5 arrestations, 3 pays : le vaste scandale de fraude qui vise les navires de l’OTAN
Eurojust a coordonné des arrestations en Norvège et des perquisitions en Allemagne et en Roumanie pour fraude présumée visant des navires de l'OTAN.
Cinq personnes ont été arrêtées en Norvège et des perquisitions menées en Allemagne et en Roumanie dans une affaire de fausses factures et de corruption présumée visant les prestataires de services portuaires pour les navires de guerre de l’OTAN. L’enquête, coordonnée par Eurojust, porte sur un préjudice estimé à plus d’un million d’euros.
Des factures suspectes repérées par l’agence d’achats de l’OTAN
Tout part d’un signalement interne à l’Alliance. L’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA), qui gère notamment la logistique et les achats militaires communs de l’OTAN, détecte des anomalies dans des factures soumises par une entreprise et ses sous-traitants. Ces factures concernent des « husbandry services », c’est-à-dire l’ensemble des prestations à quai (avitaillement, assistance logistique, soutien aux équipages) fournies aux navires militaires de l’OTAN lors de leurs escales dans les ports d’Europe du Nord-Ouest.

Selon le communiqué publié le 14 octobre par Eurojust, l’agence judiciaire de l’Union européenne pour la coopération pénale, l’entreprise visée est également suspectée d’avoir versé des pots-de-vin à des agents publics étrangers, par l’intermédiaire d’un tiers, afin d’obtenir un traitement favorable dans l’attribution de ses contrats avec la NSPA. Le préjudice pour les pays membres de l’OTAN est estimé à plus d’un million d’euros, un chiffre que les autorités présentent comme provisoire. Le site spécialisé américain gCaptain, qui a consulté le dossier, précise que « l’ampleur exacte de la fraude présumée reste à déterminer ».
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Dix-huit mois d’enquête coordonnée par Eurojust
L’affaire remonte à avril 2025, lorsque Eurojust commence à apporter un soutien judiciaire à une enquête transfrontalière sur ces factures. Trois mois plus tard, en juillet 2025, l’agence aide à constituer une équipe commune d’enquête associant la Norvège, la Roumanie et le Royaume-Uni. Plusieurs réunions de coordination sont organisées dans les mois qui suivent, et la NSPA fournit tout au long de la procédure des informations et un appui technique aux enquêteurs.
Cette préparation aboutit à une opération coordonnée, menée le mercredi 14 octobre dans trois pays à la fois. En Norvège, cinq personnes sont arrêtées et des perquisitions menées à leur domicile ainsi que dans des locaux professionnels, sous la conduite d’Økokrim, l’autorité norvégienne chargée des crimes économiques et environnementaux. En Roumanie, la Direction nationale anticorruption (DNA) fouille les locaux de l’entreprise visée ainsi que plusieurs domiciles. En Allemagne, le parquet et la police de Hambourg perquisitionnent, dans le cadre d’une décision d’enquête européenne, les locaux de deux entreprises et un domicile.
Ni l’entreprise visée ni ses sous-traitants ne sont nommés, que ce soit dans le communiqué d’Eurojust ou dans les articles de l’agence d’investigation OCCRP et de gCaptain qui ont relayé l’affaire. Sollicitée sur le fond du dossier, Eurojust indique seulement que, l’enquête étant toujours en cours, elle « ne peut fournir aucun commentaire supplémentaire à ce stade » (propos traduits).
Un deuxième dossier de corruption en un an pour l’agence d’achats de l’OTAN
Ce n’est pas la première fois que l’écosystème des marchés de la NSPA, basée au Luxembourg, se retrouve sous le feu d’une enquête judiciaire. En mai 2025 déjà, Eurojust avait soutenu une autre enquête transfrontalière, distincte de celle-ci, concernant des soupçons de corruption impliquant d’anciens et actuels employés de l’agence, avec des ramifications en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne et au Luxembourg. Les autorités belges enquêtaient alors sur des irrégularités présumées dans l’attribution de contrats de défense (munitions, drones), tandis qu’un ancien fonctionnaire néerlandais du ministère de la Défense avait été arrêté pour des soupçons de corruption datant de 2023.
Le dossier des « husbandry services » dévoilé ce 14 octobre porte, lui, sur un segment moins visible des marchés militaires : le soutien logistique aux navires lors de leurs escales, plutôt que les grands contrats d’armement. Il illustre néanmoins la même vulnérabilité, celle d’une agence qui centralise des achats pour l’ensemble des pays membres de l’OTAN et dont les contrats, par leur volume, peuvent attirer des pratiques frauduleuses difficiles à détecter sans signalement interne.
Dans les deux dossiers, c’est la NSPA elle-même, et non une plainte extérieure, qui a donné l’alerte en repérant des anomalies dans les factures ou les procédures d’attribution. L’agence, qui mutualise une partie des achats de défense des pays de l’Alliance depuis le Luxembourg, joue ainsi un rôle de premier filtre avant la saisine des autorités judiciaires nationales et d’Eurojust. Un mécanisme qui semble fonctionner, mais qui révèle aussi, par la récurrence des signalements, l’ampleur des flux financiers en jeu dans la maintenance et le soutien logistique des flottes de l’OTAN.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Préjudice estimé | Plus de 1 million d’euros pour les pays membres de l’OTAN |
| Pays concernés par l’opération du 14 octobre | Norvège, Roumanie, Allemagne |
| Arrestations | 5 personnes, en Norvège |
| Début du soutien judiciaire d’Eurojust | Avril 2025 |
| Constitution de l’équipe commune d’enquête | Juillet 2025 (Norvège, Roumanie, Royaume-Uni) |
| Services visés | « Husbandry services » (soutien à quai aux navires de l’OTAN en Europe du Nord-Ouest) |
L’enquête reste ouverte
Eurojust n’a communiqué aucun calendrier pour d’éventuelles mises en accusation, ni précisé si des poursuites seront engagées dans d’autres pays de l’OTAN dont des navires auraient pu bénéficier des mêmes prestations. Le montant définitif du préjudice ne sera connu qu’à l’issue des investigations menées conjointement par les autorités norvégiennes, roumaines et allemandes, avec l’appui du Royaume-Uni au sein de l’équipe commune d’enquête. Reste à savoir si d’autres pays membres, dont les navires font régulièrement escale dans les ports d’Europe du Nord-Ouest visés par le dossier, seront à leur tour associés aux suites judiciaires de cette affaire, et si l’identité de l’entreprise visée, toujours protégée par la présomption d’innocence, sera un jour rendue publique.
Sources
- Eurojust, communiqué officiel du 14 octobre 2026 annonçant les arrestations et perquisitions.
- gCaptain, article du 15 octobre 2026 sur l’enquête et ses suites.
- OCCRP, article du 14 octobre 2026 détaillant le montage frauduleux présumé.
- Associated Press (via WSLS), article de mai 2025 sur une précédente enquête visant l’écosystème de la NSPA.