9,1 milliards de dollars : le nouveau record de TotalEnergies embarrasse le gouvernement
TotalEnergies affiche un résultat net ajusté record de 9,1 milliards de dollars au 3e trimestre, sous la pression du gouvernement.
TotalEnergies a annoncé jeudi un résultat net ajusté de 9,1 milliards de dollars au troisième trimestre, son meilleur niveau depuis le début de l’année. Porté par la flambée du gazole et du gaz, ce record vaut au groupe une demande explicite du gouvernement français : répercuter une partie de l’aubaine sur les prix à la pompe.
Un trimestre porté par la tension sur le diesel et le gaz
Le résultat net (part du groupe) de TotalEnergies atteint 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, en hausse de 52 % par rapport au trimestre précédent et plus que doublé (environ +125 %) sur un an, puisque le groupe avait enregistré 3,7 milliards de dollars au troisième trimestre 2025. Le résultat net ajusté, l’indicateur suivi par les marchés, grimpe lui à 9,1 milliards de dollars, contre 6 milliards au deuxième trimestre, soit une progression de 51 % en trois mois. Sur les neuf premiers mois de l’année, il atteint 20,5 milliards de dollars, en hausse de 75 % par rapport à la même période de 2025, après des deuxième et premier trimestres déjà qualifiés d’exceptionnels (5,8 et 5,4 milliards de dollars de résultat net respectivement).
Cette performance s’explique par la tension mondiale sur le marché du diesel, alimentée par les frappes visant des installations énergétiques et des raffineries en Ukraine, en Russie et au Moyen-Orient. Elle a provoqué une envolée des marges de raffinage, à des niveaux historiques selon le groupe, qui reflètent l’écart de prix entre le pétrole brut et le pétrole raffiné. Le secteur aval (raffinage-chimie et marketing & services) affiche ainsi un résultat opérationnel net ajusté de 4,1 milliards de dollars, un trimestre que la direction qualifie elle-même de record, dont 3,6 milliards pour le seul raffinage-chimie. Sur le gaz naturel liquéfié, le résultat opérationnel net ajusté a lui aussi plus que doublé sur un an, à 1,9 milliard de dollars, porté par des prix de vente du GNL en hausse de 20 %. Mercredi, la veille de la publication des résultats, le prix de référence du gaz européen a d’ailleurs dépassé les 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans.
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Des comptes solides sur tous les segments
La production d’hydrocarbures du groupe s’établit à 2,474 millions de barils équivalent pétrole par jour, en hausse de plus de 3 % sur le trimestre, TotalEnergies précisant que le conflit au Moyen-Orient ne pèse désormais plus que sur environ 5 % de sa production, contre une part plus élevée lors des trimestres précédents. L’exploration-production dégage un résultat opérationnel net ajusté de 3,2 milliards de dollars pour des coûts opératoires contenus à 4,7 dollars par baril équivalent pétrole. L’activité électricité et renouvelables (Integrated Power) contribue pour 0,6 milliard de dollars, avec une production en hausse de plus de 20 %.
La marge brute d’autofinancement (cash-flow opérationnel) atteint 12,3 milliards de dollars sur le trimestre, en progression de 25 % par rapport au deuxième trimestre, et 30,6 milliards sur neuf mois. L’EBITDA ajusté s’élève à 17,8 milliards de dollars, en hausse de 35 % sur trois mois. Le groupe en profite pour alléger sa dette : le ratio d’endettement (gearing) recule à 9,1 % au 30 septembre 2026, contre 13,1 % trois mois plus tôt et 17,3 % un an auparavant. Les investissements nets ressortent à 3,3 milliards de dollars sur le trimestre et 11,2 milliards sur neuf mois, pour un objectif annuel fixé à 15 milliards. Le groupe maintient un acompte sur dividende de 0,90 euro par action au titre de 2026, en hausse de 5,9 % par rapport à 2025, et prévoit 2,5 milliards de dollars de rachats d’actions pour le quatrième trimestre 2026 et le premier trimestre 2027, ainsi qu’une nouvelle augmentation de capital réservée aux salariés avec une décote de 20 % sur le prix de l’action.
« Dans un environnement de prix élevés, marqué par des marges de raffinage à des niveaux historiques et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique », a déclaré le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans le communiqué publié jeudi matin, avant de résumer le trimestre en quelques chiffres : « un résultat net ajusté de 9,1 G$ et un cash-flow de 12,3 G$, en forte hausse par rapport au trimestre précédent ».
Le gouvernement demande à TotalEnergies d’être « exemplaire »
Ces résultats tombent alors que la flambée du gazole alimente une partie de la crise sociale en France : le carburant s’est envolé à plus de 2,35 euros le litre à la pompe ces derniers mois. TotalEnergies plafonne pour sa part ses propres prix à 2,25 euros le litre dans ses stations-service, ce qui lui permet au passage de gagner des parts de marché face à ses concurrents.
La porte-parole du gouvernement et ministre de l’Energie, Maud Bregeon, a profité de la publication des résultats pour demander jeudi au groupe, au micro de BFMTV/RMC, d’être « exemplaire » et de « répercuter à la baisse l’avantage » tiré de la libération du stock stratégique de gazole. Elle a ajouté : « On a de la chance d’avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l’on traverse, et notamment pour pallier à des risques d’approvisionnement. Donc nous, on demande à Total d’être exemplaire. On demande à Total de répercuter, encore une fois, à la baisse, l’avantage de la libération des barils, de poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure ».
Le tableau ci-dessous résume les principaux agrégats financiers du trimestre.
| Indicateur (T3 2026) | Valeur | Variation |
|---|---|---|
| Résultat net ajusté | 9,1 Md$ | +51 % vs T2 2026 |
| Résultat net (part du groupe) | 8,3 Md$ | +52 % vs T2 / environ +125 % sur un an |
| Cash-flow opérationnel (CFFO) | 12,3 Md$ | +25 % vs T2 2026 |
| Production d’hydrocarbures | 2,474 Mbep/j | +3 % sur le trimestre |
| Ratio d’endettement (gearing) | 9,1 % | contre 17,3 % un an plus tôt |
| Acompte sur dividende 2026 | 0,90 €/action | +5,9 % vs 2025 |
Pour TotalEnergies, le calendrier des prochaines semaines s’annonce chargé : le groupe doit encore détailler, lors de ses prochaines communications financières, l’évolution de son programme de rachats d’actions au quatrième trimestre, tout en gérant la pression politique sur ses marges de raffinage.
L’exécutif a déjà laissé entendre que la question d’une taxation des « superprofits » pourrait ressurgir si les résultats record se confirment au quatrième trimestre, dans un contexte où les prix des carburants continuent de peser sur le pouvoir d’achat des automobilistes français.
Sources
- Franceinfo (avec AFP), « TotalEnergies engrange un bénéfice net record au 3e trimestre » : réaction du gouvernement, contexte des prix à la pompe et de la crise sociale.
- TotalEnergies, communiqué « Résultats du troisième trimestre 2026 » (relayé par Zonebourse) : chiffres détaillés par secteur, dette, dividende et citation du PDG.