation.
Son fonctionnement repose sur un circuit fermé :
- l’eau chaude est pompée,
- elle transfère ses calories à travers des échangeurs thermiques,
- elle est ensuite entièrement réinjectée dans la nappe.
Réduction de 75 % des émissions de chauffage, soit 6 500 tonnes de CO₂ évitées
Ce projet permettra de diminuer de 75 % les émissions de carbone associées au chauffage du site, ce qui équivaut à environ 6 500 tonnes de CO₂ épargnées chaque année.
Avec cette initiative, Safran Aircraft Engines s’apprête à remplacer complètement ses anciennes chaudières à gaz par une énergie renouvelable et locale. La centrale, qui couvrira 84% des besoins en chaleur du site, devrait être opérationnelle en octobre prochain.
Pour Safran, cette approche constitue un élément essentiel de son plan de réduction des émissions de carbone : -50 % des émissions opérationnelles d’ici 2030 par rapport à 2018.
Un investissement pour sécuriser l’approvisionnement énergétique sur quinze ans
Ces infrastructures nécessitent un amortissement sur une durée minimale de dix à quinze ans. Peu d’industries sont prêtes à s’engager dans des contrats aussi longs. D’autres projets ont, en effet, été abandonnés ailleurs en France pour cette raison.
Safran a opté pour la géothermie en raison de son principal atout : une stabilité remarquable des coûts énergétiques. Une fois le forage achevé et la centrale en service, la chaleur extraite du sous-sol ne sera pas influencée par les fluctuations des marchés internationaux, les tensions géopolitiques ni la hausse des prix du gaz. L’usine sera ainsi quasiment autonome pour des siècles à venir !
Les exemples similaires sont peu fréquents dans l’industrie lourde en France
En France, quelques projets techniques ressemblants existent, bien que leur mise en œuvre dans l’industrie reste encore rare.
En Île-de-France, la géothermie profonde exploite depuis des décennies l’aquifère du Dogger pour alimenter des réseaux de chaleur urbains, comme à Chevilly-Larue, Villepinte ou Bagneux, suivant un principe similaire à celui de Villaroche : un doublet de puits, captation de l’eau chaude entre 1 600 et 2 000 mètres, récupération de ses calories puis réinjection intégrale dans la nappe.
La véritable spécificité de Villaroche réside dans son intégration en tant que site aéronautique stratégique, employant 6 500 personnes et le plaçant en tant que leader dans le processus de décarbonation industrielle en France. La centrale devrait être mise en marche en octobre 2026.