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237,6 millions de dollars : les Etats-Unis reprennent la main sur leur chantier naval

Hanwha reprend le contrôle de son chantier naval de Philadelphie pour la marine américaine, tandis que l'industrie navale française bat ses records.

chantier naval avec cales de construction et grues portuaires Philly Shipyard

Le conglomérat sud-coréen Hanwha va reprendre en main le pilotage de son chantier de Philadelphie pour en faire un fournisseur direct de la marine américaine. Un symbole de la course mondiale à la capacité de construction navale, qui profite aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, à l’industrie navale française.

Hanwha réorganise le contrôle de son chantier américain

Selon gCaptain et Naval News, Hanwha Defense USA (HDUSA) va prendre une participation majoritaire de 60 % dans le chantier Hanwha Philly Shipyard, via une coentreprise baptisée Hanwha Defense USA Shipbuilding LLC, détenue avec Hanwha FutureProof. Le contrôle passe ainsi de Hanwha Systems à cette nouvelle structure, Hanwha Ocean conservant les 40 % restants. La transaction, évaluée à environ 237,6 millions de dollars selon un document réglementaire sud-coréen déposé en septembre, doit être finalisée le 31 octobre 2026.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle acquisition : le groupe Hanwha avait déjà racheté ce chantier 100 millions de dollars en décembre 2024. Cette réorganisation interne vise, selon Michael Coulter, PDG de Hanwha Defense USA, à « mieux aligner nos efforts de construction navale gouvernementale et commerciale » (propos traduits). Tom Anderson, contre-amiral américain à la retraite et président de la construction navale chez HDUSA, évoque de son côté une opération que doit « positionner le chantier pour sa transition vers un usage dual » (propos traduits), civil et militaire.

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De la quasi-fermeture à la relance express

L’histoire récente de Philly Shipyard illustre l’ampleur du revirement. Le site employait environ 1 200 salariés début 2018, avant de tomber à seulement 80 personnes en juillet 2019, après l’arrêt des commandes commerciales qui le faisaient vivre. Il a depuis entamé un redressement spectaculaire : il emploie aujourd’hui près de 2 500 personnes, porté par la bascule vers des contrats gouvernementaux, entamée en 2019.

Le chantier a notamment décroché, en avril 2020, la construction des navires de formation NSMV pour l’agence maritime MARAD, via l’armateur TOTE Services : un contrat initial de 630 millions de dollars étendu depuis à cinq navires, dont quatre déjà livrés et le cinquième attendu en 2027. Plus récemment, il a remporté le contrat des navires de suivi de missiles MRIV, dont le premier exemplaire, le Golden Defender, doit être livré en 2030 et reprend environ 70 % de la conception des NSMV. Hanwha a par ailleurs annoncé, en août 2025, un investissement de 5 milliards de dollars dans des bassins de radoub et des quais, pour viser à terme une cadence de vingt navires par an.

Deux chantiers, deux rythmes
Philly Shipyard (Etats-Unis) 2 500 salariés, contre 80 en 2019 ; investissement annoncé de 5 Md$
Rachat par Hanwha 100 M$ en 2024 ; réorganisation interne à 237,6 M$ en 2026
Filière navale française (GICAN, 2025) 59 100 emplois directs, +900 sur un an
Chiffre d’affaires de la filière française 17,1 Md€ en 2025 (+7,5 %), dont 51 % à l’export
Carnet de commandes de Naval Group 31,79 Md€ fin 2025

Pendant ce temps, la filière navale française bat ses records

Ce mouvement américain fait écho, sans en être le miroir exact, à une dynamique comparable sur le flanc français de la construction navale. Selon les données du Gican, le syndicat des industriels navals, la filière française a enchaîné en 2025 sa cinquième année de croissance consécutive, avec 17,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires (contre 15,9 milliards en 2024, soit une hausse de 7,5 %) et 59 100 emplois directs, soit 900 de plus qu’un an auparavant. Environ sept euros sur dix de chiffre d’affaires dans la construction de navires neufs proviennent désormais de commandes militaires, et 51 % du chiffre d’affaires total est réalisé à l’export.

Naval Group, à lui seul, a engrangé 18,77 milliards d’euros de commandes en 2025, contre 8,09 milliards en 2024, portant son carnet de commandes à 31,79 milliards d’euros. Treize frégates FDI ont désormais trouvé preneur, dont quatre pour la Suède, quatre pour la Grèce et cinq pour la Marine nationale, aux côtés de plusieurs sous-marins Scorpène et Barracuda vendus à l’export. Le Gican évalue à 9 600 le nombre de recrutements nécessaires à la filière d’ici 2030, pour viser 70 000 emplois directs d’ici une dizaine d’années.

Une course mondiale aux cales de construction

D’un bout à l’autre de l’Atlantique, le constat se recoupe : la demande de nouveaux navires de guerre, de surveillance ou de soutien dépasse désormais la capacité industrielle disponible, qu’il s’agisse de la marine américaine ou des clients à l’export de l’industrie française. Aux Etats-Unis, cette tension se traduit par une reprise en main capitalistique d’un chantier racheté par un groupe étranger ; en France, elle se traduit par un carnet de commandes qui s’allonge et des besoins de recrutement en forte hausse.

La finalisation de l’opération Hanwha, prévue le 31 octobre 2026, marquera une étape de plus dans cette bascule américaine vers un usage dual des chantiers civils. De son côté, la filière française devra, dans les prochaines années, démontrer sa capacité à transformer ce carnet de commandes record en navires livrés dans les temps, alors que la compétition pour les cales de construction et la main-d’œuvre qualifiée s’intensifie partout dans le monde.

Sources

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