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4,1 milliards d’euros : RTE au défi de la ruée vers les data centers

La CRE a validé le 26 octobre un budget 2026 de plus de 4 milliards d'euros pour RTE, porté par la ruée des data centers vers le réseau très haute tension et l'éolien en mer.

pylône électrique avec en arrière-plan data center

La Commission de régulation de l’énergie a validé, le 26 octobre 2026, le programme d’investissement révisé de RTE pour 2026 : plus de 4 milliards d’euros, en hausse de près de 30 % sur un an. Une bonne partie de cette envolée s’explique par la ruée des géants du numérique vers des data centers qui se raccordent désormais directement au réseau à très haute tension.

Un budget qui a grimpé de près de 30 % en un an

Chaque année, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, soumet son programme d’investissement à la Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui en contrôle ensuite l’exécution. Dans sa dernière délibération, publiée le 26 octobre 2026, le régulateur a d’abord dressé le bilan de l’année 2025 : RTE y a dépensé 3 346,4 millions d’euros, soit 126 millions de moins que le programme initial de 3 472,6 millions d’euros approuvé le 13 mars 2025 (un écart de 3,6 %). Par rapport à 2024, où les dépenses s’étaient élevées à 2 584,8 millions d’euros, la hausse atteint 761,6 millions d’euros, soit près de 30 % en un an.

Pour 2026, le programme avait été approuvé en février à 4 239,1 millions d’euros, avant d’être révisé à la baisse à 4 092,6 millions d’euros après un point d’étape réalisé en juillet, soit 3,5 % de moins que la prévision initiale. Cette révision s’explique notamment par des décalages de calendrier sur certains projets d’éolien en mer et par des retards de livraison sur quelques chantiers de structure du réseau. Sur la période récente, l’exécution de RTE est passée d’une sous-dépense régulière de 7 à 15 % par an entre 2019 et 2022 à une sur-dépense de 10,4 % en 2023 puis 13,3 % en 2024, avant de repasser sous le budget en 2025 et 2026. RTE doit présenter son bilan d’exécution du programme 2026 à la CRE au plus tard le 31 mars 2027.

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Data centers, hydrogène, batteries : la ruée vers la très haute tension

La ligne budgétaire qui progresse le plus vite est celle des « adaptations et raccordements » : elle passe de 479,5 millions d’euros en 2024 à 713 millions en 2025, puis à 1 086,7 millions prévus en 2026, soit plus du double en deux ans. En cause, le raccordement direct au réseau très haute tension d’un nombre croissant de gros clients industriels : éoliennes et parcs solaires, usines décarbonées, électrolyseurs à hydrogène, gigafactories de batteries, et surtout data centers. RTE a créé pour 2026 une nouvelle sous-catégorie de 11 millions d’euros dédiée aux « fast tracks », une procédure accélérée pour raccorder en urgence des clients dont la puissance appelée va de 400 mégawatts à 1 gigawatt, soit l’équivalent de la consommation d’une grande ville.

Les principaux clients visés par cette procédure sont les opérateurs de centres de données hyperscale, au premier rang desquels Microsoft, Amazon, Google et Meta. Plusieurs projets de raccordement sont déjà identifiés : Fouju, en Seine-et-Marne, dont le raccordement a été signé fin 2025, ainsi que Montereau et Escaudain, près de Valenciennes, et Le Bosquel, près d’Amiens. Deux autres dossiers sont encore à l’étude, à Poulainville près d’Amiens et sur un terrain du Grand Port Maritime de Dunkerque. En 2025, RTE avait déjà consacré 122 millions d’euros au raccordement de nouveaux clients industriels.

L’éolien en mer, entre retards assumés et nouveau méga appel d’offres

Le développement du réseau en mer, c’est-à-dire les raccordements électriques des parcs éoliens offshore, représente une ligne à part depuis plusieurs années, avec près de 500 millions d’euros par an : 430,2 millions en 2024, 498,7 millions en 2025, et 572,9 millions prévus en 2026, ce qui représente malgré tout une révision à la baisse de 45,7 millions d’euros (-7,4 %) par rapport au budget initial. La CRE relève que les calendriers de mise en service des parcs liés aux appels d’offres 3 à 8 de la deuxième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE2) restent « par nature incertains ». L’appel d’offres n°7, qui devait équiper le secteur d’Oléron, a par ailleurs été déclaré infructueux. Un nouveau macro-appel d’offres, baptisé AO10 et regroupant onze projets répartis entre la Normandie, la Bretagne, la façade atlantique et la Méditerranée, est en cours : les offres sont attendues en octobre 2026, pour une désignation des lauréats au premier trimestre 2027. À l’inverse, les raccordements liés à la première programmation (PPE1), au large de Dieppe, du Tréport et de Noirmoutier, ont eux été achevés en 2025 dans les délais et dans le budget prévu, avec seulement quelques factures résiduelles à régler en 2026 et 2027.

Poste de dépense (en M€) 2024 réalisé 2025 réalisé 2026 révisé
Adaptations et raccordements 479,5 713,0 1 086,7
Interconnexions internationales 235,5 491,5 662,8
Réseau en mer (éolien offshore) 430,2 498,7 572,9
Renouvellement du réseau existant 855,7 975,0 1 064,8
Socle numérique (contrôle-commande, télécoms) 283,7 357,2 384,0
Systèmes d’information 186,7 174,4 183,9
Immobilier et logistique 113,5 136,6 137,5
Total 2 584,8 3 346,4 4 092,6

La CRE elle-même qualifie de « limités et justifiés » les écarts entre le programme 2025 approuvé et les dépenses réellement engagées, saluant au passage des efforts de fiabilisation des prévisions menés depuis le programme d’investissement 2023.

Derrière ces chiffres se cache un enjeu très concret pour les consommateurs : les investissements de l’entreprise sont répercutés sur la facture d’électricité via le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE). À l’échelle d’un programme de 4 milliards d’euros par an, un écart de prévision de 10 % représente déjà environ 400 millions d’euros à répercuter. Si la trajectoire annoncée se confirme, avec un budget annuel autour de 8 milliards d’euros entre 2030 et 2040, soit le double du niveau actuel, le même écart de 10 % pèserait alors 800 millions d’euros. RTE, détenu à 50,1 % par EDF et à 49,9 % par la Caisse des dépôts, exploite aujourd’hui 106 440 kilomètres de lignes (de 63 000 à 400 000 volts) et 2 880 postes de transformation, un réseau que le gestionnaire doit maintenir à une fréquence stable de 50 hertz, un écart de trois ou quatre dixièmes de hertz pouvant suffire à déclencher une coupure généralisée.

La prochaine échéance notable sera double : la désignation, au premier trimestre 2027, des lauréats du méga appel d’offres éolien AO10, et la remise à la CRE, au plus tard le 31 mars 2027, du bilan d’exécution complet du programme d’investissement 2026 de RTE. D’ici là, la trajectoire budgétaire de l’opérateur, tirée à la fois par le vieillissement d’un réseau largement construit dans les années 1960 et 1970 et par l’appétit électrique des data centers, devrait continuer d’alimenter le débat sur le financement de la transition énergétique française.

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