60 % des efflorescences invisibles sans eux : l’Ifremer arme les citoyens de satellites

L’Ifremer a annoncé, le 7 juillet 2026, une nouvelle version de son programme de science participative Phenomer. Baptisée Phenomer 2.0, elle ajoute aux signalements citoyens un système d’alerte fondé sur l’imagerie des satellites européens Copernicus, pour mieux détecter les proliférations de microalgues, ou blooms, sur le littoral français.

Des citoyens en première ligne face aux eaux colorées

Dans certaines conditions de lumière, de température ou de disponibilité en nutriments, le phytoplancton peut se multiplier rapidement et former des proliférations massives, appelées blooms, parfois visibles à l’œil nu lorsqu’elles colorent la mer ou la rendent bioluminescente. Naturels, ces phénomènes font l’objet d’une surveillance attentive car ils peuvent avoir des impacts sur les écosystèmes marins, l’aquaculture ou les activités de loisirs, et témoigner, lorsqu’ils deviennent fréquents ou inhabituels, de déséquilibres environnementaux.

programme de science participative Phenomer 2.0

Depuis plusieurs années, le programme Phenomer permet aux citoyens de signaler ces épisodes en transmettant photographies et localisation des eaux colorées observées. Ces signalements complètent les dispositifs scientifiques existants, en particulier le Rephy, le réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines coordonné par l’Ifremer. Une étude menée en 2020 a montré leur utilité concrète : « près de 60 % des efflorescences signalées via Phenomer n’auraient pas été détectées autrement », rappelle l’Ifremer dans son communiqué.

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L’intelligence artificielle et les satellites Sentinel en renfort

La principale nouveauté de Phenomer 2.0 est la mise en place d’un outil d’alerte s’appuyant sur les satellites européens Sentinel-2 et Sentinel-3 du programme Copernicus. Développé par des scientifiques de l’Ifremer et du laboratoire Isomer de Nantes Université, spécialisés dans la détection des blooms par imagerie satellite, cet outil repose sur un modèle d’intelligence artificielle. Il estime la probabilité d’apparition d’un bloom en croisant les observations d’eaux colorées déjà recensées avec les mesures de chlorophylle réalisées quotidiennement par les satellites Sentinel.

Des cartes de probabilité d’apparition sont désormais publiées chaque jour sur le site Phenomer. Les utilisateurs peuvent les consulter et s’abonner à des alertes par e-mail ou via l’application pour être informés des événements dans leur zone géographique, avant d’être invités à se rendre sur place pour confirmer l’observation, prendre des photos et, si possible, réaliser des prélèvements. Le dispositif est soutenu par la SNSM et Nantes Université, et cofinancé par l’Union européenne.

L’Ifremer illustre cette mécanique par l’exemple d’un phénomène observé en baie de Vilaine, où des prélèvements ont été réalisés depuis un zodiac après le signalement d’une eau colorée en vert par des participants du programme. Ce type de séquence, du signalement citoyen à l’analyse en laboratoire, est précisément ce que Phenomer 2.0 cherche à anticiper grâce à la surveillance satellitaire, en alertant les observateurs avant même qu’un épisode ne soit visible depuis le rivage.

Concarneau 2024 : la découverte qui a marqué le programme

L’été 2024 a constitué un tournant pour Phenomer. À la suite d’un épisode d’eaux colorées observé en baie de Concarneau, des prélèvements réalisés dans le cadre du dispositif ont permis d’identifier une classe entière de phytoplancton jusque-là inconnue de la science, c’est-à-dire un rang de classification bien supérieur à celui d’une simple nouvelle espèce. Rendue possible par la mobilisation des participants et la réactivité du réseau d’observation, cette découverte fait actuellement l’objet d’une publication scientifique en cours de finalisation.

L’Ifremer souligne que cette séquence, du signalement d’un promeneur à l’identification en laboratoire, montre la valeur ajoutée des observations de terrain par rapport aux seuls outils de télédétection. Les échantillons prélevés en baie de Concarneau ont ensuite été acheminés vers un laboratoire de l’institut, où des taxonomistes ont procédé aux analyses ayant conduit à cette identification, une classe étant, en biologie, un rang de classification du vivant bien plus large qu’une espèce, regroupant potentiellement de nombreuses familles et genres encore à décrire.

Une couverture renforcée pour tout le littoral métropolitain

En couplant données satellitaires et sciences participatives, l’Ifremer entend améliorer la réactivité et la couverture de la surveillance sur l’ensemble du littoral métropolitain. La publication scientifique consacrée à la découverte de 2024 doit encore être finalisée, sans date communiquée à ce stade, tandis que les cartes de probabilité de Phenomer 2.0 sont, elles, d’ores et déjà consultables au quotidien. L’Ifremer y voit une illustration de l’intérêt des sciences participatives pour renforcer les capacités de surveillance du littoral et faire progresser la connaissance de la biodiversité marine.

Le programme, piloté par l’Ifremer avec la SNSM et Nantes Université comme partenaires, et cofinancé par l’Union européenne, s’inscrit dans une tendance plus large de la recherche marine française : associer directement les usagers du littoral, plaisanciers, pêcheurs, promeneurs ou baigneurs, à des dispositifs de surveillance normalement réservés aux seuls laboratoires. La découverte de 2024 à Concarneau, qui n’aurait sans doute pas été possible sans le signalement initial de simples observateurs, en constitue la démonstration la plus spectaculaire à ce jour.