70 % d’émissions de CO2 en moins : le roulier à rotors qui va transporter les avions d’Airbus
Le roulier Spirit of Toulouse, affrété par Airbus, vient de recevoir ses six rotors Norsepower, pour réduire d'environ 70% ses émissions de CO2.
Le roulier Spirit of Toulouse, premier des trois navires construits en Chine pour Louis Dreyfus Armateurs et affrétés par Airbus, vient de recevoir ses six rotors Norsepower. Objectif affiché : réduire d’environ 70 % les émissions de CO2 de chaque navire par rapport à la génération précédente.
Spirit of Toulouse, un roulier taillé sur mesure pour Airbus
L’installation des rotors s’est achevée sur un site d’armement côtier près de Shanghai, selon Mer et Marine. Les essais en mer du Spirit of Toulouse doivent désormais suivre, avant son entrée en exploitation. Le navire a été lancé au chantier Wuchang, qui appartient au groupe chinois CSSC, début février 2026. Deux navires-jumeaux complètent la flotte commandée par Louis Dreyfus Armateurs (LDA) pour le compte d’Airbus : le Spirit of Mobile, lancé le 6 juin 2026 au même chantier, et le Spirit of Mirabel, encore en construction.

Ces trois rouliers doivent transporter des pièces d’avion entre la France et la chaîne d’assemblage final d’Airbus à Mobile, en Alabama. Leur capacité de chargement équivaut à six avions, soit autant que le Ville de Bordeaux, jusqu’ici le plus grand navire de la flotte de LDA. Le Spirit of Toulouse mesure environ 168 mètres de longueur hors tout (163 mètres entre perpendiculaires), pour une largeur au maître-bau de 23,32 mètres, un creux au maître-bau de 8,50 mètres et une vitesse de service de 14 nœuds, selon les données publiées par l’armateur. Son tirant d’eau de calcul est de 5,70 mètres.
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Six rotors Norsepower par navire, dix-huit en tout
Chaque roulier est équipé de six rotors Norsepower de 35 mètres de haut, une version moderne du concept de rotor Flettner : des cylindres entraînés par énergie électrique, dont le flux d’air dirigé vers l’arrière crée une poussée additionnelle qui vient compléter la propulsion des deux moteurs bicarburant, capables de fonctionner au e-méthanol, au bio-méthanol ou au gazole marin. Chaque rotor est piloté individuellement par le système Sentient Control de Norsepower, qui optimise en temps réel les interactions aérodynamiques entre les rotors et la coque du navire. Airbus serait le premier affréteur à utiliser cette version avancée du système de contrôle, selon Norsepower.
Les trois navires embarquent au total dix-huit rotors, pour un contrat que l’entreprise finlandaise a qualifié, lors de sa signature, de plus important jamais conclu sur le marché des voiles mécaniques. L’accord entre LDA et Airbus avait été signé en octobre 2023. Norsepower avait alors présenté Airbus comme un expert mondial de l’aérodynamique, un argument mis en avant pour souligner la portée de ce choix technologique pour l’ensemble du secteur maritime. À cette propulsion vélique s’ajoutent d’autres équipements destinés à limiter la consommation : hélices et arbres à haut rendement en acier recyclé, peintures antisalissure à très faible friction, système intelligent de gestion de l’énergie, système de récupération de chaleur, ainsi qu’un logiciel de routage et une solution de contrôle pilotée par intelligence artificielle qui s’adaptent en temps réel à la météo et à l’état de la mer.
« La propulsion vélique est considérée comme un élément viable du mix énergétique durable pour les navires de mer », avait déclaré Mathieu Muzeau, directeur général transport et logistique de LDA, au moment de la signature du contrat avec Norsepower (propos traduits). Tuomas Riski, PDG de Norsepower, avait quant à lui qualifié l’accord de « tournant pour toute l’industrie de la propulsion vélique auxiliaire », se disant honoré qu’Airbus soit le premier affréteur à utiliser ce système de contrôle avancé (propos traduits).
Un contrat historique, deux navires encore à équiper
Au-delà de la seule propulsion, LDA présente cette flotte comme devant permettre une réduction moyenne d’environ 50 % des émissions de CO2 sur la liaison transatlantique par rapport à 2023, et ce malgré une hausse des volumes transportés pour Airbus. Au moment de la signature du contrat avec Norsepower, l’armateur avançait déjà un objectif comparable à plus long terme, visant une flotte générant environ moitié moins d’émissions de CO2 que la flotte actuelle à l’horizon 2030. L’armateur évoque aussi la possibilité de recourir à des carburants alternatifs, comme l’huile végétale hydrotraitée (HVO) ou l’e-méthanol, pour réduire encore davantage les émissions une fois les navires en service.

Avec l’installation des rotors sur le Spirit of Toulouse, c’est la première des trois unités qui s’approche de son entrée en exploitation, une fois ses essais en mer menés à bien. Le Spirit of Mobile, lancé en juin, doit suivre le même parcours avant sa propre mise en service, tandis que le Spirit of Mirabel reste à ce stade en construction au chantier Wuchang. Pour Airbus comme pour Louis Dreyfus Armateurs, ces trois rouliers doivent devenir la vitrine d’une propulsion vélique assistée par intelligence artificielle, un marché sur lequel Norsepower revendique déjà une position de leader.
Sources
- Louis Dreyfus Armateurs : lancement du Spirit of Mobile et objectifs de réduction d’émissions de la flotte.
- Ship Technology : détail du contrat Norsepower-LDA signé en 2023 et citations des dirigeants.