120 millions d’euros : Marseille Fos tourne la page de 180 ans de divorce avec sa ville
Eiffage a démarré la construction du Phare, futur siège à 120 millions d'euros du port de Marseille Fos, qui rouvrira la halle J0 au public.
Eiffage a démarré la construction du futur siège social du port de Marseille Fos, baptisé Le Phare. Un chantier de 120 millions d’euros qui doit, d’ici 2030, réconcilier le premier port de France avec la ville dont il tournait le dos depuis 1845.
Un paradoxe vieux de 180 ans
Depuis la création du bassin de la Joliette en 1845, le port de Marseille Fos a grandi en se détournant progressivement de la cité phocéenne, ses quais et ses infrastructures formant une frontière plus qu’une continuité avec le reste de la ville. C’est ce paradoxe que le nouveau siège social, baptisé Le Phare, doit contribuer à corriger. La première pierre en a été posée le 14 octobre 2026 par le port de Marseille Fos et le groupe Eiffage, au terme de travaux préparatoires engagés dès février 2026.

Ces travaux préparatoires s’étaient accélérés à la fin de l’été 2026, avec le démontage de la toiture de la halle historique J0 et la destruction de l’ancien restaurant du siège actuel, situé à l’emplacement du futur bâtiment. Pour ne pas interrompre l’activité portuaire pendant le chantier, la voie royale a dû être déviée et un nouveau quai de croisière aménagé au nord des Terrasses du Port.
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Une halle Eiffel du XIXe siècle restaurée plutôt que rasée
Le projet, porté par Eiffage en conception-réalisation avec l’agence de l’architecte marseillaise Corinne Vezzoni, épaulée par l’architecte du patrimoine Philippe Matonti, mise sur la réhabilitation plutôt que sur la table rase. La halle J0, bâtie au XIXe siècle sur le modèle des structures métalliques d’Eiffel, doit retrouver son volume d’origine après restauration. Le programme prévoit une nef Nord d’environ 3 000 m² consacrée à des usages mixtes, une nef Sud plus ouverte destinée aux grands événements, ainsi qu’un auditorium de 450 places avec vue sur la mer.
L’ensemble doit également accueillir les bureaux du siège, un institut de formation, un « Port center » ouvert au public, un espace muséal, une esplanade et un square végétalisé, ainsi que des commerces et restaurants. Les façades en terre cuite rendent hommage aux anciennes tuileries marseillaises, tandis que les toitures en pente s’inspirent des docks du XIXe siècle. Corinne Vezzoni a résumé sa démarche en opposant son projet à une habitude locale : « À Marseille, on a beaucoup détruit. » Une rupture avec cette tradition qu’elle revendique pour cette réhabilitation.
| Repère | Chiffre |
|---|---|
| Coût du chantier | 120 millions d’euros HT |
| Tonnage annuel du port de Marseille Fos | près de 75 millions de tonnes (1er port de France) |
| Navires accueillis chaque année | environ 10 000 |
| Surface de la nef Nord (halle J0) | environ 3 000 m² |
| Capacité de l’auditorium | 450 places |
| Livraison du siège | second semestre 2028 |
| Achèvement complet du site | 2030 |
Un chantier en deux temps, jusqu’en 2030
La livraison du nouveau siège social est prévue pour le second semestre 2028. Une seconde phase de travaux suivra, avec la déconstruction de l’ancien siège, l’aménagement définitif du site, des espaces publics et de la halle J0 pour ses usages ouverts au public. L’achèvement complet de l’opération est attendu à l’horizon 2030. Eiffage, qui a réalisé 25,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 avec 87 000 employés dans le monde, mobilise sur ce chantier plusieurs de ses filiales : Eiffage Construction comme mandataire, Eiffage Concessions pour la valorisation du foncier, Eiffage Immobilier pour la structuration de l’offre, Eiffage Génie Civil pour les fondations, et Eiffage Énergie Systèmes pour la performance énergétique du futur bâtiment.
Hervé Martel, président du directoire du port de Marseille Fos, présente l’ouvrage comme un investissement de long terme pour l’établissement : le nouveau siège est « pensé pour les décennies à venir ». De fait, Le Phare doit à la fois incarner la vitrine institutionnelle du premier port de France et servir de point de bascule symbolique, celui où un établissement industriel et logistique choisit d’ouvrir une partie de ses espaces au public, après 180 ans de coexistence distante avec la ville qui l’héberge.
Le futur bâtiment doit aussi jouer un rôle d’outil de formation et de médiation, avec son institut de formation interne et son « Port center » conçu pour expliquer au grand public le fonctionnement d’un espace portuaire largement méconnu des Marseillais eux-mêmes, malgré sa place centrale dans l’économie de la cité phocéenne et de sa région. L’espace muséal et l’esplanade végétalisée prévus dans le programme visent le même objectif : transformer un lieu de travail industriel, jusqu’ici fermé, en point de passage ordinaire pour les habitants du quartier de la Joliette.
Au-delà de l’esthétique, les concepteurs présentent Le Phare comme un projet de sobriété : ventilation naturelle, évacuation passive de la chaleur, recours à la terre cuite et au bois, et réemploi maximal des matériaux existants sur le site plutôt que leur remplacement intégral. Une approche qui tranche avec les standards habituels des sièges sociaux d’établissements publics, souvent construits à neuf sans considération pour le bâti existant, et qui s’inscrit dans la tendance plus large, observée aussi au Havre ou à Bordeaux, des grands ports français cherchant à rouvrir leurs friches industrielles historiques au public plutôt qu’à les clôturer.
Ce choix d’ouverture a toutefois un coût et une complexité propres : restaurer une charpente métallique du XIXe siècle tout en maintenant l’activité portuaire sur un site qui continue d’accueillir environ 10 000 navires par an exige une coordination fine entre les équipes de chantier et les opérations courantes du port. C’est précisément ce que visaient les aménagements provisoires décidés en amont, comme le déplacement de la voie royale ou la création d’un quai de croisière temporaire, pour que la transformation du siège ne vienne pas grever l’activité commerciale du premier port de France, dont le tonnage annuel approche les 75 millions de tonnes.
Le calendrier reste, selon Eiffage, respecté à ce stade : la prochaine échéance à surveiller sera la fin des travaux de fondation et le début de l’élévation du bâtiment, avant une livraison annoncée pour 2028 et un site entièrement transformé, halle J0 comprise, à l’horizon 2030.