Malouines : l’Argentine attaque le pétrole britannique devant la justice de l’ONU
L'Argentine a saisi le tribunal de l'ONU à Hambourg pour stopper le projet pétrolier Sea Lion aux Malouines, ravivant la tension avec Londres.
Le 13 octobre, l’Argentine a saisi le Tribunal international du droit de la mer pour tenter de stopper Sea Lion, le premier champ pétrolier exploité au large des Malouines. L’audience, fixée les 10 et 11 novembre à Hambourg, relance un contentieux de souveraineté vieux de plus de quarante ans entre Buenos Aires et Londres.
Un champ pétrolier au cœur d’un différend territorial jamais refermé
Les Malouines (Falkland Islands pour les Britanniques) se trouvent à environ 600 kilomètres des côtes de Patagonie et à près de 13 000 kilomètres du Royaume-Uni. L’archipel, administré par Londres mais revendiqué par Buenos Aires, a été le théâtre en 1982 d’une guerre de 74 jours qui a coûté la vie à 649 militaires argentins et 255 militaires britanniques. Depuis, l’Organisation des Nations unies reconnaît officiellement l’existence d’un différend de souveraineté sur l’archipel, et son Comité spécial de la décolonisation a appelé cette année encore les deux États à reprendre les négociations.
C’est dans ce contexte que le champ pétrolier Sea Lion, situé à environ 220 kilomètres au nord des Malouines, dans les licences PL032 et PL004b du bassin Malvinas Norte, est devenu un nouveau point de friction. L’Argentine estime que cette exploitation, autorisée unilatéralement par Londres et par le gouvernement de l’archipel, porte atteinte à ses droits sur le plateau continental et menace le milieu marin. Le Royaume-Uni, de son côté, ne reconnaît ni la souveraineté argentine sur les îles ni la compétence des juridictions argentines pour en juger.
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Sea Lion, le projet qui relance la bataille juridique
Porté par l’israélien Navitas Petroleum (65 %) et le britannique Rockhopper Exploration (35 %), Sea Lion a franchi sa décision finale d’investissement en décembre 2025 pour sa zone nord. Les deux premières phases doivent s’appuyer sur le FPSO Aoka Mizu, une unité flottante de production, stockage et déchargement d’une capacité annoncée de 55 000 barils par jour selon Rockhopper. Le forage doit débuter début 2027, pour une première production de pétrole attendue en mars 2028 selon Navitas.
C’est ce calendrier qui a précipité la nouvelle offensive argentine. Début septembre, le président Javier Milei a durci le ton après des propos de Donald Trump n’excluant pas de « revoir » la neutralité américaine sur le dossier des Malouines. Le 28 septembre, sur le réseau social X, Milei a annoncé sa décision dans des termes sans détour : « Instruí a la Cancillería y a nuestros equipos jurídicos a iniciar el arbitraje internacional contra el Reino Unido por el saqueo ilegal de nuestros recursos » (propos traduits : « J’ai donné pour instruction au ministère des Affaires étrangères et à nos équipes juridiques d’engager l’arbitrage international contre le Royaume-Uni pour le pillage illégal de nos ressources »). Il donnait alors deux semaines à Londres pour suspendre l’exploitation avant de saisir une juridiction internationale. Le délai écoulé, Buenos Aires a transformé la menace en acte le 13 octobre, en demandant au Tribunal international du droit de la mer, à Hambourg, d’ordonner des mesures provisoires contre le projet. C’est la première fois que l’Argentine porte ce volet de son conflit avec le Royaume-Uni devant une juridiction internationale.
Sanctions, ultimatums et pression diplomatique
En parallèle de la voie judiciaire, le gouvernement argentin a engagé une bataille économique. Un projet de loi, déposé au Parlement par l’exécutif de Javier Milei, vise à renforcer les sanctions contre les entreprises opérant à proximité des îles, ce qui pèse déjà sur le choix des fournisseurs du projet. Buenos Aires a par ailleurs annoncé des enquêtes sur d’éventuels porteurs de projets pétroliers autour des Malouines et déposé de premières plaintes contre des sociétés impliquées.
Londres a répliqué sur le même registre. Le 18 septembre, le ministre britannique chargé des territoires d’outre-mer a dénoncé des menaces argentines visant des entreprises et des particuliers fournissant des biens et services à l’archipel, y compris dans le secteur pétrolier. Une juridiction argentine, en Terre de Feu, avait de son côté ordonné à la demande d’anciens combattants et d’avocats environnementalistes la suspension du projet, une décision à la portée surtout symbolique puisqu’elle ne s’applique pas aux eaux sous administration britannique.
Le tableau suivant résume les principaux repères du dossier.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Distance Sea Lion / Malouines | Environ 220 km au nord |
| Répartition du projet | Navitas Petroleum 65 %, Rockhopper Exploration 35 % |
| Capacité du FPSO Aoka Mizu | 55 000 barils/jour (Rockhopper) |
| Décision finale d’investissement | Décembre 2025 (zone nord) |
| Audience au Tribunal du droit de la mer | 10 et 11 novembre 2026, Hambourg |
| Début du forage prévu | Début 2027 |
| Première production attendue | Mars 2028 (Navitas) |
L’audience des 10 et 11 novembre ne tranchera pas le fond du dossier : les juges de Hambourg se prononceront uniquement sur la demande argentine de mesures provisoires, c’est-à-dire sur l’urgence qu’il y aurait à suspendre les opérations avant tout examen approfondi. Un éventuel jugement sur le fond prendrait des mois, voire des années, pendant que le calendrier industriel de Sea Lion continue de courir vers un forage programmé début 2027.
Entre pression judiciaire, sanctions économiques et rhétorique diplomatique, le dossier des Malouines illustre la manière dont un projet énergétique offshore peut réactiver, près de quarante-cinq ans après la guerre de 1982, une querelle de souveraineté que ni Buenos Aires ni Londres n’ont jamais résolue.