Douze drones de plus : la France muscle sa chasse aux mines sous-marines
La Direction générale de l’armement a commandé mi-2026 une douzaine de drones supplémentaires pour la guerre des mines de la Marine nationale. Une étape discrète mais révélatrice d’un programme au long cours, sur fond de rapprochement entre Thales et Exail.
Une commande passée en catimini au cœur de l’été
C’est un communiqué publié le 4 août par la Direction générale de l’armement (DGA) qui l’annonce : le 21 juillet 2026, l’agence a passé commande d’une douzaine de nouveaux drones de surface et sous-marins, ainsi que de l’affrètement de navires porteurs de drones destinés à protéger les approches maritimes métropolitaines. Ni le nombre exact de chaque type d’engin, ni l’industriel titulaire du contrat n’ont été précisés officiellement.

Cette nouvelle étape s’inscrit dans le programme SLAM-F (système de lutte anti-mines marines futur), qui vise à doter la Marine nationale d’une capacité robotisée complète de détection et de neutralisation des mines navales. Dans son communiqué, la DGA justifie ce renforcement par le contexte international : « L’actualité géopolitique nous rappelle la permanence de la menace des mines navales. Afin de garantir la liberté de navigation, la liberté d’action des forces navales et la protection des intérêts de la France, le ministère renforce ses capacités de guerre des mines et d’intervention subaquatique. »
Selon les informations de Mer et Marine, c’est Thales qui serait titulaire de ce nouveau contrat, même si ni le ministère des Armées ni les industriels concernés ne souhaitent pour l’instant confirmer ce point. Des précisions supplémentaires pourraient être apportées lors du salon Euronaval, qui se tiendra début novembre à Paris.
Lire en complément: 446 officiers en 2027 : l’ENSM revoit son modèle pour tenir l’objectif
Une flotte de drones encore loin de sa cible
Le programme SLAM-F prévoit à terme la constitution de huit modules robotisés de lutte contre les mines (MLCM), chacun devant initialement associer deux drones de surface (USV), un sonar remorqué, un robot téléopéré (ROV) et deux drones sous-marins (AUV). Seuls quatre de ces modules ont pour l’instant été commandés : la nouvelle commande d’une douzaine de drones vise donc à se rapprocher de cet objectif final.
Côté USV, la Marine nationale a déjà réceptionné deux exemplaires neufs, livrés par Thales dans le cadre du programme franco-britannique MMCM, en décembre 2024 et octobre 2025. Quatre autres doivent suivre d’ici 2027. Longs de 12 mètres, ces engins mettent en œuvre un sonar remorqué à immersion variable TSAM, équipé d’une antenne à synthèse d’ouverture SAMDIS, capable de détecter et classifier des mines jusqu’à 200 mètres de profondeur. Ils doivent aussi embarquer, pour l’identification et la destruction des mines, un robot téléopéré produit par Saab, sans qu’une date de mise en service ait été communiquée pour cette fonction.
Concernant les drones sous-marins, le modèle initial retenu en 2016, l’A27 d’Exail, est aujourd’hui jugé techniquement obsolète. Huit nouveaux AUV du type A18-M, plus compacts et dotés d’une version optimisée de l’antenne SAMDIS, ont été commandés fin 2024 pour des livraisons échelonnées entre 2028 et 2030. En attendant, la Marine nationale doit se contenter des trois seuls exemplaires d’A27 produits pour la France.
Thales et Exail, vers une flotte hybride en attendant la fusion
Le contexte industriel de cette commande est marqué par un mouvement de fond : en juillet 2026, Thales et Exail (né en 2022 de la fusion d’ECA et iXblue) ont conclu un accord prévoyant la prise de contrôle du second par le premier d’ici le troisième trimestre 2027, avant une absorption complète. Cette opération pourrait redessiner l’offre de Thales dans la guerre des mines, notamment sur les sonars et les USV.
Le programme SLAM-F comprend également la construction de six futurs bâtiments de guerre des mines (BGDM), en coopération avec la Belgique et les Pays-Bas, sur la base du design des chasseurs de mines belgo-néerlandais conçus par Naval Group et construits par Kership. Les unités françaises doivent être commandées en 2027 ou 2028, pour des livraisons échelonnées entre 2031 et 2035 pour les quatre premières. Or ces bâtiments belgo-néerlandais embarquent un système robotisé différent, fourni par Exail, avec des USV Inspector 125 pouvant recevoir un sonar remorqué T18-M, un AUV A18-M ou des robots téléopérés Seascan et K-Ster. La Marine nationale pourrait donc devoir composer, pendant plusieurs années, avec deux familles de drones différentes selon leur mode de déploiement : à terre et sur navires affrétés d’un côté, embarqués sur les futurs BGDM de l’autre.
En complément des drones, deux navires civils doivent être affrétés pour porter ces systèmes en attendant la construction des BGDM, qui a pris du retard. Baptisées Protée 1 et Protée 2, ces plateformes modulaires de guerre des mines (PMGM) seront stationnées à Brest et à Toulon à partir de 2027 et 2028, en attendant l’arrivée de bâtiments bases de plongeurs démineurs de nouvelle génération, également prévus par le programme.
| Étape | Échéance |
|---|---|
| Commande de 12 drones supplémentaires (DGA) | 21 juillet 2026 |
| Livraison des 4 derniers USV du programme MMCM | D’ici 2027 |
| Livraison des 8 nouveaux AUV A18-M | 2028-2030 |
| Affrètement des plateformes Protée 1 et 2 (Brest, Toulon) | 2027-2028 |
| Commande des 6 futurs BGDM français | 2027-2028 |
| Livraison des 4 premiers BGDM | 2031-2035 |
Cette montée en puissance progressive illustre la difficulté à mener de front plusieurs programmes robotiques dans un domaine où les technologies évoluent vite : selon Mer et Marine, les principaux éléments de ces modules devront sans doute être renouvelés tous les dix à quinze ans. Prochain rendez-vous pour en savoir plus sur les industriels retenus et l’avancée du programme : le salon Euronaval, début novembre, où doivent être précisées de nouvelles étapes du dossier.
Source
- Ministère des Armées, communiqué de la DGA : l’annonce officielle de la commande du 21 juillet 2026 et son contexte stratégique.