400 millions de livres pour un câble de 1986 : Londres mise encore sur la France jusqu’en 2050
National Grid investit jusqu'à 400 millions de livres pour prolonger l'interconnexion électrique IFA, coexploitée avec RTE, jusqu'en 2050 au moins.
À l’occasion des 40 ans de la première interconnexion électrique entre la France et la Grande-Bretagne, l’opérateur britannique National Grid annonce un investissement pouvant atteindre 400 millions de livres pour prolonger son exploitation jusqu’en 2050 au moins. Un signal de confiance pour une liaison coexploitée avec RTE, le gestionnaire du réseau français.
Un câble né en 1986, toujours stratégique quarante ans après
L’interconnexion France-Angleterre, plus connue sous le nom d’IFA, a été mise en service en 1986. À l’époque, il s’agissait de la première liaison électrique moderne entre la Grande-Bretagne et le continent, et de la deuxième liaison à courant continu haute tension sous-marine au monde. Longue d’environ 70 km, dont 45 km immergés sous la Manche, elle affiche une capacité de 2 GW, suffisante pour alimenter en théorie près de trois millions de foyers britanniques, ce qui en fait aujourd’hui encore la plus importante liaison sous-marine de Grande-Bretagne en capacité.
IFA appartient conjointement à National Grid et à RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français. Depuis sa mise en service, la liaison aurait permis d’importer net environ 409 TWh vers la Grande-Bretagne, un volume supérieur à une année entière de consommation électrique britannique. Les flux vont majoritairement de la France vers le Royaume-Uni, mais peuvent s’inverser selon les conditions de marché, lorsque le prix de l’électricité ou la disponibilité de production le justifient d’un côté ou de l’autre de la Manche.
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Jusqu’à 400 millions de livres pour tenir encore 25 ans
National Grid annonce un investissement pouvant atteindre 400 millions de livres, soit environ 478 millions d’euros, pour moderniser les équipements techniques, les bâtiments et les installations du site, afin de maintenir IFA en exploitation jusqu’en 2050 au moins. Cette enveloppe s’inscrit dans le plan d’investissement du groupe britannique, qui prévoit au moins 70 milliards de livres de dépenses jusqu’en mars 2031, tous projets confondus.
« [Cette extension doit répondre à] la prochaine phase de la demande en électricité, de l’intelligence artificielle aux véhicules électriques », explique Rebecca Sedler, présidente de National Grid Ventures au Royaume-Uni (propos traduits). L’argument rejoint une préoccupation partagée des deux côtés de la Manche : sécuriser l’approvisionnement électrique face à une demande en hausse, portée notamment par les data centers et l’électrification des usages.
Trois câbles, et bientôt un quatrième entre la France et le Royaume-Uni
IFA n’est plus seule à relier les deux réseaux électriques. Une deuxième interconnexion, IFA2, d’une capacité de 1 GW, est entrée en service en janvier 2021. Une troisième, ElecLink, qui emprunte le tunnel sous la Manche plutôt qu’un câble sous-marin indépendant, fonctionne depuis mai 2022, également avec 1 GW de capacité. Au total, les trois liaisons offrent aujourd’hui 4 GW de capacité d’échange entre les deux réseaux.
Le dossier ne s’arrête pas là. En mai 2024, le régulateur français CRE a entamé l’étude d’une nouvelle interconnexion avec le Royaume-Uni, et en février 2025, la CRE et son homologue britannique Ofgem se sont mis d’accord pour explorer ensemble de nouveaux projets d’environ 1 GW chacun. Cette multiplication des liaisons électriques transmanche s’inscrit dans un contexte plus large : le programme nucléaire EPR2 français, actuellement en négociation avec Bruxelles sur ses conditions de financement, s’appuie lui aussi sur le renforcement des interconnexions transfrontalières, RTE étant déjà engagé sur des projets reliant la France à l’Irlande (Celtic), à l’Espagne (golfe de Gascogne), ainsi que des extensions envisagées vers la Belgique et l’Italie.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Mise en service d’IFA | 1986 |
| Capacité d’IFA | 2 GW (environ 3 millions de foyers britanniques) |
| Longueur | 70 km, dont 45 km sous-marins |
| Imports nets cumulés depuis 1986 | environ 409 TWh |
| Investissement annoncé | jusqu’à 400 millions de livres (~478 M€) |
| Capacité cumulée IFA + IFA2 + ElecLink | 4 GW |
Pour les deux opérateurs, le pari reste le même qu’il y a quarante ans : faire jouer les complémentarités entre un mix électrique français largement nucléaire et un mix britannique plus dépendant du gaz et des renouvelables intermittents. C’est précisément ce mécanisme d’échange qui a permis à la France d’exporter l’essentiel des 409 TWh écoulés depuis 1986, tout en lui permettant d’importer de l’électricité britannique lors des pics de demande hivernaux ou des périodes de maintenance du parc nucléaire français. Depuis 2020 seulement, IFA aurait ainsi reversé près de 300 millions de livres aux consommateurs britanniques, selon National Grid, un bénéfice présenté comme la contrepartie directe de ces échanges transfrontaliers.
Reste à voir si les nouveaux projets d’interconnexion annoncés par la CRE et Ofgem verront le jour au même rythme que la modernisation d’IFA, et comment ce maillage électrique transmanche s’articulera avec la décision européenne attendue sur le financement des futurs réacteurs EPR2, elle aussi scrutée de près par les deux régulateurs.
Sources
- Offshore Energy, « Huge investment to keep first UK-France interconnector running until at least 2050 » (29 octobre 2026) : annonce de l’investissement de National Grid, chiffres de capacité et citation de Rebecca Sedler.
- National Grid, « IFA2 marks five years strengthening British and French energy security » : contexte sur les interconnexions IFA2 et ElecLink.