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66 % de bateaux gris : comment Piriou a transformé Concarneau en port militaire

À Concarneau, le groupe breton Piriou tire désormais 66 % de son activité du militaire, porté par la loi de programmation militaire.

chantier naval Piriou à Concarneau

À Concarneau, le chantier naval Piriou a basculé : le militaire représente désormais les deux tiers de son activité, contre une poignée de vedettes testées en 2010. Un virage breton qui s’accélère avec la loi de programmation militaire.

D’un chantier de pêche à un port de bateaux gris

Le groupe Piriou n’a pas toujours été un acteur de la défense. Fondé en 1965, ce chantier naval breton a d’abord travaillé pour le secteur de la pêche, avant de diversifier ses activités dans les années 1990. Le marché militaire, lui, est une affaire récente à l’échelle de son histoire : c’est seulement en 2010 que Piriou commence ouvertement à tester ce terrain, et plus largement celui de l’action de l’État en mer, pour lequel une adaptation de solutions civiles s’avère pertinente. Cette année-là, le groupe expose au salon Euronaval trois premiers modèles de vedettes et patrouilleurs de 15, 27 et 50 mètres.

Une première coopération industrielle se noue au même moment avec Naval Group, alors DCNS. L’industriel confie au chantier de Concarneau la réalisation de la partie avant de la coque de son prototype d’OPV 87 (Offshore Patrol Vessel) Hermès, qui deviendra L’Adroit et sortira du chantier de Lorient fin 2011. Ce bâtiment sera mis à disposition de la Marine nationale de 2012 à 2018, avant d’être vendu à l’Argentine. Suivent les B2M (bâtiments multi-missions) à partir de 2013, puis les quatre bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains (BSAM, ex-BSAH) en 2015. Ces huit unités de 65 et 70 mètres, livrées entre 2016 et 2020, sont les premiers « bateaux gris » produits à Concarneau et posent les bases de ce qui est devenu, en une quinzaine d’années, l’essentiel de l’activité du groupe.

Résultat de cette bascule : la production de navires civils, longtemps cœur de métier du chantier, est désormais concentrée dans la filiale vietnamienne du groupe, tandis que Concarneau a pris, ces dernières années, des allures de port militaire. Pour Piriou (1 400 salariés dans le monde, 350 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024), premier chantier naval indépendant français, le militaire pèse aujourd’hui 66 % de l’activité, en forte progression. Le reste se partage entre réparation navale, services et construction de navires civils (pêche, transport, navires spéciaux, navires de soutien, navires à passagers).

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Cinq navires de guerre des mines et dix patrouilleurs dans les cales

La visite du nouveau préfet du Finistère, Louis Le Franc, en poste depuis mai, le 24 septembre dernier, a permis de mesurer l’ampleur du carnet de commandes. « C’est important pour le représentant de l’État dans le département de venir découvrir les capacités industrielles dans ce domaine d’excellence qu’est la construction navale, expliquait-il à cette occasion. L’État doit être facilitateur, dans tous les domaines, pour permettre à ce chantier naval de conserver ses capacités, notamment pour l’activité consacrée à la Défense, qui est une valeur ajoutée pour le département et la région. »

Depuis 2012 et la construction de son premier navire militaire, Piriou n’a cessé d’accélérer. « Malheureusement, je le dis avec le cœur, nous allons avoir beaucoup de travail dans les années à venir, confirmait Vincent Faujour, président du groupe. En France, la loi de programmation militaire ambitieuse nous assure un carnet de commandes bien rempli sur les quatre ans à venir. » Preuve de cette activité soutenue : cinq navires de guerre des mines construits dans le cadre du programme belgo-néerlandais rMCM, sous la maîtrise d’œuvre industrielle de Kership (coentreprise de Piriou et Naval Group), se trouvaient alors à quai à Concarneau, à des stades de construction différents. Le premier, l’Oostende, doit être livré à la marine belge d’ici la fin de l’année.

Sous le hall d’assemblage du chantier, c’est désormais le premier de dix patrouilleurs hauturiers (PH) destinés à la Marine nationale qui est en construction. Avec ses 92 mètres de long, il s’agit du plus grand bâtiment militaire jamais réalisé par Piriou. « Il représente 300 000 à 400 000 heures de travail à lui seul », précisait Vincent Faujour. La construction de ces dix navires est partagée entre Piriou, CMN et Socarenam, dans une logique de mutualisation entre chantiers indépendants français.

Le pari du cargo à voile, seule carte civile encore jouée à Concarneau

Ce basculement vers le militaire ne signifie pas un abandon complet du civil. Dernière innovation du groupe, Piriou s’est lancé dans le cargo à voile avec la construction de son premier navire de ce type, l’Anémos, un cargo vélique de 81 mètres livré à la compagnie havraise Towt en août 2024. « Il incarne notre engagement pour un transport maritime décarboné », soulignait Vincent Faujour. Un pari qui tranche avec le reste de l’activité du site, mais qui montre que le chantier breton cherche aussi à exister hors du strict giron de la Défense.

Indicateur Valeur
Effectifs du groupe Piriou 1 400 salariés dans le monde
Chiffre d’affaires 2024 350 millions d’euros
Part du militaire dans l’activité 66 %
Premier navire militaire livré 2012
Navires de guerre des mines (programme rMCM, via Kership) 5, dont l’Oostende livré fin 2026
Patrouilleurs hauturiers pour la Marine nationale 10 (premier en construction, 92 mètres)
Heures de travail pour un patrouilleur hauturier 300 000 à 400 000
Premier cargo à voile du groupe L’Anémos, 81 mètres, livré en août 2024

À l’approche du salon Euronaval 2026, ce basculement illustre la mue d’une partie du tissu industriel naval breton, porté par le réarmement européen et une loi de programmation militaire qui garantit des commandes sur plusieurs années. Entre la livraison attendue de l’Oostende d’ici la fin 2026, la poursuite de la construction des dix patrouilleurs hauturiers partagée avec CMN et Socarenam, et le développement, encore marginal, du cargo à voile, Concarneau devra conjuguer dans les prochaines années montée en cadence militaire et diversification mesurée.

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