2027 : deux ex-navires offshore donneront à la Marine nationale sa première chasse aux mines au large
La Marine nationale va affréter deux anciens navires offshore des Abeilles International, équipés du système LARS des Chantiers de l'Atlantique, pour sa future lutte anti-mines.
Le ministère des Armées a tranché pour sa future lutte anti-mines hauturière : plutôt que de faire construire des navires neufs, il va affréter auprès de la compagnie brestoise Les Abeilles deux anciens navires de soutien à l’offshore, équipés du système de mise à l’eau de drones des Chantiers de l’Atlantique.
Un affrètement plutôt qu’une construction neuve
C’est Mer et Marine qui a révèlé l’information : selon le site spécialisé, le ministère des Armées a fait son choix concernant les nouvelles plateformes modulaires de guerre des mines (PMGM) qui doivent permettre à la Marine nationale de disposer, à partir de 2027, d’une première capacité hauturière de déploiement de ses drones anti-mines. Plutôt que de commander des bâtiments neufs, la solution retenue consiste à affréter deux anciens navires de services à l’offshore auprès de la compagnie française Les Abeilles International, et à les équiper du système de lancement et de récupération (LARS) de drones de surface développé par les Chantiers de l’Atlantique.

Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large. Le 21 juillet 2026, la Direction générale de l’armement (DGA) avait déjà commandé une douzaine de drones de surface et sous-marins supplémentaires, ainsi que l’affrètement de navires porteurs, afin de poursuivre la montée en puissance du programme SLAM-F (système de lutte anti-mines marines du futur) « sans rupture capacitaire« , selon les mots du ministère. Le contexte géopolitique, rappelle la DGA, montre que la mine navale reste une menace d’actualité, qu’il s’agisse de la mer Noire ou, plus récemment, du détroit d’Ormuz.
Les Abeilles International n’est pas un nouveau venu pour la Marine nationale, la compagnie, rachetée en 2024 par le groupe espagnol Boluda Towage, arme depuis des décennies les remorqueurs d’assistance affrétés par l’État au large de Brest et de Cherbourg, dont le célèbre Abeille Bretagne (ex-Abeille Bourbon). En juillet 2026, l’arrivée d’un septième remorqueur dans sa flotte, le VB Abeille Marengo, avait été l’occasion pour son directeur général de souligner l’ancienneté de cette relation.
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Le LARS des Chantiers de l’Atlantique, une seconde vie pour une innovation de 2016
Le système choisi pour équiper ces deux navires a une histoire à part. Comme le rappelle Mer et Marine, dans l’industrie, il faut parfois être patient pour trouver des débouchés commerciaux à ses innovations, et le LARS des Chantiers de l’Atlantique en est une bonne illustration. Ce dispositif, imaginé à partir de 2016, avait été conçu dans le cadre de la compétition internationale pour les nouveaux bâtiments de guerre des mines belgo-néerlandais. Les Chantiers de l’Atlantique étaient alors alliés à Thales, qui proposait le système dronisé développé pour le programme franco-britannique MMCM (Maritime Mine Counter Measures).
Ce programme MMCM repose sur des drones de surface (USV) de 12 mètres de long et d’environ 20 tonnes, capables de mettre en œuvre deux charges utiles différentes : un sonar remorqué TSAM pour la détection et la classification des mines, ou un robot téléopéré (ROV) pour leur identification et leur destruction. Dans le cadre de la compétition pour le programme belgo-néerlandais rMCM, finalement remportée en 2019 par le duo Naval Group et Exail, les Chantiers de l’Atlantique avaient travaillé sur un bâtiment porte-drones d’environ 85 mètres, taillé pour la mise en œuvre du système de Thales et doté d’un LARS en forme de portique, capable de déployer les USV depuis la poupe du navire.
Ce projet de porte-drones n’avait finalement pas trouvé de client. Près de dix ans plus tard, c’est donc sur des navires d’occasion, bien plus modestes qu’un bâtiment militaire neuf, que la technologie retrouve une application concrète pour la Marine nationale.
SLAM-F, la mue plus large de la lutte anti-mines française
Les deux navires affrétés aux Abeilles s’inscrivent dans la logique du programme SLAM-F, piloté par la DGA, qui vise à remplacer progressivement les chasseurs de mines de type Tripartite, les bâtiments remorqueurs de sonars (BRS) et les bâtiments base de plongeurs démineurs (BBPD) de la Marine nationale. L’idée centrale du programme est de déporter la détection et la neutralisation des mines sur des systèmes téléopérés ou autonomes, lancés depuis des navires porteurs plutôt que depuis des coques de guerre spécialisées, par nature coûteuses et vulnerables.
Le programme avance par incréments. Quatre kits de lutte anti-mines (MLCM), chacun composé de deux USV et deux véhicules sous-marins autonomes (AUV), ont déjà eté livrés à la Marine nationale, avec une évaluation opérationnelle engagée depuis l’été 2024. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit d’en porter le nombre à huit d’ici 2035. Huit AUV supplémentaires ont par ailleurs été commandés auprès de Thales et Exail, avec des options pour huit autres. Deux centres d’opérations à terre existent déjà, l’un à Brest et un centre mobile, un troisième étant prévu à Toulon.
| Repere | Chiffre |
|---|---|
| Première capacité hauturière PMGM | 2027 |
| Kits de drones MLCM déjà livrés | 4 (objectif : 8 d’ici 2035) |
| Navires porteurs (motherships) requis par la LPM 2023-2040 | 6 d’ici 2035 |
| Flotte actuelle de Les Abeilles International | 7 remorqueurs et navires d’assistance |
| Relation Abeilles / Marine nationale | 48 ans d’affrètement ininterrompu |
Pour les navires porteurs plus lourds, dits BGDM, la France coopère avec la Belgique et les Pays-Bas, qui ont signé en octobre 2023 un protocole portant sur douze plateformes de guerre des mines pour leurs propres marines, construites par le consortium Belgium Naval & Robotics. Le Royaume-Uni reste quant à lui partenaire sur le volet drones du programme MMCM. C’est dans cet ensemble capacitaire, encore en construction, que s’insère la solution plus légère et plus rapide à mettre en œuvre des deux navires affrétés aux Abeilles.
Dominique Caillé, directeur général de Les Abeilles International, résumait ainsi en juillet dernier la dynamique de sa compagnie, à l’occasion de l’arrivée d’un nouveau remorqueur dans sa flotte : « L’arrivée du VB Abeille Marengo marque une nouvelle étape dans le développement des Abeilles International. » Une dynamique qui, avec l’affrètement de navires pour la guerre des mines, prend désormais une dimension plus directement militaire.
Reste à voir, dans les mois qui viennent, quels navires seront précisément retenus pour cette conversion, et quel calendrier de livraison des capacités de drones leur sera associé. La DGA vise des premières charges de neutralisation Saab (MuMNS) livrées en 2026, pour une pleine capacité de guerre des mines sans intervention humaine directe espérée en 2027, année où les deux navires affrétés aux Abeilles doivent justement entrer en service. L’achèvement complet du programme SLAM-F, avec l’ensemble des navires porteurs et des systèmes aériens associés, est pour sa part attendu vers 2030.
Sources
- Mer et Marine : l’article qui révèle l’affrètement des deux navires aux Abeilles International et l’historique du LARS des Chantiers de l’Atlantique.
- Ministère des Armées / DGA : communiqué officiel sur la commande de douze drones et navires porteurs supplémentaires pour le programme SLAM-F (21 juillet 2026).
- EDR Magazine : panorama détaillé du programme SLAM-F, ses incréments, ses partenaires et son calendrier.