66 700 hectares à restaurer en mer : le plan nature de la France remis à Bruxelles
La France a transmis à Bruxelles son plan nature, avec 66 700 hectares d'espaces marins à restaurer d'ici 2030, jugé insuffisant par les ONG.
La France a transmis début octobre à la Commission européenne son projet de plan national de restauration de la nature, imposé par le règlement européen sur la restauration des écosystèmes. Son volet marin prévoit des mesures de restauration sur 66 700 hectares d’ici 2030, un objectif que des associations environnementales jugent déjà insuffisant.
Un plan dicté par Bruxelles, avec un volet marin encore modeste
Adopté par l’Union européenne en 2024, le règlement sur la restauration de la nature impose à chacun des 27 États membres de mettre en œuvre des mesures de restauration sur au moins 20 % des espaces terrestres et marins d’ici 2030, puis sur l’ensemble des zones qui en ont besoin d’ici 2050. La France a remis son projet de plan national à la Commission européenne le 9 octobre 2026, avec un léger retard, et en a rendu la synthèse publique le 14 octobre. Le texte doit encore recueillir l’avis de l’autorité environnementale française d’ici la fin de l’année, avant une nouvelle consultation du public ; la Commission doit rendre son évaluation en mars 2027, pour une version finale du plan attendue en septembre 2027.
Selon la revue sectorielle de planification écologique publiée le 15 octobre par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), le plan vise, pour les écosystèmes marins, à améliorer la connaissance de 1 979 km² d’habitats (soit la moitié du périmètre concerné), à engager des mesures de restauration sur 667 km², et à recréer 49 km² d’habitats marins d’ici 2030.
Ces objectifs s’inscrivent dans un contexte où la protection forte en mer atteignait 14,68 % des espaces maritimes français après les classements de juin 2026, proche de la cible de 14,8 %, tandis que 33,6 % des espaces maritimes bénéficient déjà d’un statut d’aire protégée, sans que cela implique nécessairement des mesures de restauration actives.
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Agriculture, villes, forêts : un plan construit écosystème par écosystème
Le volet marin ne représente qu’une partie d’un plan beaucoup plus large, qui s’appuie en grande partie sur des stratégies déjà existantes, notamment la stratégie nationale biodiversité et la stratégie nationale bas-carbone. Côté agricole, l’objectif porte sur 4 millions d’hectares, soit 13,8 % de la surface agricole utile, avec au moins 82 144 hectares de mesures de restauration dans le réseau Natura 2000. En ville, 4 212 communes sont concernées par un objectif de non-perte nette des espaces verts et du couvert arboré d’ici 2030. Le volet aquatique continental prévoit la restauration de 66 454 hectares d’habitats et de zones humides, et le volet forestier des mesures sur 5 millions d’hectares, articulées autour de l’adaptation au changement climatique et de la gestion durable.
Certains pans du plan restent toutefois inaboutis : le volet consacré aux rivières à courant libre est pour l’instant absent et ne sera intégré qu’à l’occasion de la révision prévue en 2031, de même que l’objectif de restauration des tourbières drainées, pour lequel seuls 8 400 hectares de projets déjà planifiés ont pu être recensés à ce stade.
Entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an restent à trouver
Le gouvernement chiffre le coût de mise en œuvre du plan entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros par an, à répartir entre l’État, ses opérateurs et les collectivités. Environ 3,1 milliards d’euros seraient déjà mobilisés, ce qui laisse un besoin de financement supplémentaire estimé entre 1,5 et 2,1 milliards d’euros par an. Pour combler cet écart, l’exécutif mise sur les fonds européens, les collectivités territoriales, la Banque des Territoires et des financements privés, via des outils comme les certificats, les paiements pour services environnementaux, le label bas-carbone ou les crédits carbone. « On a déjà énormément d’outils dans notre boîte », fait valoir l’entourage de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui a présenté le plan lors d’une audition à l’Assemblée nationale.
La gouvernance du plan reposera sur une coordination étroite entre l’État et les conseils régionaux, chefs de file de la biodiversité, avec un comité stratégique Etat-régions réuni chaque année. Sa déclinaison territoriale devra s’inscrire dans les contrats de plan Etat-région et les feuilles de route Etat-biodiversité, avec un suivi assuré par les comités régionaux biodiversité et les COP territoriales.
| Écosystème | Objectif à horizon 2030 |
|---|---|
| Marin | 667 km² (66 700 ha) de mesures de restauration ; 49 km² d’habitats recréés |
| Agricole | 4 millions d’hectares accompagnés, dont 82 144 ha en Natura 2000 |
| Urbain | 4 212 communes, non-perte nette des espaces verts et du couvert arboré |
| Aquatique continental | 66 454 ha d’habitats et zones humides restaurés |
| Forestier | 5 millions d’hectares concernés par des mesures de restauration |
Plusieurs associations environnementales, dont France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ont accueilli le projet avec scepticisme. Selon elles, « en l’état, le plan se borne à articuler des politiques publiques existantes en matière de biodiversité », sans portage politique suffisamment fort. Elles réclament des objectifs précis assortis d’un calendrier, des financements pluriannuels garantis et de véritables indicateurs de suivi, plutôt qu’une compilation de dispositifs préexistants.
Le calendrier européen laisse peu de place à l’improvisation : les États membres doivent démontrer, étape par étape jusqu’en 2050, l’avancement réel de leurs mesures de restauration, sous le contrôle de la Commission. La même revue du Secrétariat général à la planification écologique rappelle qu’en 2024, 57 % des mangroves françaises faisaient déjà l’objet de mesures de conservation, pour une cible de 65 % en 2030, hors Polynésie française, un rappel que les littoraux ultramarins restent, eux aussi, concernés par cette dynamique de restauration, en parallèle du volet marin métropolitain détaillé par le plan transmis à Bruxelles.
Le texte transmis à Bruxelles n’est encore qu’un projet, susceptible d’évoluer au fil des prochaines consultations. Son sort dépendra largement de l’avis que rendra l’autorité environnementale d’ici la fin de l’année, puis de l’issue des arbitrages budgétaires qui détermineront si les 1,5 à 2 milliards d’euros annuels manquants seront réellement mobilisés d’ici la version définitive attendue en septembre 2027. Pour le littoral et les espaces marins, la prochaine échéance significative sera la révision de 2031, qui doit notamment combler les angles morts laissés sur les rivières à courant libre et les tourbières.
Sources
- Secrétariat général à la planification écologique, « Revue sectorielle de planification écologique : Préservation et restauration de la biodiversité », 15 octobre 2026 : document officiel, source des chiffres détaillés sur le volet marin.
- Banque des Territoires (Localtis), « La France a transmis à la Commission européenne son projet de plan de restauration de la nature », 15 octobre 2026 : détail du plan par écosystème, gouvernance et financement.
- Terre-net (AFP), « La France remet à l’UE son plan pour restaurer la nature », 15 octobre 2026 : citations de la ministre et réactions des associations.