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Alexia Barrier première femme en Ultim embarque la science

Partie de Saint-Malo, Alexia Barrier devient la première femme en classe Ultim sur la Route du Rhum, avec des instruments scientifiques à bord.

Alexia Barrier

Partie de Saint-Malo le 1er novembre, Alexia Barrier est la première femme à s’aligner dans la classe Ultim de la Route du Rhum. Sur son trimaran de 32 mètres, elle n’embarque pas seulement son ambition sportive : elle transporte aussi un baromètre de précision et un robot capable de plonger à 2 000 mètres pour le compte des chercheurs.

Une première dans la classe reine de la course au large

Le départ a été donné le dimanche 1er novembre depuis Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine, pour la Route du Rhum, direction Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, selon le récit de Vert.eco, qui a suivi la skippeuse dans les jours précédant le départ. Parmi les huit géants de la classe Ultim engagés cette année, celle qui regroupe les plus grands trimarans du monde, Alexia Barrier est, à bord d’Idec Sport-CIC, la première femme à prendre le départ dans cette catégorie.

Le bateau lui-même a déjà une histoire : long de 32 mètres pour 23 mètres de large et un mât de 34 mètres de haut, ce trimaran a remporté trois Route du Rhum, en 2010 avec Franck Cammas, en 2014 avec Loïck Peyron et en 2018 avec Francis Joyon, ainsi que deux Trophées Jules-Verne. Pour Alexia Barrier, née à Paris et formée à la mer du côté d’Antibes, y monter n’allait pourtant pas de soi. « Je suis une femme et je viens de la Méditerranée. Sur le papier, j’avais zéro chance de faire un jour de la course au large », confie-t-elle à Vert.eco. « Je réalise mon rêve de gosse », « j’espère ouvrir la voie et donner envie à d’autres », ajoute-t-elle.

Skipper Bateau Particularité
Charles Caudrelier Maxi Edmond de Rothschild Tenant du titre, détenteur du record (2022)
Armel Le Cléac’h Maxi Banque Populaire XI Vainqueur du Vendée Globe 2016-2017
Tom Laperche SVR-Lazartigue 2e en 2022
Thomas Coville Sodebo Ultim 3 3e en 2022
Anthony Marchand Actual Ultim 4 Vainqueur en 2022, sur un autre bateau
Alexia Barrier Idec Sport-CIC Première femme engagée en Ultim
Louis Burton Armand Thiery Trimaran de 30 mètres lancé en 2015
Guirec Soudée Liamm Trimaran de 31 mètres lancé en 2014

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Un profileur de 20 kilos jeté à la mer pour la science

Dans la catégorie Ultim, Alexia Barrier est la seule à embarquer des instruments scientifiques, en lien avec des chercheurs de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), une contrainte supplémentaire pour une skippeuse qui navigue en solitaire sur un bateau de cette taille entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. « J’aurai un baromètre de haute précision, qui envoie en direct des données aux scientifiques », explique-t-elle. « Je jetterai aussi en mer, lors de ma navigation, un profileur Arvor, un robot automatisé qui ressemble à une grande perche, mesure presque 2 mètres et pèse 20 kilogrammes. »

Cet instrument doit plonger à 2 000 mètres de profondeur avant de remonter à la surface, en recueillant au passage des données sur la température de l’océan, la salinité et la pression. « Ces données sont hyper rares et précieuses. Lors de la Route du Rhum, on sort de la Manche, on passe par le golfe de Gascogne, on traverse l’Atlantique », souligne la skippeuse, des zones peu couvertes par les instruments de mesure habituels. Ces informations rejoignent ensuite une base de données mondiale, accessible aux chercheurs et aux étudiants, qui a notamment servi à étalonner un satellite européen d’observation des océans. « Chaque goutte d’eau compte », résume-t-elle.

Sensibiliser les enfants, question de carbone en toile de fond

Cet engagement scientifique pourrait, espère-t-elle, ouvrir la voie à d’autres navigatrices et navigateurs. « Dans la catégorie Ultim, je suis la seule à embarquer des instruments scientifiques. Cela requiert des ressources humaines et financières, d’être en lien avec des chercheurs. J’aimerais bien inviter mes petits copains à faire de même », confie-t-elle à Vert.eco.

Son engagement pourrait aussi contribuer à faire évoluer une course dont les émissions carbone étaient estimées à 52 millions de tonnes équivalent CO2 en 2022, selon une estimation reprise par Ouest-France. « Il faut qu’on soit tous conscients de notre impact, organisateurs comme navigateurs. Je refuse, par exemple, d’acheter des bateaux neufs », affirme-t-elle, sans pour autant imaginer la course disparaître : « Le sport permet de faire passer des messages, y compris pour protéger les océans, et d’avoir un impact positif sur le moral des gens. On a besoin d’amener un arc-en-ciel ou un petit rayon de soleil dans nos vies. »

La skippeuse mise aussi sur la transmission auprès des plus jeunes. « Une classe de Brest a parrainé mon robot », raconte-t-elle. Un million d’autres jeunes suivent par ailleurs l’aventure à distance, grace Π un programme éducatif mis en place par son association, 4myplanet, avec des échanges prévus avant, pendant et après la course. Son objectif, dit-elle, est de « donner envie aux enfants de protéger l’océan et de voir tout ce que cela a de bénéfique, pour leur vie personnelle, celle de leur famille et de leur entourage », en rappelant que les humains ne sont pas seuls sur la planète.

Le record de la traversée, établi par Charles Caudrelier en 2022, s’élève à six jours, dix-neuf heures, quarante-sept minutes et vingt-cinq secondes. Pour Alexia Barrier, l’enjeu de cette première historique se mesure sans doute moins en heures gagnées sur l’Atlantique qu’en portes ouvertes pour les futures concurrentes de la classe Ultim, et en données livrées aux scientifiques qui étudient l’océan qu’elle traverse.

Sources

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