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4 500 salariés, 18 pays : ce discret fleuron français réinvente la propulsion des sous-marins

Saft et Naval Group collaborent depuis dix ans pour équiper les sous-marins conventionnels de batteries lithium-ion, une innovation 100% française.

sous-marin Scorpène Evolved

Depuis plus de dix ans, le fabricant français de batteries Saft travaille avec Naval Group pour remplacer les batteries au plomb des sous-marins conventionnels par une technologie lithium-ion. Un contrat signé cet été doit faire entrer cette innovation 100 % française dans le service actif, aux Pays-Bas comme en Indonésie.

De Romainville à Levallois-Perret, un siècle d’histoire industrielle

Le nom de Saft reste largement méconnu du grand public, alors que l’entreprise est aujourd’hui un fleuron technologique français dans un domaine aussi stratégique que discret : les batteries à hautes performances pour l’alimentation de secours et la propulsion dans les environnements les plus exigeants, du fond des mers à l’espace, en passant par les zones polaires.

Ses origines remontent à 1918, l’ingénieur-chimiste Victor Herold, né à Paris de parents suisses et disciple de Thomas Edison, fonde alors la Société des Accumulateurs Fixes et de Traction (SAFT), avec une première usine à Romainville, en Seine-Saint-Denis. L’entreprise travaille d’abord pour les chemins de fer, en fournissant des batteries pour les chariots à bagages des gares parisiennes, avant de décoller lorsque l’État décide le passage à l’éclairage électrique des trains. Cette décision fait suite à un accident dramatique : en octobre 1921, une rame éclairée au gaz prend feu dans le tunnel des Batignolles, provoquant la mort de 28 personnes.

sous-marin Scorpène Evolved

Un siècle plus tard, le ferroviaire reste un marché pour l’entreprise, qui a depuis étendu son activité à la terre, la mer, l’air et même l’espace, où elle équipe des satellites depuis les années 1960. L’entreprise s’organise désormais en quatre grandes divisions, qui couvrent entre autres le spatial, l’industrie, les réseaux d’énergie et les objets connectés, en plus de la défense. Sa particularité, rare dans le secteur, est de maîtriser l’ensemble de la chaîne de développement et de production de ses batteries, ce qui en fait aujourd’hui un gage de souveraineté dans des domaines considérés comme critiques.

Passée dans le giron d’Alcatel puis vendue en 2003 à un fonds d’investissement britannique, Saft est rachetée en 2016 par TotalEnergies, un retour sous pavillon français présenté comme s’inscrivant dans la stratégie de souveraineté industrielle et technologique portée par les pouvoirs publics, alors que les réseaux électriques de nouvelle génération et le « smart grid » prenaient une importance croissante avec l’essor des énergies renouvelables. L’entreprise, dont le siège est aujourd’hui situé à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, est désormais implantée dans 18 pays, avec 16 sites de production (dont trois en France, le plus ancien à Bordeaux depuis 1949) et 4 500 salariés, pour un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de dollars en 2025.

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Le lithium-ion, un changement de dimension pour l’autonomie en plongée

C’est cette maîtrise de toute la chaîne de production, de l’électrochimie jusqu’au système fini, que Saft met désormais au service des sous-marins conventionnels de Naval Group. Un contrat annoncé en juillet 2026 porte sur la fourniture de systèmes de batteries lithium-ion de nouvelle génération pour les familles de sous-marins Barracuda et Scorpène, qui doivent remplacer les batteries au plomb-acide employées jusqu’ici.

L’enjeu n’est pas seulement technologique. Une densité énergétique plus élevée permet une autonomie en plongée accrue, de meilleures performances opérationnelles et davantage de souplesse de mission, tout en respectant les exigences de sûreté les plus strictes imposées par les programmes de défense. Pour Naval Group comme pour Saft, qui conçoit et fabrique ses cellules en interne, le contrat est présenté comme une étape dans la consolidation de la souveraineté technologique européenne en matière de défense sous-marine.

« Ce contrat confirme que la technologie avancée des batteries est désormais un facteur déterminant des performances des sous-marins », a déclaré Cédric Duclos, PDG de Saft, cité par Naval News et The Defense Post (propos traduits). Il ajoute que les systèmes lithium-ion fixent un nouveau standard en matière de densité énergétique, de sécurité et de fiabilité. De son côté, Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, a souligné que l’intégration de cette technologie sur les Barracuda et les Scorpène représentait une avancée précieuse pour les performances en mer de ces bâtiments.

Saft en chiffres Donnée
Fondation 1918, à Romainville (Seine-Saint-Denis)
Rachat par TotalEnergies 2016
Implantation 18 pays, 16 sites de production
Effectifs 4 500 salariés
Chiffre d’affaires 2025 1,4 milliard de dollars
Premiers clients du lithium-ion sous-marin Pays-Bas (Blacksword Barracuda) et Indonésie (Scorpène Evolved)

Pays-Bas et Indonésie, premiers bénéficiaires d’une technologie aux ambitions internationales

Selon Mer et Marine, les premiers sous-marins qui recevront cette technologie seront les Blacksword Barracuda construits pour les Pays-Bas et les Scorpène Evolved commandés par l’Indonésie. Ce dernier programme avance déjà : Naval Group a lancé en juin 2026 la construction des deux premiers sous-marins destinés à la marine indonésienne, au chantier PT PAL de Surabaya.

Le calendrier s’inscrit aussi dans la continuité des livraisons françaises : en juillet 2026, Naval Group a remis à la Marine nationale le De Grasse, quatrième sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda, qui vient remplacer les anciens sous-marins de classe Rubis. Si ce bâtiment à propulsion nucléaire n’est pas concerné par la même problématique de batteries que les sous-marins conventionnels, il illustre la cadence industrielle dans laquelle s’insère le contrat Saft-Naval Group.

Pour Saft, ce contrat est présenté comme le fruit de plusieurs années de collaboration avec Naval Group et comme une porte ouverte vers de futurs programmes internationaux de sous-marins conventionnels. Aucun montant ni calendrier précis de livraison n’a pour l’instant été rendu public par les deux entreprises, qui mettent en avant plus de dix ans de travail commun sur cette technologie avant sa concrétisation contractuelle cet été.

Les prochaines étapes à surveiller seront donc les premières intégrations effectives de ces batteries à bord des unités néerlandaises et indonésiennes, dont les calendriers de livraison n’ont pas été précisés publiquement, ainsi que d’éventuelles annonces de nouveaux clients pour cette technologie que Saft revendique comme « 100 % française ». Dans un secteur de la défense sous-marine où la France dispose déjà d’une base industrielle reconnue, à travers Naval Group, l’enjeu pour Saft est de transformer une expertise discrète, construite depuis plus d’un siècle sur des marchés aussi variés que le ferroviaire ou le spatial, en avantage compétitif durable sur un marché mondial des sous-marins conventionnels toujours disputé.

Sources

  • Mer et Marine : portrait de Saft, son histoire et les programmes Barracuda/Scorpène concernés par la technologie lithium-ion.
  • Naval News : annonce du contrat et citations des dirigeants de Saft et Naval Group.
  • The Defense Post : confirmation du contrat et contexte de livraison du sous-marin De Grasse.

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