30 % des mers protégées en 2030 : à Erevan, la COP17 cherche toujours comment les payer
A Erevan, la COP17 biodiversité entre dans sa semaine décisive : 1,8 milliard mobilisés, l'objectif de 200 milliards par an reste hors de portée.
À Erevan, la 17e conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique entre dans sa semaine décisive. L’objectif de protéger 30 % des mers et des terres d’ici 2030 reste un horizon lointain, et son financement bute toujours sur un déficit estimé à 700 milliards de dollars par an.
Erevan, dernière ligne droite pour la biodiversité mondiale
La conférence qui réunit à Erevan, en Arménie, la COP 17 de la Convention sur la diversité biologique, la 12e réunion des parties au protocole de Cartagena et la 6e réunion des parties au protocole de Nagoya se tient du 19 au 30 octobre. Elle vise à faire avancer la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, adopté en 2022, qui fixe quatre objectifs pour 2050 et vingt-trois cibles pour 2030, dont celle de conserver 30 % des terres et 30 % des mers de la planète.
La première semaine de négociations a produit quatre décisions de la COP 17, consacrées aux espèces exotiques envahissantes, au genre, à l’éducation et à la gestion des connaissances, ainsi que huit décisions supplémentaires sur le protocole de Cartagena et deux sur celui de Nagoya. Sur les espèces envahissantes, les parties se sont accordées sur des mesures de détection précoce, de partage d’informations, de réponse d’urgence et de transfert de technologies. Le segment de haut niveau, qui réunit les 27 et 28 octobre environ 1 500 participants dont 140 ministres et vice-ministres des Finances et de l’Environnement, doit donner un nouvel élan politique aux discussions avant la clôture du 30 octobre.
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1,8 milliard de dollars mobilisés, un objectif de 200 milliards toujours loin
Sur le plan financier, le bilan de la première semaine affiche une mobilisation totale de plus de 1,8 milliard de dollars, toutes sources confondues. Le Fonds mondial pour la biodiversité (GBFF) a enregistré environ 60,13 millions de dollars de nouvelles promesses de contribution, et indique avoir déjà programmé plus de 362 millions de dollars dans 87 pays. La Species Recovery Alliance, de son côté, annonce 500 millions de dollars sur cinq ans, jusqu’en 2030, dont 100 millions apportés par le Bezos Earth Fund. Le fonds régénératif ValueNature vise 300 millions d’euros, et le québécois Fondaction y a déjà engagé 25 millions de dollars. Plus de 130 entreprises et institutions financières réclament, elles, une réforme plus rapide des subventions jugées nuisibles à la biodiversité.
Ces annonces restent cependant loin du compte. Le Cadre de Kunming-Montréal vise à mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 en faveur de la biodiversité, et à réduire d’au moins 500 milliards de dollars par an les subventions et incitations jugées nuisibles à la nature, deux objectifs très éloignés des sommes annoncées à ce stade. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) vise, lui, 10 milliards de dollars pour la nature d’ici 2030. Le déficit annuel de financement de la biodiversité est quant à lui estimé à 700 milliards de dollars par le Cadre lui-même. La secrétaire exécutive de la Convention, Astrid Schomaker, a résumé l’enjeu de la semaine en déclarant que « Erevan concentre l’attention de toutes les Parties sur la réduction de ces écarts ». La directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, a de son côté rappelé que « la nature est ce qui rend les économies possibles », ajoutant que l’érosion de la biodiversité ne constitue pas un simple problème environnemental.
Océans sous pression : la France et l’Europe veulent accélérer
Si les négociations d’Erevan portent sur l’ensemble du vivant, les écosystèmes marins y occupent une place particulière. L’évaluation de l’objectif dit « 30×30 », présentée lors du segment de haut niveau, doit mesurer les progrès réalisés vers la conservation d’au moins 30 % des mers du monde d’ici 2030, un objectif pour l’instant très loin d’être atteint. Les récifs coralliens, qui ne couvrent pas plus de 1 % des fonds marins mais abritent au moins 25 % des espèces marines connues, incarnent l’urgence du dossier : selon le Giec, ils pourraient reculer de 70 à 90 % si le réchauffement climatique atteint 1,5°C, et de plus de 99 % à 2°C.
Dans ce contexte, la France et l’Union européenne plaident pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial, mieux intégrer la biodiversité dans les politiques publiques et mobiliser davantage de financements privés, en élargissant le nombre de pays contributeurs. Pour Paris, le succès de la COP 17 se mesurera à la capacité des États à « traduire les engagements existants en actions concrètes, mesurables et financées ». La diplomatie française insiste aussi sur les synergies à construire entre la lutte contre l’érosion de la biodiversité et celle contre le changement climatique, deux combats que les négociateurs ont longtemps traités séparément.
| Instrument | Montant annoncé |
|---|---|
| Mobilisation totale (semaine 1) | Plus de 1,8 milliard de dollars |
| Fonds mondial pour la biodiversité (GBFF) | 60,13 millions de dollars de nouvelles promesses |
| Species Recovery Alliance (2026-2030) | 500 millions de dollars |
| ValueNature (fonds régénératif) | 300 millions d’euros visés |
| Objectif annuel du Cadre de Kunming-Montréal (2030) | 200 milliards de dollars |
| Objectif PNUD pour la nature (2030) | 10 milliards de dollars |
| Déficit annuel de financement mondial | 700 milliards de dollars |
Plusieurs points de désaccord restent non résolus à l’approche de la clôture : qui doit contribuer au financement international de la biodiversité et pour quel montant, comment réduire les subventions agricoles jugées nuisibles, ou encore comment faire contribuer les utilisateurs commerciaux de l’information de séquençage numérique au fonds Cali. Un évènement spécial sur le rôle des tribunaux dans la protection de la nature, incluant l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice sur le climat en 2025, doit se tenir le 29 octobre, avant l’adoption, vendredi 30 octobre, des décisions finales et des premiers éléments de ce que la présidence arménienne appelle déjà la « voie d’Erevan ».
Sources
- Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) : communiqué de presse du 26 octobre 2026 sur le bilan de la première semaine de la COP17 et le calendrier de la semaine finale.
- France Diplomatie (représentation française auprès de l’ONU) : position officielle de la France et de l’Union européenne à la COP17, 22 octobre 2026.