Le plus grand voilier du monde soupçonné d’avoir réduit en tôle une épave du Var
L’épave d’un chasseur P-38 Lightning américain abattu en 1944 au large de Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var, seul exemplaire identifié dans les eaux françaises, a été retrouvée disloquée le 16 juillet. L’ancre de l’Orient Express Corinthian, présenté comme le plus grand voilier de croisière au monde et détenu par les groupes LVMH et Accor, est soupçonnée d’être à l’origine des dégâts. Une enquête a été ouverte par le parquet de Toulon.
Un témoin de la Seconde Guerre mondiale immergé depuis 1944
Le 27 janvier 1944, dans le cadre d’une mission d’escorte de bombardiers B-17 visant l’aérodrome de Salon-de-Provence, deux chasseurs américains P-38 Lightning sont abattus au-dessus de la baie des Lecques, à Saint-Cyr-sur-Mer. Le premier appareil, piloté par le sous-lieutenant James G. Riley, est détruit en vol et l’aviateur perd la vie. Le second, aux commandes du sous-lieutenant Harry H. Greenup, parvient à effectuer un amerrissage d’urgence. Greenup est capturé peu après, fait prisonnier de guerre, puis rapatrié aux États-Unis en avril 1945.

Son avion demeure immergé par 38 mètres de fond pendant plus d’un demi-siècle, avant d’être redécouvert le 6 novembre 1996 par Marcel Camilleri, plongeur et directeur du Lecques Aquanaut Center. Le site devient un lieu de mémoire local : il s’agit du seul exemplaire de ce type d’aéronef identifié et conservé dans les eaux françaises, et du même modèle que celui piloté par Antoine de Saint-Exupéry, disparu en Méditerranée quelques mois plus tard. Le club de plongée Lecques Aquanaut célébrait cette année les trente ans de la découverte de l’épave.
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L’ancre d’un voilier de luxe suspectée, une enquête ouverte
Les dommages ont été constatés à la suite du mouillage, le jeudi 16 juillet, de l’Orient Express Corinthian dans la baie des Lecques, au niveau de l’avion immergé. Le voilier de croisière, sorti il y a quelques mois des chantiers navals de Saint-Nazaire et arrivé à Marseille le 29 juin, avait planté son ancre dans une zone de mouillage autorisée par la préfecture maritime, l’épave se trouvant à l’intérieur de ce périmètre. À ce stade de l’enquête, aucune corrélation n’a été formellement établie entre la manœuvre du voilier et les dommages constatés.

Le jeudi 16 juillet, la préfecture maritime de la Méditerranée a signalé un possible dommage au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm, ministère de la Culture). Le lendemain, en appui de la SNSM de La Ciotat, une équipe du Drassm a effectué une première expertise en plongée sur le site. À la suite de cette intervention, et en vertu de l’article 40 du Code de procédure pénale, le Drassm a adressé un signalement au procureur de la République. Le parquet de Toulon a depuis ouvert une enquête pour déterminer l’origine des dégâts et les éventuelles responsabilités. Contacté par les médias locaux, le groupe Orient Express affirme que la position de mouillage « avait été communiquée à l’avance aux autorités maritimes compétentes et validée avant l’arrivée du navire ».
Pour les plongeurs du club Lecques Aquanaut, très attachés à l’épave, aucun doute n’est permis. « C’est aberrant, ils auraient pu diminuer un tout petit peu la zone de mouillage ou la déplacer pour que l’épave ne se retrouve pas à l’intérieur », s’indigne Patrick Bellantonio, directeur du club de plongée. Il déplore la perte d’un site exceptionnellement préservé : « On avait quand même une des épaves les mieux préservées du coin, on avait la silhouette, on avait les moteurs, même si c’était un petit peu abîmé. Maintenant c’est plus qu’un tas de tôle. Donc l’intérêt de la plongée est devenu nul ».
Mouillage et plongée interdits le temps des expertises
Le 17 juillet 2026, la préfecture maritime de la Méditerranée a émis un arrêté interdisant temporairement le mouillage et la plongée sous-marine aux abords de l’épave, afin de préserver le site le temps des expertises nécessaires. Au-delà de la valeur patrimoniale de l’avion, des membres du club de plongée pointent aussi un impact sur la faune locale. « C’est un non-respect de la nature et de l’environnement, car ça a abîmé la faune aussi puisqu’il y avait pas mal de poissons, de homards », regrette Didier Faidherbe, habitué du club Lecques Aquanaut.
Un cas qui interroge la protection du patrimoine sous-marin
L’affaire relance la question de la conciliation entre mouillage de grands navires et préservation d’un patrimoine culturel maritime aussi fragile que rare. Le Drassm poursuit ses expertises pour établir précisément l’ampleur des dommages et leur origine, tandis que l’enquête du parquet de Toulon devra déterminer les responsabilités. Une photographe du club de plongée, Florence Roux, veut voir dans cet épisode un signal d’alerte plus large : « On se bat pour qu’il n’y ait pas de mouillages, qu’il n’y ait pas de séquelles sur les herbiers, sur la vie sous-marine (…) On espère que cette catastrophe permettra de nous faire entendre, maintenant pour le P38 c’est sûr que c’est trop tard ». Aucune date n’a pour l’instant été communiquée pour la fin des expertises du Drassm ni pour l’éventuelle levée de l’arrêté de restriction de mouillage et de plongée.
Sources
- Communiqué du ministère de la Culture, du Drassm et de la préfecture maritime de la Méditerranée, (22 juillet 2026) : chronologie officielle du signalement, de l’expertise et de l’arrêté préfectoral.
- France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur (20 juillet 2026) : identification du voilier Orient Express Corinthian, témoignages des plongeurs du club Lecques Aquanaut et réaction du groupe Orient Express.