Flotte fantôme russe : le 5e pétrolier arraisonné par la France repart de Fos-sur-Mer
Le pétrolier Deliver, soupçonné d’appartenir à la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions pétrolières occidentales, a quitté les eaux françaises le 22 juillet après un mois d’immobilisation à Fos-sur-Mer. C’est le cinquième navire de ce type arraisonné par la Marine nationale depuis septembre 2025.
Un mois d’immobilisation après un arraisonnement au large de la Sicile
Le 23 juin 2026, la Marine nationale a arraisonné le Deliver en Méditerranée centrale, entre la Sicile et la Libye. Ce pétrolier-cargo de 275 mètres, qui battait pavillon camerounais, venait du port pétrolier russe de Primorsk, dans le golfe de Finlande près de la frontière finlandaise, et faisait route vers Singapour par le canal de Suez.

Dérouté et escorté par des moyens de la Marine nationale, il est arrivé le 26 juin dans le golfe de Fos, où il a été mis au mouillage et maintenu à la disposition du procureur de la République de Marseille, dans le cadre d’une enquête de flagrance pour défaut de pavillon. La préfecture maritime de la Méditerranée avait alors instauré autour du navire des zones d’exclusion nautique de 500 mètres et aérienne de 1,5 mille nautique et 1 000 pieds, contrôlées par la gendarmerie maritime et la Marine nationale.
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Une amende pour « défaut de pavillon », pas pour la cargaison
Le 22 juillet 2026, la société propriétaire du navire a été condamnée par le tribunal judiciaire de Marseille, dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), à une peine pécuniaire de confiscation, dont le montant, non communiqué, a été versé à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC). L’infraction retenue, prévue par l’article L. 5233-2 du Code des transports, porte sur le fait d’avoir omis de justifier la nationalité du navire.
Le dossier judiciaire portait ainsi uniquement sur la nationalité du bâtiment, et non sur la cargaison transportée. La société s’est engagée par écrit à obtenir un nouveau pavillon dès la levée de l’immobilisation ; le Deliver figurait en effet sur une liste de navires radiés du pavillon camerounais, établie le 29 mai par le ministère camerounais des Transports. À l’issue de la CRPC, l’immobilisation a été levée par le préfet des Bouches-du-Rhône et le navire a quitté les eaux territoriales françaises, tout en restant sous la surveillance des services maritimes français jusqu’à sa sortie des eaux sous souveraineté et juridiction françaises, sous l’autorité du préfet maritime de la Méditerranée.
Le cinquième pétrolier de la flotte fantôme intercepté par la France
Le Deliver figure depuis février 2025 sur la liste des navires sanctionnés par l’Union européenne au titre de la lutte contre la flotte dite fantôme russe, un ensemble de pétroliers utilisés pour transporter du pétrole brut ou des produits pétroliers russes en contournant les restrictions occidentales. Le seizième paquet de sanctions contre la Russie, adopté le 24 février 2025, avait ajouté 74 navires liés à cette flotte ou aux revenus énergétiques russes. Les bâtiments concernés sont soumis à une interdiction d’accès aux ports de l’Union européenne et à des restrictions sur les services maritimes, financiers, d’assurance, de soutage ou d’assistance technique.
Le recours au pavillon camerounais est devenu un sujet de surveillance croissant pour les autorités européennes : selon l’analyse mensuelle du Centre for Research on Energy and Clean Air pour juin 2026, le nombre de pétroliers sanctionnés déclarés sous ce pavillon est passé de 10 fin juin 2025 à un pic de 143 en février 2026. Le Deliver est le cinquième pétrolier soupçonné de relever de cette flotte fantôme arraisonné par la France depuis septembre 2025, plusieurs dossiers similaires traités par la juridiction marseillaise s’étant déjà soldés par une levée d’immobilisation après paiement d’une sanction financière.
« La société qui a déjà accompli de nombreuses démarches en ce sens a pris l’engagement par écrit d’obtenir un nouveau pavillon dès la levée de l’immobilisation par les services de l’État », précise le communiqué conjoint de la préfecture maritime de la Méditerranée, du parquet de Marseille et de la préfecture des Bouches-du-Rhône.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Navire | Deliver, pétrolier-cargo de 275 mètres, pavillon camerounais |
| Arraisonnement | 23 juin 2026, Méditerranée centrale (entre Sicile et Libye) |
| Provenance / destination | Primorsk (Russie) vers Singapour, via le canal de Suez |
| Immobilisation | 26 juin au 22 juillet 2026, golfe de Fos |
| Infraction retenue | Défaut de pavillon (art. L. 5233-2 du Code des transports) |
| Sanction | Peine pécuniaire de confiscation (montant non communiqué) |
| Sous sanctions de l’UE depuis | Février 2025 (16e paquet de sanctions) |
| Rang | 5e pétrolier de la flotte fantôme arraisonné par la France depuis septembre 2025 |
Le dossier du Deliver illustre la difficulté, pour les autorités françaises, à sanctionner durablement des navires dont la nationalité reste contestée : faute de pavillon reconnu, la justice française ne peut agir que sur ce manquement précis, sans pouvoir retenir la cargaison ni le lien avec les exportations pétrolières russes. La France devrait continuer d’intercepter ce type de navires dans les mois à venir, alors que le nombre de pétroliers sanctionnés circulant sous pavillon camerounais a été multiplié par plus de dix entre juin 2025 et février 2026, selon les données du Centre for Research on Energy and Clean Air.
Sources
- Préfecture maritime de la Méditerranée, communiqué du 26 juin 2026 : arrivée et mise au mouillage du Deliver dans le golfe de Fos.
- Connaissance des Énergies (dépêche AFP), 23 juillet 2026 : contexte sur la flotte fantôme russe, les sanctions européennes et les statistiques du pavillon camerounais.