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Près de 200 pays, un accord a minima : la COP17 sur la biodiversité s’achève à Erevan

La COP17 sur la biodiversité s'est achevée à Erevan sur un accord jugé insuffisant par les ONG. Financement, objectifs 2030 et prochaine étape en 2028.

COP17 Erevan

Après deux semaines de négociations tendues, la 17e conférence des Nations unies sur la biodiversité s’est achevée dans la nuit du 30 au 31 octobre à Erevan, en Arménie, sur un accord jugé insuffisant par les organisations environnementales. Les presque 200 pays présents ont validé un bilan mondial des efforts de conservation, mais ont largement édulcoré les textes sur le financement et les subventions néfastes à la nature.

Un accord trouvé de justesse, après le dépassement du calendrier initial

Réunie à Erevan depuis la mi-octobre, la COP17 devait initialement conclure ses travaux avant le vendredi 30 octobre. Les discussions se sont finalement prolongées jusqu’à la nuit suivante, signe de la difficulté des délégations à s’entendre sur les points les plus sensibles. C’est finalement Hambardzum Matevosyan, ministre arménien de l’Environnement et président de la conférence, qui a annoncé l’adoption, sans objection des délégations présentes, des principaux textes de clôture.

Le premier de ces textes dresse un bilan mondial des progrès accomplis depuis l’accord de Kunming-Montréal, signé en 2022, qui fixe 23 objectifs à atteindre d’ici 2030, parmi lesquels la protection et la conservation d’au moins 30 % des terres et des océans de la planète. C’est précisément ce bilan que la COP17 devait valider à Erevan : une évaluation des Nations unies, présentée en amont de la conférence, avait déjà jugé insuffisants les progrès réalisés par les États pour tenir ces engagements à l’horizon fixé, moins de la moitié des objectifs nationaux évalués progressant au rythme requis.

Ce rendez-vous d’Erevan s’inscrivait dans la continuité d’un cycle de négociations déjà heurté. La précédente conférence, organisée fin 2024 en Colombie, s’était achevée sans accord sur le financement, faute de quorum suffisant en fin de session. Les discussions avaient dû reprendre quelques mois plus tard à Rome, début 2025, où un compromis partiel avait finalement été trouvé. La capacité des États à s’entendre sur un texte commun à Erevan, même imparfait, a ainsi été présentée par plusieurs observateurs comme une façon, pour le multilatéralisme environnemental, d’éviter un nouvel échec aussi marquant que celui de 2024.

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Le financement, pierre d’achoppement d’une négociation sous tension

Comme lors des précédentes éditions, c’est la question du financement qui a concentré l’essentiel des blocages. Les pays en développement réclamaient des moyens accrus pour mettre en œuvre leurs engagements de conservation, tandis que plusieurs États déjà contributeurs souhaitaient élargir le cercle des bailleurs à de grandes économies émergentes, au premier rang desquelles la Chine. Le compromis final privilégie les contributions volontaires des pays qui ne font pas partie des donateurs traditionnels, une solution jugée fragile par plusieurs ONG présentes à Erevan.

Dans les derniers jours de négociation, avant que l’accord ne soit scellé, les représentantes d’organisations environnementales avaient multiplié les mises en garde. Irène Wabiwa, de Greenpeace International, avait ainsi résumé l’enjeu : « Il faut que ces négociations débouchent sur des priorités concrètes. » De son côté, Astrid Schomaker, qui représentait la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, avait appelé les pays à « faire preuve d’audace et d’innovation pour trouver un terrain d’entente », un appel seulement partiellement entendu par les délégations.

Le texte adopté sur les subventions publiques néfastes à la biodiversité, qu’il s’agisse de l’agriculture intensive, de la surpêche ou des énergies fossiles, a lui aussi été jugé trop prudent par les organisations environnementales présentes à Erevan, alors que ces subventions sont évaluées à environ 2 400 milliards de dollars par an au niveau mondial. Les besoins de financement supplémentaires pour la conservation de la nature sont, de leur côté, estimés à environ 700 milliards de dollars par an.

Prochain rendez-vous en 2028, en Équateur

Au-delà du financement, plusieurs autres points de désaccord sont restés en suspens à l’issue de la conférence. Les discussions sur la place à accorder à l’expertise scientifique indépendante dans le suivi des engagements n’ont pas abouti à un cadre clair, les délégations restant divisées sur le rôle que devraient jouer les instances d’évaluation internationales face aux positions nationales. Les tentatives de relancer le Fonds Cali, mécanisme censé permettre de partager entre les États les bénéfices tirés de l’exploitation commerciale des données génétiques issues de la biodiversité, se sont elles aussi heurtées à des blocages, sans que les textes adoptés à Erevan ne tranchent clairement la question. Malgré ces réserves, les États ont réaffirmé collectivement leur attachement aux objectifs fixés pour 2030, sans toutefois se donner de nouveaux outils contraignants pour les atteindre.

Pour le volet maritime du cadre mondial pour la biodiversité, l’enjeu reste particulièrement concret : l’objectif de protéger 30 % des océans d’ici 2030 fait partie des 23 cibles du cadre de Kunming-Montréal dont le bilan mondial, présenté à Erevan, a jugé la trajectoire insuffisante. L’absence d’avancée significative sur le financement laisse peser une incertitude directe sur la capacité des États côtiers, en particulier les plus pauvres, à transformer cet engagement en zones effectivement surveillées et gérées d’ici la fin de la décennie.

Les délégations ont par ailleurs tranché la question de l’organisation de la prochaine conférence : la COP18 sur la biodiversité se tiendra en 2028 en Équateur, pays qui a été préféré au Panama pour accueillir l’événement. D’ici là, la pression devrait rester forte sur les États pour transformer en actes un bilan mondial jugé, à ce stade, plus prudent qu’ambitieux, alors que l’échéance de 2030 pour protéger 30 % des terres et des océans se rapproche sans que les moyens financiers nécessaires aient été clairement sécurisés.

Sources

  • Entrevue.fr, 31 octobre 2026 : annonce de l’accord final, chiffres sur le financement et les subventions néfastes, calendrier de la prochaine COP.
  • Le Petit Journal (AFP), 30 octobre 2026 : contexte des négociations dans leurs derniers jours, citations des représentantes de Greenpeace International et de la Convention sur la diversité biologique.

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