1 mille marin de dérive en 3 heures sans GPS : le pari breton d’Exail pour les drones navals
Exail dévoile Marins M1, une centrale de navigation compacte pour drones et vedettes, fabriquée en partie dans ses usines bretonnes de Lannion.
À Saint-Germain-en-Laye, l’industriel français Exail a présenté le 26 octobre un nouveau boîtier de navigation inertielle, Marins M1, taillé pour les petits navires et les drones navals. L’enjeu : leur permettre de garder le cap même quand le signal satellite disparaît.
Un problème qui monte avec la flotte des petits bateaux
Les marines du monde entier opèrent une flotte de plus en plus variée, entre grands bâtiments de combat, embarcations tactiques et systèmes autonomes. Selon Exail, ces plateformes plus petites et sans pilote sont de plus en plus engagées dans des missions exigeantes, qui nécessitent de pouvoir naviguer avec précision même lorsque le signal GNSS (positionnement par satellite, dont le GPS est la version américaine) est dégradé ou indisponible.
Le problème, pour ces engins compacts, tient à leurs contraintes de SWaP-C (taille, poids, puissance et coût, selon l’acronyme anglais utilisé par l’industrie). Embarquer un système de navigation inertielle de qualité militaire, jusqu’ici réservé aux grands bâtiments, est particulièrement difficile sur un canot pneumatique à coque rigide (RHIB), une vedette d’interception rapide, un patrouilleur, un véhicule de surface sans pilote (USV) ou un véhicule sous-marin sans pilote (UUV). C’est ce créneau qu’Exail a choisi de combler avec Marins M1.
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Une centrale compacte bâtie sur la technologie gyrolaser à fibre optique
Marins M1 repose sur la technologie FOG (Fiber Optic Gyroscope, gyroscope à fibre optique) qu’Exail maîtrise depuis plusieurs années sur ses centrales plus volumineuses de la gamme Marins, déjà utilisée par plus de 50 marines dans le monde selon l’entreprise. Le nouveau boîtier restitue une position, un cap, un roulis et une assiette précis, avec une dérive maximale annoncée d’un mille nautique (environ 1,85 kilomètre) après trois heures de navigation, sans aucune aide extérieure comme le GNSS.
L’appareil combine cette performance à une architecture compacte et à un tarif présenté comme plus accessible que les centrales Marins existantes, sans que l’entreprise ne communique de prix précis. Pour Exail, l’enjeu est moins de battre un record de précision que de rendre cette précision accessible à des plateformes qui, jusqu’ici, devaient s’en passer ou se contenter de solutions bien moins robustes.
« Un RHIB ou un USV privé de GNSS fait face au même défi de navigation qu’un navire plus grand, avec beaucoup moins de marge de manœuvre pour y répondre. Avec Marins M1, nous rendons accessible à ces plateformes une navigation FOG très performante, conçue autour de leurs contraintes » (propos traduits), explique Madeleine Laguarigue de Survilliers, cheffe de produit navigation navale chez Exail, citée dans le communiqué de l’entreprise.
| Dérive maximale | 1 mille nautique après 3 heures sans aide extérieure |
| Technologie | Gyroscope à fibre optique (FOG), éprouvée en mer |
| Plateformes visées | RHIB, vedettes d’interception, patrouilleurs, USV, UUV |
| Gamme Marins | Utilisée par plus de 50 marines dans le monde |
| Date de dévoilement | 26 octobre 2026 |
Un ancrage breton derrière la vitrine parisienne
Exail Technologies a son siège à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, mais une large part de sa production de centrales inertielles, la famille de produits dont Marins M1 fait partie, se trouve en Bretagne. L’entreprise (2 500 salariés, 479 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en progression de 28 % sur un an) exploite deux sites à Lannion, dans les Côtes-d’Armor, où elle fabrique aussi des fibres optiques et des simulateurs. Elle y a investi 10 millions d’euros pour accroître sa capacité de production, après avoir racheté en décembre 2025 les deux bâtiments qu’elle y occupait, pour 2,9 millions d’euros.
Des cellules de fabrication de centrales inertielles s’y implantent actuellement, en parallèle des lignes dédiées aux fibres optiques. C’est donc potentiellement à Lannion qu’une partie des futurs boîtiers Marins M1 sortira des chaînes de production, même si Exail n’a pas précisé, dans son communiqué du 26 octobre, le site retenu pour la fabrication en série de ce nouveau modèle.
Une entreprise en pleine recomposition
L’annonce de Marins M1 intervient alors qu’Exail Technologies est elle-même en pleine transformation capitalistique. Le groupe est entré, le 26 juin 2026, en négociations exclusives avec Safran, qui doit en prendre le contrôle. La défense représente désormais les deux tiers de l’activité du site de Lannion, en progression, selon son directeur Charles Le Bot, qui y voit l’effet d’entraînement des grands programmes militaires sur le reste du catalogue de l’entreprise, produits sur étagère comme centrales inertielles.

D’ici les prochains mois, Marins M1 devra convaincre les marines et les industriels de drones navals que la précision FOG a désormais sa place sur des plateformes bien plus modestes qu’un sous-marin ou une frégate. Le calendrier de commercialisation précis, ainsi que les premiers clients du produit, n’ont pas encore été communiqués par Exail à ce stade. Reste que la multiplication des véhicules de surface et sous-marins sans pilote, déjà à l’œuvre dans plusieurs marines occidentales, laisse penser que ce segment des centrales inertielles compactes ne restera pas longtemps une niche pour l’industriel francilien et ses usines bretonnes.
Sources
- Exail, communiqué de presse du 26 octobre 2026 : annonce officielle de Marins M1, spécifications techniques et citation de Madeleine Laguarigue de Survilliers.
- Le Journal des Entreprises : détails sur les sites de production d’Exail à Lannion, les investissements récents et le rachat par Safran en cours.