24 heures de surveillance ininterrompue : la France marie un drone filaire à un navire sans équipage

Deux entreprises françaises, Exail et Elistair, ont marié leur drone de surface autonome DriX à un drone filaire capable de voler 24 heures d’affilée. Objectif : surveiller les côtes et les infrastructures sensibles sans exposer le moindre marin.

Un drone dans le ciel, un navire sans équipage en mer

L’annonce a été faite le 21 juillet depuis Lyon. Elistair, spécialiste français des drones filaires pour la surveillance et les communications tactiques, et Exail, concepteur du navire de surface autonome (USV) DriX, ont intégré le système Khronos d’Elistair directement sur le pont du DriX. Le résultat est un dispositif inédit : un « œil dans le ciel » permanent, lancé depuis un navire lui-même sans équipage.

drone filaire Khronos en vol stationnaire

Le DriX est conçu par Exail pour des missions maritimes de longue endurance, aussi bien civiles que militaires. Sa coque effilée et sa navigation autonome lui permettent de tenir la mer par gros temps tout en limitant sa consommation de carburant. Il peut déjà embarquer sonars, caméras, radars et autres capteurs pour l’hydrographie, la cartographie des fonds marins, la surveillance maritime, le suivi environnemental, l’appui à la lutte contre les mines ou l’inspection d’infrastructures. Khronos vient s’ajouter à cette panoplie comme une nouvelle charge utile.

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Comment fonctionne le duo Khronos-DriX ?

Khronos est un « dronebox » automatisé : le drone se déploie seul depuis son boîtier, sans intervention humaine sur place, et adopte un mode de vol dit « follow-me » qui le maintient positionné au-dessus du navire pendant que celui-ci navigue. Relié au DriX par son câble d’alimentation, il peut voler jusqu’à 24 heures sans interruption, à une hauteur de 60 mètres. Il transmet en continu des images vidéo en direct, chiffrées, via une liaison de données sécurisée, y compris dans des environnements où les signaux satellites de positionnement (GNSS) sont brouillés ou contestés.

Autre atout : l’ensemble, navire et drone, peut être piloté à distance depuis la terre. Aucun opérateur n’a besoin d’être physiquement présent en mer pour surveiller une zone, ce qui réduit à la fois les risques pour le personnel et les coûts d’exploitation sur la durée.

Pour Guilhem de Marliave, PDG d’Elistair, ce couplage change la donne : « Intégrer un drone filaire sur un navire autonome marque une avancée majeure pour la surveillance maritime. Les capteurs de surface s’arrêtent à l’horizon ; embarqué sur le DriX, Khronos repousse cette limite avec une vue persistante et mobile qui reste dans les airs pendant des heures. Pour les opérateurs, cela signifie une couverture plus large et une détection plus précoce, sans équipage en mer » , a-t-il déclaré.

Du côté d’Exail, Stéphane Vannuffelen, directeur technique de la solution d’autonomie maritime, souligne la logique d’ouverture du DriX : « Le DriX a été conçu comme une plateforme ouverte, capable d’intégrer de nouvelles charges utiles à mesure que les besoins opérationnels évoluent. L’intégration de Khronos ajoute une perspective aérienne persistante aux capacités de surveillance déjà présentes sur le navire, ce qui étend significativement la zone surveillée » , explique-t-il.

Une réponse à la surveillance des zones sensibles

La configuration vise en priorité quatre types de missions : la surveillance des approches côtières, la protection des ports et des infrastructures critiques, la lutte contre les trafics en mer, et les opérations de recherche et de sauvetage. Autant de missions où la capacité à repérer une menace ou une embarcation suspecte tôt, avant qu’elle n’atteigne sa cible, fait toute la différence.

Cette intégration s’inscrit dans une dynamique plus large pour les deux entreprises françaises. Elistair, basée à Lyon avec une antenne aux Etats-Unis, équipe déjà des forces armées, des services de sécurité civile et des sociétés de sécurité privée dans plus de 70 pays. Son système Khronos a notamment pris part à Orion 2026, le plus important exercice militaire interarmées organisé par la France depuis des décennies, mobilisant jusqu’à 12 500 militaires. Exail, de son côté, a vu son USV DriX H-9 sélectionné en avril 2026 pour un programme de défense de lutte anti-drones, confirmant l’intérêt croissant des armées pour les plateformes de surface sans équipage.

Reste que cette annonce ne dit rien, à ce stade, d’un contrat ou d’un client identifié pour cette configuration Khronos-DriX : il s’agit d’une intégration technique validée par les deux industriels, désormais proposée sur étagère aux opérateurs de sécurité maritime, civils comme militaires. Sa mise en œuvre opérationnelle dépendra des commandes à venir, dans un contexte où la surveillance des approches maritimes et des infrastructures sous-marines (câbles, pipelines) est devenue une priorité pour plusieurs marines européennes.

Elistair n’en est pas à sa première incursion dans le domaine maritime : l’entreprise participe déjà au projet européen SMAUG (Smart Maritime And Underwater Guardian), financé à hauteur de près de 6 millions d’euros par l’Union européenne et réunissant 21 partenaires issus de 7 pays autour du renforcement de la surveillance des zones portuaires et maritimes sensibles. L’intégration avec le DriX d’Exail s’inscrit dans cette même logique : proposer des briques technologiques françaises, combinables entre elles, pour équiper des flottes de surveillance de plus en plus automatisées. De son côté, Exail exploite un centre d’opérations à distance pour piloter ses USV, une organisation appelée à prendre de l’importance à mesure que les marines cherchent à multiplier les heures de patrouille sans multiplier les équipages.

Sources

  • Communiqué officiel d’Elistair (21 juillet 2026) : annonce du partenariat avec Exail et détail technique de l’intégration Khronos-DriX.
  • Naval Today (23 juillet 2026) : reprise et mise en contexte de l’annonce dans la presse spécialisée défense navale.