72,8 milliards d’euros : le pacte industriel qui doit sécuriser les six futurs réacteurs EPR2
EDF et Technip Energies ont signé le 27 juillet 2026 un contrat-cadre stratégique pour piloter ensemble la construction des six réacteurs EPR2, un chantier estimé à 72,8 milliards d’euros et qualifié de plus grand projet industriel français de la décennie.
Une alliance pour sécuriser le plus grand chantier industriel de la décennie
L’accord, non exclusif, associe l’expertise d’EDF dans la conception et l’exploitation des centrales nucléaires à celle de Technip Energies dans la gestion de grands projets industriels complexes. Concrètement, les équipes de Technip Energies seront intégrées à celles d’EDF pour couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur du programme : planification des chantiers, coordination des sous-traitants, suivi des approvisionnements, contrôle qualité et respect des normes de sûreté. Des instances de pilotage communes doivent permettre d’arbitrer les décisions stratégiques et d’ajuster les plans d’action en temps réel.
Pour Loïc Chapuis, président Livraison de Projets & Services chez Technip Energies, cet accord marque une nouvelle étape : « Le programme EPR2 est un projet industriel majeur pour la France et pour la transition vers une énergie bas carbone. […] En mettant notre expertise en gestion de projets complexes et en management de la construction au service d’équipes intégrées avec EDF, nous contribuerons à renforcer les capacités d’exécution du programme. » Du côté d’EDF, Thierry Le Mouroux, directeur exécutif groupe en charge de la direction Projets et Partenariats industriels, insiste sur la dimension collective de l’effort : « La réussite du programme EPR2 repose sur la mobilisation durable de l’ensemble de la filière nucléaire française. »
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Six réacteurs, trois sites, une décennie de construction
Le programme EPR2 prévoit l’implantation de six réacteurs sur trois sites historiques du parc nucléaire français : Penly, en Seine-Maritime, Gravelines, dans le Nord, et Bugey, dans l’Ain. Le déploiement doit s’échelonner sur une dizaine d’années, avec une mise en service espacée de 12 à 18 mois entre chaque tranche, de façon à industrialiser progressivement les méthodes de construction et à capitaliser les retours d’expérience d’un chantier à l’autre.
Penly doit accueillir les deux premiers réacteurs, attendus en 2038, et servira de référence industrielle pour les quatre tranches suivantes. Entre 2038 et 2040, les réacteurs de Gravelines et de Bugey, deux par site, seront progressivement raccordés au réseau. L’espacement entre chaque mise en service vise notamment à éviter la saturation des compétences qualifiées disponibles dans la filière, un enjeu de taille pour un secteur qui doit reconstituer ses effectifs après des décennies sans nouveau chantier.

Le financement du programme repose en grande partie sur l’État : celui-ci finance 60 % du programme via un prêt bonifié confirmé en mars 2026, et supervisera la bonne exécution financière du projet aux côtés d’EDF et de Technip Energies.
Deux poids lourds industriels aux profils complémentaires
EDF exploite aujourd’hui 56 réacteurs sur le territoire national et affiche une production décarbonée à 95 % en 2025, avec une intensité carbone de 26,5 gCO2/kWh, l’une des plus basses d’Europe. Le groupe, qui fournit de l’énergie à environ 41 millions de clients, a réalisé un chiffre d’affaires de 113,3 milliards d’euros en 2025. Le programme EPR2 s’appuie directement sur les retours d’expérience accumulés depuis le lancement du premier EPR à Flamanville.
Technip Energies, de son côté, est un spécialiste mondial de l’ingénierie de grands projets industriels, présent dans 35 pays avec plus de 18 000 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires de 7,2 milliards d’euros en 2025. L’entreprise, cotée sur Euronext Paris, intervient traditionnellement sur des projets d’envergure dans l’énergie, le gaz naturel liquéfié et les infrastructures pétrochimiques ; elle met ici son savoir-faire de gestion de projet au service d’un secteur, le nucléaire, où elle n’était pas historiquement positionnée en France.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Coût du programme EPR2 | 72,8 milliards d’euros |
| Nombre de réacteurs | 6, sur 3 sites (Penly, Gravelines, Bugey) |
| Part financée par l’État (prêt bonifié) | 60 % |
| Mise en service des 2 premiers réacteurs (Penly) | 2038 |
| Mise en service des 4 réacteurs restants | 2038-2040 |
| Espacement entre chaque mise en service | 12 à 18 mois |
L’enjeu de ce partenariat est aussi de tirer les leçons des difficultés rencontrées sur les chantiers EPR précédents en Europe, marqués par des dépassements de délais et de budgets récurrents, de Flamanville à Hinkley Point. En s’appuyant sur des outils de pilotage déjà éprouvés par Technip Energies sur d’autres mégaprojets énergétiques internationaux, EDF cherche à sécuriser les trois piliers de la réussite du programme : le respect des délais, la maîtrise de l’enveloppe budgétaire et le maintien des standards de sûreté nucléaire.
La réussite ou l’échec de ce pari industriel se jouera sur la durée. Premier jalon à surveiller : l’avancement du chantier de Penly, qui doit servir de vitrine technologique avant la réplication du modèle à Gravelines et Bugey. Rendez-vous en 2038 pour le premier couplage au réseau, une échéance qui doit aussi confirmer, ou infirmer, la capacité de la filière nucléaire française à retrouver sa cadence industrielle d’avant les années 1990.