3 km de câbles, 250 mètres de profondeur : la Norvège ouvre son laboratoire de robots sous-marins
Equinor inaugure en Norvège un centre d'essai pour la robotique sous-marine, tandis que la France avance avec les drones militaires Oryx d'Exail.
Le groupe norvégien Equinor a inauguré mercredi, sur le site gazier de Kårstø, un centre d’essai entièrement dédié à la robotique marine, avec trois bassins allant jusqu’à 250 mètres de profondeur. Un investissement limité en apparence, mais qui illustre la course engagée par l’industrie offshore européenne pour robotiser l’inspection et la surveillance de ses installations, un terrain sur lequel la France avance elle aussi ses propres pions.
Un centre d’essai adossé à une installation gazière en exploitation
Baptisé KNARR (Kårstø Marine Robotics Centre), le nouveau centre a été inauguré le 28 octobre par Eileen Fugelsnes, ministre norvégienne de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, sur le site de traitement gazier de Kårstø, à Tysvær, sur la côte ouest de la Norvège. Equinor et son partenaire Gassco, l’opérateur du réseau de transport gazier norvégien, y ont mis de côté 16 millions de couronnes, soit environ 1,5 million d’euros, pour aménager trois zones d’essai distinctes, à 25, 140 et 250 mètres de profondeur, ainsi que 3 kilomètres de câble sous-marin et l’électronique associée, posés spécifiquement pour permettre de tester des capteurs en conditions réelles.
La particularité du centre tient à son adossement direct à une installation industrielle en exploitation. Les infrastructures existantes du site, câbles électriques, gazoducs d’export, structures sous-marines, permettent notamment de tester la détection acoustique répartie (DAS), une technologie qui transforme les câbles sous-marins en capteurs capables de surveiller leur environnement. Selon Equinor, cet ancrage dans un environnement opérationnel réel, plutôt que dans un simple bassin d’essai isolé, doit permettre de développer et de valider plus rapidement des technologies robotiques avant leur déploiement industriel.
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Drones et robots au service de l’inspection et de la surveillance
Les domaines visés par le centre couvrent l’inspection des installations, les opérations autonomes, la surveillance environnementale ainsi que la sécurisation et la maintenance des infrastructures offshore. Le centre prolonge plusieurs installations d’essai déjà exploitées par Equinor et se veut ouvert, à terme, à l’ensemble des industries maritimes, au-delà du seul secteur pétrogazier. « At the KNARR centre, we can test and mature technology that makes offshore operations safer » (propos traduits : « Au centre KNARR, nous pouvons tester et faire mûrir des technologies qui rendent les opérations offshore plus sûres »), résume la vice-présidente exécutive Technologie, Numérisation et Innovation du groupe, Hege Skryseth, précisant que ce travail « is done in close collaboration with suppliers, research communities and industry partners » (« se fait en étroite collaboration avec les fournisseurs, les communautés de recherche et les partenaires industriels »).
Cette inauguration intervient alors que la robotisation des opérations offshore progresse sur l’ensemble du continent, sous des formes différentes selon les usages. En France, le groupe Exail, né du rapprochement d’ECA Group et d’iXblue, a dévoilé le 9 octobre, à l’approche du salon Euronaval, Oryx, une famille de drones de surface militaires dérivée de ses drones civils et hydrographiques DriX. Objectif revendiqué : renforcer, via un système baptisé Neptis, la surveillance robotisée des approches maritimes face à la multiplication des menaces en surface, sous la mer et dans les airs. Les drones DriX, commercialisés depuis 2017 et déjà déployés à plusieurs dizaines d’exemplaires dans le monde, cumulent à ce jour plus de 1,5 million de milles nautiques parcourus et plus de 300 000 heures d’opérations, selon le groupe français.
Une filière qui s’étoffe de part et d’autre de la mer du Nord
Les deux initiatives répondent à des logiques distinctes : le centre norvégien de Kårstø vise d’abord à qualifier des technologies au service de l’exploitation gazière et de la surveillance environnementale, tandis que les drones Oryx d’Exail ciblent la protection militaire des espaces maritimes. Elles traduisent néanmoins une même tendance de fond : l’inspection et la surveillance en mer, longtemps assurées par des navires et des équipages, basculent progressivement vers des flottes de drones et de robots pilotés à distance ou fonctionnant de façon autonome, qu’il s’agisse de protéger un gazoduc, une plateforme ou une zone côtière.
Le tableau suivant compare les deux initiatives sur leurs principaux paramètres connus.
| Paramètre | KNARR (Equinor, Norvège) | Oryx / Neptis (Exail, France) |
|---|---|---|
| Inauguration / annonce | 28 octobre 2026 | 9 octobre 2026 |
| Vocation principale | Essai et qualification de robotique marine | Surveillance militaire des approches maritimes |
| Budget ou base industrielle | 16 millions de couronnes (environ 1,5 M€) | Plus de 1,5 million de milles nautiques cumulés sur les drones DriX |
| Profondeurs ou retour d’expérience | Essais jusqu’à 250 m de profondeur | Plus de 300 000 heures d’opérations depuis 2017 |
Pour Equinor, la prochaine étape consistera à faire monter en puissance les essais sur le site de Kårstø, avec l’ambition affichée d’élargir à terme l’accès du centre à d’autres acteurs maritimes que le seul secteur pétrogazier.
Du côté français, Exail doit présenter Oryx et Neptis plus en détail lors du salon Euronaval, qui se tient à Paris en novembre, où le groupe espère transformer cette vitrine technologique en nouveaux contrats à l’export, dans un marché de la surveillance maritime robotisée appelé à croître avec la multiplication des tensions en mer.