82,6 mètres et 2700 tonnes : Concarneau accueille son septième chasseur de mines

Partie de Roumanie début mai, remorquée sur des milliers de kilomètres via la mer Noire, les détroits turcs, la Méditerranée et Gibraltar, la coque du futur Liège a rallié Concarneau fin août. Une nouvelle étape pour ce chantier naval breton, engagé dans la construction de douze chasseurs de mines pour la Belgique et les Pays-Bas.

Un tour de l’Europe par la mer pour rallier le Finistère

C’est un ballet bien rodé qui s’est reproduit fin août dans le port de Concarneau : selon les constatations de Mer et Marine, une nouvelle coque de chasseur de mines y a fait son apparition. Mise à l’eau le 5 mai dernier au chantier ATG Piriou de Giurgiu, en Roumanie, elle a d’abord été transférée via le Danube jusqu’au port de Constanta, sur la mer Noire, avant d’être remorquée jusqu’en Bretagne en passant par les détroits turcs, la Méditerranée, puis Gibraltar et le golfe de Gascogne. Un périple au long cours à l’issue duquel elle est arrivée le 25 août dans le port finistérien.

Il s’agit du futur Liège, septième des douze nouveaux chasseurs de mines commandés par la Belgique et les Pays-Bas dans le cadre du programme rMCM (replacement Mine Counter Measures), et quatrième unité de la série destinée à la marine belge. Comme pour ses six aînées, son armement va désormais se poursuivre à Concarneau, sous la maîtrise d’œuvre de Kership, en vue d’une livraison prévue en 2028.

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Un chantier naval breton au cœur d’un programme européen

Le programme rMCM a été confié en 2019 à Belgium Naval & Robotics (BNR), un consortium associant Naval Group et Exail. Le premier a conçu la plateforme ainsi que le système de lancement et de récupération des drones de surface, tandis que le second fournit la « tool box », c’est-à-dire l’ensemble des systèmes robotisés de guerre des mines. La construction des bâtiments est quant à elle sous-traitée à Kership, société commune de Piriou et Naval Group, qui s’appuie sur trois sites pour tenir la cadence : son implantation de Lanester, près de Lorient, ainsi que les chantiers Piriou de Concarneau et de Giurgiu, en Roumanie. Mais quel que soit leur lieu de construction, toutes les coques sont armées à Concarneau.

Ce montage industriel fait du petit port finistérien une pièce centrale d’un programme de coopération militaire entre trois pays européens, à une époque où la mutualisation des moyens navals entre alliés est plus que jamais d’actualité. Longs de 82,6 mètres pour une largeur de 17 mètres et un déplacement à pleine charge de 2 700 tonnes, ces bâtiments de nouvelle génération sont équipés d’une « tool box » fournie par Exail, dont les composants sont livrés par la nouvelle usine que le groupe français a implantée en Belgique. Chaque unité peut déployer, au moyen de systèmes de lancement et de récupération latéraux, deux drones de surface (USV) du type Inspector 125. Longs de 12 mètres, ces engins peuvent embarquer trois types de charges utiles : un sonar remorqué à immersion variable T18-M, un drone sous-marin (AUV) A18-M pour la détection et la classification des mines, ou un tandem de robots téléopérés (ROV) Seascan et K-Ster pour leur identification et leur destruction.

Un calendrier de livraisons qui s’étire jusqu’en 2030

Les deux premières unités du programme ont déjà rejoint leur marine respective : l’Oostende a été livré à la marine belge en novembre 2025, puis le Vlissingen à la flotte néerlandaise en février 2026. Le troisième, le Tournai, destiné à la Belgique, doit être livré dans les prochaines semaines, tandis que le quatrième, le Scheveningen, doit rallier la Koninklijke Marine cet hiver, normalement en décembre. Le Brugge (Belgique) et l’Ijmuiden (Pays-Bas) sont actuellement en achèvement à flot à Concarneau, avec un achèvement prévu en 2027 ; le premier doit d’ailleurs bientôt débuter ses essais en mer.

coque de chasseur de mines

Suivront, en 2028, le Liège tout juste arrivé et son homologue néerlandais Harlingen, puis en 2029 l’Antwerpen (Belgique) et le Delfzijl (Pays-Bas), et enfin en 2030 le Rochefort (Belgique) et le Schiedam (Pays-Bas), qui clôtureront cette série de douze bâtiments. Une fois ce programme achevé, Naval Group et Kership doivent enchaîner avec la construction des six futurs bâtiments de guerre des mines (BGDM) destinés à la Marine nationale, réalisés sur la base de ce même design belgo-néerlandais.

« Toutes les coques sont armées à Concarneau », souligne Mer et Marine, qui décrit un chantier breton mobilisé sur la durée pour honorer les douze commandes du programme rMCM.

Unité Marine destinataire Statut / livraison
Oostende Belgique Livré, novembre 2025
Vlissingen Pays-Bas Livré, février 2026
Tournai Belgique Livraison dans les prochaines semaines
Scheveningen Pays-Bas Attendu cet hiver (décembre)
Brugge / Ijmuiden Belgique / Pays-Bas Achèvement à flot, 2027
Liège / Harlingen Belgique / Pays-Bas 2028
Antwerpen / Delfzijl Belgique / Pays-Bas 2029
Rochefort / Schiedam Belgique / Pays-Bas 2030

D’ici la fin de la décennie, le port de Concarneau aura donc vu passer les douze coques de ce programme, avant de préparer l’arrivée d’un nouveau chantier : celui des six bâtiments de guerre des mines français, dont la commande est attendue en 2027 ou 2028 pour des premières livraisons entre 2031 et 2035. De quoi assurer une charge de travail durable pour ce savoir-faire breton, à l’heure où plusieurs marines européennes s’intéressent de près à la solution développée pour la Belgique et les Pays-Bas.

Sources

  • Mer et Marine : constat sur place de l’arrivée de la coque du futur Liège et détails du programme rMCM.
  • Mer et Marine : point complet sur l’avancement du programme et le calendrier des livraisons.