23 000 tonnes de CO2 en moins : Engie et CMA CGM parient sur le biométhane au Havre
Engie et CMA CGM ont signé un accord-cadre pour construire, dans la zone industrialo-portuaire du Havre, une unité capable de produire 7 000 tonnes de biométhane par an. De quoi commencer, dès 2029, à alimenter une partie de la flotte au gaz naturel liquéfié de l’armateur marseillais.
Un accord qui prolonge un partenariat entamé en 2021
L’annonce a été faite mardi 13 octobre. Engie et CMA CGM ont signé un accord-cadre portant sur le développement d’une unité de production de biométhane de deuxième génération, implantée dans la zone industrialo-portuaire du Havre. Le projet s’inscrit dans la continuité d’un partenariat entre les deux groupes, noué dès 2021 autour de la décarbonation du transport maritime.

Dans ce montage, Engie pilote le développement du projet : conception technique, démarches réglementaires, puis construction et exploitation de l’installation une fois la décision finale d’investissement actée. CMA CGM, de son côté, entre au projet comme partenaire, avec l’objectif de sécuriser une partie de son approvisionnement en carburant renouvelable pour ses navires fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL). L’armateur met en avant un atout pratique : le biométhane peut être utilisé par ces navires sans aucune modification de leurs moteurs ni de leurs infrastructures d’avitaillement.
Lire en complément: 4 frégates grecques, 5 françaises : le carnet de commandes record de Lorient
Déchets d’élevage et biodéchets transformés en carburant
La future unité doit produire 7 000 tonnes de biométhane par an, soit l’équivalent de 100 GWh. La matière première proviendra de déjections animales, de biodéchets ménagers et de résidus agricoles, transformés par méthanisation. Le procédé génère aussi deux coproduits valorisables : environ 100 000 tonnes de digestat par an, utilisable comme engrais naturel par les agriculteurs de la région, et 13 000 tonnes de CO2 biogénique récupéré, destiné à être commercialisé plutôt que rejeté dans l’atmosphère.
Sur l’ensemble de son cycle de vie, c’est-à-dire en tenant compte de la production et pas seulement de la combustion à bord, ce biométhane permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 67 % par rapport au fioul très faiblement soufré (VLSFO) encore largement utilisé dans le transport maritime. Les deux groupes avancent également un chiffre d’émissions évitées pour l’ensemble du projet : environ 23 000 tonnes de CO2 par an.
Le choix du Havre n’a rien d’anodin. Le pôle portuaire concentre à la fois les besoins en carburant des navires de CMA CGM et des usages industriels où l’électrification directe reste difficile à mettre en œuvre à court terme.
Contrairement au gaz fossile, extrait du sous-sol, le biométhane est obtenu à partir de matières organiques déjà présentes dans le circuit agricole et urbain local. Une fois produit, il peut suivre deux chemins : être injecté directement dans le réseau de gaz existant, ou être conditionné pour servir de carburant maritime. C’est cette seconde option qui intéresse CMA CGM, dont une partie significative de la flotte roule déjà au GNL et peut donc accueillir ce carburant renouvelable sans adaptation technique.
Une brique dans une stratégie bien plus large
Ce projet havrais n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Côté Engie, l’énergéticien vise une capacité de production de biométhane de 10 TWh par an en Europe d’ici 2035, contre 1,2 TWh aujourd’hui, soit une multiplication par plus de huit en moins de dix ans. Le groupe précise par ailleurs que d’autres projets similaires sont déjà à l’étude en France et ailleurs en Europe.
Côté CMA CGM, l’enjeu dépasse largement Le Havre. L’armateur, qui vise la neutralité carbone de l’ensemble de ses activités d’ici 2050, prévoit de disposer de plus de 200 navires bicarburant (biométhane, biométhanol, e-carburants) d’ici 2030. Autant de bâtiments qui auront besoin d’un approvisionnement régulier en carburants alternatifs, ce que ce type d’accord contribue à sécuriser.
« Avec la construction de cette nouvelle unité, nous poursuivons notre ambition de développer nos capacités de production de biométhane », a déclaré Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie (propos traduits), en soulignant qu’un tel partenariat montre comment des acteurs industriels et énergétiques peuvent contribuer à décarboner des secteurs difficiles à électrifier. De son côté, Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM, a estimé que « ce partenariat marque une étape importante dans notre stratégie de décarbonation » (propos traduits), en insistant sur l’objectif de sécuriser l’accès à des carburants renouvelables et de renforcer la souveraineté énergétique de la France et de l’Europe.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Production annuelle de biométhane | 7 000 tonnes (100 GWh) |
| Émissions de CO2 évitées par an | environ 23 000 tonnes |
| Réduction des émissions sur cycle de vie | au moins 67 % vs fioul VLSFO |
| Digestat produit par an (engrais naturel) | 100 000 tonnes |
| CO2 biogénique valorisé par an | 13 000 tonnes |
| Mise en service visée | 2029-2030 |
| Objectif Engie biométhane Europe (2035) | 10 TWh/an (contre 1,2 TWh aujourd’hui) |
Reste que plusieurs étapes séparent encore l’accord-cadre signé le 13 octobre de la première injection de biométhane dans un réservoir de porte-conteneurs. Engie doit encore boucler les autorisations réglementaires et surtout faire aboutir la décision finale d’investissement qui conditionne le lancement du chantier. Ni l’un ni l’autre des deux partenaires n’a communiqué de montant d’investissement à ce stade. Si le calendrier annoncé tient, les premiers volumes devraient être livrés à la flotte de CMA CGM entre 2029 et 2030, dans un paysage où, précisent les deux groupes, d’autres sites de production de biométhane sont déjà à l’étude ailleurs en France et en Europe.
Sources
- Engie, communiqué de presse officiel (13 octobre 2026) : annonce de l’accord-cadre, chiffres de production et citations des dirigeants.
- Dépêche AFP reprise par Connaissance des Énergies : éléments de contexte et de calendrier.