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40 nœuds, 800 kg de charge utile : Zodiac Milpro lance son premier vrai drone naval

Le français Zodiac Milpro dévoile à Euronaval l'Equinox 930, sa première plateforme de drone naval : caractéristiques, marché et enjeux industriels.

USV Equinox 930 de Zodiac Milpro

Spécialiste mondial des embarcations pneumatiques et semi-rigides pour les forces armées, le groupe français Zodiac Milpro change de dimension. À l’occasion du salon Euronaval, qui a ouvert ses portes ce 3 novembre à Paris-Nord Villepinte, l’entreprise dévoile l’Equinox 930, son premier drone de surface (USV) conçu comme une plateforme autonome à part entière.

Un virage stratégique pour un leader des embarcations militaires

Cette présentation intervient dans un contexte particulièrement favorable pour l’industrie navale française. Pour sa 30e édition, le salon Euronaval réunit 705 exposants, en hausse de 40 % par rapport à l’édition de 2024, et 105 délégations officielles étrangères, sur le thème « Vers la haute intensité ». Les drones et systèmes autonomes figurent parmi les thématiques les plus représentées de cette édition, aux côtés de l’intelligence artificielle, de la cyberdéfense et de la guerre électronique, signe d’un basculement stratégique des marines occidentales vers une logique de combat plutôt que de simple police des mers.

Fournisseur historique des forces spéciales et notamment des commandos marine français, Zodiac Milpro équipe depuis des décennies les bâtiments de combat du monde entier en embarcations rapides semi-rigides. Avec l’Equinox 930, le groupe, dont le siège parisien abrite aussi le centre de R&D, franchit une étape supplémentaire en se positionnant frontalement sur le marché, en forte croissance, des drones de surface militaires et civils.

Ce virage n’est pas improvisé. En juin dernier, lors du salon Navexpo de Lorient, Zodiac Milpro avait déjà présenté, aux côtés de la société SeaOwl, un démonstrateur baptisé SRA 750 USV : un semi-rigide existant transformé en drone grâce à un kit de dronisation modulaire, piloté à la main, en téléopération ou en autonomie. David Cazalot, directeur commercial de Zodiac Milpro, avait alors résumé la philosophie du groupe sur ce marché : « Nous avons l’impression qu’il y a beaucoup d’USV, mais les bonnes plateformes il n’y en a pas tant que ça. Pour moi, le futur du drone sera une bonne plateforme. » L’Equinox 930, présenté comme le premier USV propre de la marque, prolonge cette logique : il ne s’agit plus de convertir une embarcation existante, mais d’une plateforme pensée dès l’origine comme un drone.

Lire en complément: 34 drones, zéro catapulte : Airbus réarme la Marine nationale en version verticale

Une plateforme modulaire de 9,30 mètres pour missions militaires et civiles

Selon les données publiées par Zodiac Milpro, l’Equinox 930 mesure 9,30 mètres de long pour un poids de 5,5 tonnes, affiche une vitesse maximale supérieure à 40 nœuds et revendique une autonomie de plus de 600 milles nautiques. Sa coque en alliage d’aluminium peut emporter jusqu’à 800 kg de charge utile, répartis entre un pont de mission arrière de 2,6 sur 1,6 mètre et une baie configurable selon les besoins de la mission. Un moonpool intégré permet le déploiement de systèmes sous-marins et une prise d’eau de mer directe pour le refroidissement des équipements.

Le navire peut embarquer radars, capteurs électro-optiques et infrarouges, sonars, antennes remorquées ou systèmes de guerre électronique, et déployer par l’arrière des bouées sonar, des véhicules sous-marins ou des systèmes de lutte contre les mines. Zodiac Milpro revendique une architecture de pilotage ouverte, compatible avec des systèmes d’autonomie tiers selon la norme MOSA, avec des liaisons par satellite, 4G/5G, Wi-Fi et VHF, et une mise à l’eau automatisée par bossoir depuis un navire porteur. L’engin est transportable par la route et compatible avec un conteneur maritime standard de 40 pieds.

Côté débouchés, Zodiac Milpro vise un double marché. Côté militaire : protection portuaire, escorte, lutte anti-sous-marine, guerre des mines et défense anti-drones. Côté civil : patrouille, protection d’infrastructures critiques, lutte contre l’incendie en mer, hydrographie et surveillance environnementale, autant de missions où l’absence d’équipage réduit les risques et les coûts d’exploitation.

Caractéristique Valeur
Longueur hors tout 9,30 m
Poids 5,5 tonnes
Vitesse maximale Plus de 40 nœuds
Autonomie Plus de 600 milles nautiques
Charge utile maximale 800 kg
Zone de mission arrière 2,6 x 1,6 m
Effectif Zodiac Milpro Environ 300 personnes
Chiffre d’affaires du groupe 66 millions d’euros

Un positionnement qui s’inscrit dans la course à l’armement de la Marine nationale

La présentation de l’Equinox 930 intervient alors que les drones de surface armés s’imposent comme l’un des axes majeurs de rénovation des marines occidentales, un thème au cœur de cette 30e édition d’Euronaval, placée sous le signe de la « haute intensité ». Zodiac Milpro n’est d’ailleurs pas un acteur isolé de cette dynamique en France : la coque semi-rigide EDO 4G du groupe sert de base au drone Nemezis, l’une des trois offres finalistes retenues début octobre par l’Agence de l’innovation de défense dans le cadre du programme Danae, qui doit doter la Marine nationale de drones de surface armés pour la protection portuaire et l’escorte de bâtiments. Les deux autres finalistes, portés respectivement par le groupement Orcas (SEAir, MBDA, Diadès Marine) et le consortium Sirehna (Couach, Naval Group), doivent affiner leurs prototypes pendant environ un an avant une nouvelle campagne d’essais ; le choix définitif est attendu fin 2027 ou début 2028, pour des premières livraisons visées en 2028.

Avec l’Equinox 930, Zodiac Milpro ne concourt donc pas directement pour Danae, mais élargit son offre propre à un segment plus large, celui des drones de plus grand gabarit capables d’embarquer des charges lourdes et de rester en mer plusieurs jours. Un choix qui lui permet de répondre à des appels d’offres internationaux sans dépendre d’un partenariat unique, alors que l’essentiel de sa production reste aujourd’hui assuré par six sites industriels répartis en Espagne, en Allemagne, au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Arabie saoudite. Le site espagnol de Roses, en Catalogne, où le groupe est implanté depuis 1964, reste le principal pôle de fabrication : son extension, lancée en 2025, doit porter sa surface d’ateliers à 14 000 m² et ses effectifs à 280 personnes d’ici début 2026, afin d’absorber la demande croissante de programmes dronisés et de plateformes de plus grande taille, dont l’Equinox 930 est la première concrétisation.

Prochaine étape : convaincre les marines sur un marché encore jeune

Reste à transformer cette démonstration de salon en commandes fermes. Le marché mondial des drones de surface reste jeune et fragmenté, avec une multitude de plateformes concurrentes, des start-up spécialisées aux grands groupes de défense. La stratégie affichée par Zodiac Milpro, miser sur la robustesse de la plateforme plutôt que sur l’accumulation de fonctionnalités, devra faire ses preuves lors des premières campagnes d’essais en mer et des éventuelles évaluations par des marines clientes, à commencer peut-être par celles qui équipent déjà le groupe en embarcations conventionnelles.

Sources

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